DOSSIER. K-Pop : YG fait son cinéma

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Avec le succès de Gangnam Style, 2012 était décidément l’année de la K-pop ! A commencer par la K-pop made in YG Entertainment, le label de PSY, qui est également l’un des trois labels dominant l’industrie sud-coréenne du disque actuellement. Justement, en 2012, YG Entertainment s’est particulièrement distingué par la qualité de ses clips vidéo. Quand on connait le rôle majeur que les clips ont joué dans l’expansion de la K-pop à travers le monde, il est évident que ce soin accordé à la qualité de production fait pleinement partie de la stratégie de l’agence, ce qui n’enlève rien à la diversité et à l’originalité de ses artistes…

Aujourd’hui, dans le monde entier, des jeunes dansent au rythme de la K-pop et organisent des flash-mob dans des grandes villes telles que Paris, Madrid, Londres ou encore Los Angeles. Si l’industrie de la K-pop s’est considérablement développée depuis le début des années 2000, c’est grâce au succès de certains de ses plus dignes représentants en Asie tout d’abord, puis dans le reste du monde. Comme certains médias généralistes français aiment à le rappeler (sans trop savoir de quoi ils parlent), les grosses maisons de disques coréennes disposent d’un marketing puissant et bien huilé. Mais un marketing qui, jusqu’à maintenant, ne dépassait guère les frontières de l’Asie et ne tenait pas compte des États-Unis, de l’Europe ou des pays du Moyen-Orient. Alors, comment expliquer le succès mondial de la K-pop ? Par Internet, bien entendu, grâce à la diffusion des clips sur des sites de streaming tels que YouTube, mais aussi grâce aux réseaux sociaux. En d’autres termes, en dehors de l’Asie, ce n’est pas la K-pop qui est venue à la rencontre du public mais bel et bien le public qui a trouvé la K-pop. Ce succès s’inscrit dans un phénomène global que l’on nomme Hallyu (vague coréenne), et qui désigne l’expansion de la culture populaire du Pays du Matin Calme à travers le monde. En effet, ce n’est pas seulement la K-pop qui cartonne mais aussi les dramas (feuilletons TV) et même, depuis peu, les variety shows…

Toute la YG Family

Toute la YG Family

Le phénomène Gangnam Style est l’un des symptômes les plus parlants de cette contamination et traduit, en accéléré, ce qui s’est produit sur plusieurs années pour cette industrie. D’abord parce que ce succès doit beaucoup à l’inventivité de son clip vidéo, ensuite parce que celui-ci s’est propagé grâce au pouvoir magique des réseaux sociaux, notamment au relai sur Twitter par plusieurs célébrités anglo-saxonnes (Robbie Williams, T-Pain…). YG Entertainment ayant mis un peu de temps à réagir à cette exposition soudaine, qui atteint pour la première fois le grand public et plus seulement les aficionados, on peut affirmer sans prendre trop de risques que le label n’est pour rien dans cette communication. L’explication est simple : contrairement aux journalistes français qui ont comme toujours dix métros de retard, les Anglo-saxons, eux, ont un œil sur la K-pop depuis des années.

L’impact de Gangnam Style est bien évidement énorme sur l’activité du label de PSY. Pour YG Entertainment, le label fondé en 1996 par Yang Hyun Seok, il y a un « avant » et un « après » Gangnam Style : selon les chiffres livrés par l’agence de notation Brand Stock Top Index (BSTI), pour la première fois en 2012, YG vient de dépasser le poids lourd SM Entertainment, qui dominait jusqu’alors et qui se retrouve en seconde place, suivi par JYP Entertainment. Sur le plan marketing, YG a réalisé un coup de maître ces dernières années en propulsant des groupes a priori destinés aux jeunes, mais qui ont su séduire plusieurs générations. Sur le plan artistique, le label se distingue également par sa capacité à découvrir ou à développer des talents dotés d’un style bien à eux. On le constate à travers les artistes ayant rejoint YG ces dernières années, tels que PSY ou le groupe de rap Epik High, mais aussi les groupes formés par l’agence, tels que BIGBANG et 2NE1, qui possèdent d’ailleurs chacun un excellent potentiel à l’international. Ce n’est pas pour rien si la tournée mondiale de BIGBANG, qui s’achève actuellement, fut si remarquée, notamment aux USA où elle fit l’objet d’un article dans le New York Times (« Beyond Gangnam, the True Wild Heart of K-Pop » – 9 novembre 2012).

Reste à savoir une chose : le label YG Entertainment conservera-t-il sa première place sur le marché sud-coréen une fois l’effet Gangnam Style retombé ? Il est encore trop tôt pour se prononcer. Quoiqu’il en soit, Gangnam Style n’est pas le seul clip labellisé YG à avoir marqué les esprits au cours de l’année 2012. Nous vous proposons ci-dessous un petit best-of qui s’avère assez représentatif de cette excentricité festive qui plait tant dans la K-pop, aux jeunes et parfois aussi aux moins jeunes.

Pour découvrir ces clips sous forme de Playlist, rendez-vous sur notre chaîne Stellar Sisters TV : Playlist 2 : YG fait son cinéma


« FANTASTIC BABY » – BIGBANG
Vidéo disponible depuis le 6 mars 2012

Boom Shakalaka ! Après un an d’absence, ou presque, BIGBANG faisait son come back début 2012 avec l’album Alive et notamment avec le tube Fantastic Baby. Du haut de ses 60 millions de vues et des poussières, le clip de Fantastic Baby a squatté 4 mois durant le YouTube 100. L’histoire plante son décor dans un monde futuriste où la musique, la danse et tout ce qui peut permettre aux jeunes de s’amuser a été banni par les autorités. Jusqu’à ce que des rebelles se jettent contre les forces de police, réveillant du même coup cinq rois de la pop emprisonnés. Notons que les conditions d‘emprisonnement sont parfois surprenantes : G-Dragon coincé sur un trône en miettes, Taeyang congelé dans un temple, T.O.P enfermé dans un tableau, Daesung enchaîné dans une prison… Seungri, lui, est plutôt en bonne compagnie, cerné par quatre geôlières en combinaison de cuir moulante (miaou !).

A y regarder de plus près, Fantastic Baby peut être interprété comme la mise en scène du come back de BIGBANG dans un pays où la censure a encore de beaux jours devant elle. En effet, en Corée du Sud, il n’est pas rare qu’un clip soit banni ou des paroles de chanson censurées pour un contenu sexuel jugé trop explicite. G-Dragon, le leader du groupe, en sait quelque chose, lui qui fut attaqué en justice en 2010 pour « atteinte à la protection des mineurs » suite à une scène de concert jugée obscène (d’un point de vue français, rien de bien grave dans cette scène). Par ailleurs, l’avenir du groupe ayant été sérieusement mis en danger en 2011 par divers événements, parmi lesquels un accident de voiture aux conséquences malheureuses impliquant l’un des membres du groupe, BIGBANG met ici en scène sa renaissance.

Véritable carton en Asie, le clip est aussi une vraie réussite formelle : découpage en phase avec le rythme musical, style visuel chiadé, tenues vestimentaires extravagantes…. L’utilisation des couleurs donne la part belle aux tons vifs sur les plans mettant en scène les membres du groupe, par opposition aux tons ternes définissant le monde rigide qui les entoure.

« DON’T HATE ME » – Epik High
Vidéo disponible depuis le 19 octobre 2012

Epik High is back ! Le groupe Epik High a débuté en 2003, à une heure où le Hip Hop n’était pas spécialement en vogue en Corée. Connu pour sa vision critique de la société de consommation, Epik High a parfois été boycotté par les médias pour avoir abordé, à travers ses textes, des sujets prêtant à controverse (drogue, sexe, guerre, religion…). Certains titres d’Epik High sont en anglais, d’autres en coréen. Ce qu’il y a de particulier, avec Epik High, c’est que même en les écoutant rapper en coréen sans comprendre la langue, on apprécie rien que l’art de manier les sons, de jouer sur les rythmes et les allitérations. A ce titre, les albums Remapping the Human Soul et [e], sortis respectivement en 2007 et 2010, s’avèrent particulièrement addictifs.

Pourtant, comme le savent les aficionados de K-pop, Epik High a aussi failli disparaitre suite à une impressionnante affaire de cyber-stalking dont a été victime son leader, Tablo. Canadien de nationalité, le rappeur a décroché un Master d’Anglais et de Littérature aux Etats-Unis dans l’Université de Stanford. Un jour, vers la mi-2010, un internaute a lancé une rumeur malveillante prétendant qu’il n’était pas titulaire de ses diplômes. La Corée du Sud ayant connu il y a quelques années un scandale de trafic de diplômes, la population a pris la chose très à cœur. En peu de temps, un forum s’est constitué pour lui réclamer la vérité (réflexe typique des « Netizens » coréens), forum qui a vite dépassé les 200 000 membres. Harcelé de toutes parts, recevant des menaces de mort (lui et sa famille) en dépit des preuves publiées dans la presse (y compris par l’Université de Stanford), Tablo a vu son label lui tourner le dos et a failli voir sa carrière se briser. Depuis l’été dernier, le rappeur peut enfin tourner la page : il a heureusement porté plainte et les meneurs du harcèlement ont été condamnés par la justice.

Pour faire son come back, Tablo et ses complices Mithra et DJ Tukutz – qui faisaient quant à eux leur service militaire pendant l’affaire – ont choisi YG Entertainment. Le titre ci-dessous, Don’t Hate Me, joue la carte de la légèreté : sur un titre lorgnant davantage vers le rock qu’à l’accoutumée, le clip nous invite à partager un moment de folie dans un supermarché avec des enfants déguisés en personnages issus de grands classiques du cinéma d’horreur et d’action américain, de Vendredi 13 à Matrix, en passant par Le Silence des Agneaux, Halloween et The Dark Knight.

« I LOVE YOU » – 2NE1
Vidéo disponible depuis le 6 juillet 2012

Présenté comme le pendant féminin de BIGBANG, le groupe 2NE1 a su séduire un public brassant plusieurs générations. La rumeur veut que l’artiste américain Will.i.am ait eu un véritable coup de foudre pour 2NE1 et soit en négociation avec YG pour lancer, en tant que producteur, ces jeunes filles sur le marché américain.

En 2012, les 2NE1 revenaient avec un 3e mini-album, Collection. Fidèle à lui-même, le label YG Entertainment a mis le paquet sur le clip du premier titre dévoilé, I Love You. On y retrouve CL, Park Bom, Sandara Park et Minzy au top de leur beauté dans ce petit bijou visuel. Si vous aimez voir des jolies filles dans des postures langoureuses, cette vidéo est faite pour vous ! Sauf que le réalisateur, très inspiré par ses sujets, évite habilement tous les pièges du racoleur et joue la carte de l’élégance. Sur un morceau porté par des arrangements aériens, les quatre jeunes femmes apparaissent dans des costumes évoquant parfois la Chine des années 30 et évoluent des décors somptueux sublimés par des lumières aux accents futuristes – l’ambiance évoque parfois 2046 de Wong Kar-Wai.

Romantique et coloré, le clip de I Love You est aussi extrêmement sensuel : il faut voir la charismatique CL avancer vers la caméra et réaliser des déhanchements vertigineux, vêtue d’une simple combinaison fine et moulante. Nous vous laissons apprécier par vous-mêmes.

« CRAYON » – G-Dragon
Vidéo disponible depuis le 16 septembre 2012

Doué, original, insolent, fashion victim, sexy, juvénile, provocateur… Difficile de résumer la personnalité de G-Dragon, le leader de BIGBANG qui écrit et compose la plupart des titres du groupe, et qui nous a également offert cette année son second album solo, modestement intitulé One of a Kind (oui, c’est bien de lui-même dont il parle !). Son premier album solo, Heartbreaker, est longtemps resté en tête des meilleures ventes de disques en Corée du Sud. De toute façon, G-Dragon a écrit et composé tellement de titres que rien qu’avec les droits d’auteur, il est le mieux payé parmi les « idoles » ! (dans le jargon K-Pop, on appelle idoles les jeunes talents recrutés et formés par les majors).
Pour l’occasion, YG Entertainment a une fois encore mis le paquet sur le versant vidéo de la promotion de l’album, en produisant entre autres l’incroyable clip de Crayon. Le terme est un condensé de « Crazy on », lui-même dérivé de « Crazy + G-Dragon ». Plus excentrique que jamais, l’homme aux multiples styles capillaires apparaît tour à tour en DJ, en psychiatre, en patient du psychiatre, en geek ou encore en marionnette, pour nous entraîner dans un trip complètement barré dans lequel il évolue tour à tour dans des décors psychédéliques et des évocations carton-pâte de la Suisse. Pour ceux qui chercheraient encore une signification à cette vidéo, la réponse est on ne peut plus claire : « Why so serious? » (La référence au Joker de The Dark Knight est pleinement assumée).

Un clip fun et barjo qui apporte un juste contrepoids à celui du titre One of a Kind, sorti quelques semaines plus tôt et dans lequel le jeune homme scanne non sans une certaine ironie sa propre image.

« MONSTER » – BIGBANG
Vidéo disponible depuis le 3 juin 2012

Oui, BIGBANG était très présent cette année. Au contraire du clip de Fantastic Baby, qui fait virevolter les couleurs, Monster délivre une succession d’images sombres et tourmentées sur des notes mélancoliques. A travers les yeux de ce qui semble être une créature traquée, nous plongeons dans les entrailles d’un complexe paramilitaire labyrinthique. A l’intérieur du chaos, de jeunes hommes marqués par des codes numériques (les cobayes d’une expérience ?) tentent de trouver la sortie…
Avec ses cadrages alambiqués, Monster est habité par une atmosphère puissante, instable, presque oppressante, et joue sur un univers visuel flirtant aussi bien avec le jeu vidéo que la bande-dessinée et bien sûr le cinéma. Le noir et blanc est de rigueur, à l’exception de quelques éléments tranchant avec cette noirceur (les flammes, les cheveux rouges de G-Dragon). Comme toujours avec BIGBANG, le créateur des costumes s’est fait plaisir ! Si les trench-coats de T.O.P. et de Seungri bénéficient d’un design d’une classe folle, l’accoutrement de Daesung a de quoi surprendre lorsqu’il apparait le torse nu cerclé de lanières noires et le bras droit recouvert d’une fourrure blanche. Ces fantaisies vestimentaires s’accompagnent d’effets spéciaux à la fois sobres et élégants, voyant des peintures tribales se dessiner sur les corps et les visages.

Audacieux et maîtrisé, le clip de Monster est pourtant controversé parmi les fans, entre ceux qui adhèrent immédiatement à l’univers et ceux qui n’y voient qu’esbroufe et font un rejet immédiat. En tout cas, il fait partie de ces clips dans lesquelles on découvre, à chaque visionnage, un petit détail que l’on n’avait pas remarqué auparavant. Parmi nos plans préférés, citons Daesung côtoyant son reflet surnaturel dans le miroir, ou encore où T.O.P. disparaissant dans l’obscurité pour laisser place à des paires d’yeux fantômes… Un clip monstrueux à voir de préférence en Full HD.

« 1.2.3.4. » – Lee Ha Yi
Vidéo disponible depuis le 15 juillet 2012

Une nouvelle recrue chez YG Entertainment. Agée seulement de 16 ans, Lee Ha Yi s’est distinguée dans l’émission de télé-crochet K-Pop Star, l’équivalent coréen de La Nouvelle Star. La jeune fille est arrivée en seconde place devant un jury qui comptait justement parmi ses membres un certain Yang Hyun Seok, fondateur et PDG de YG Entertainment. Ceci explique cela : à l’issue du concours, Lee Ha Yi a signé avec la célèbre agence. En attendant de découvrir ses prouesses dans le groupe Su:Pearls, qu’elle a intégré aux côtés d’autres participantes de K-pop Star, nous pouvons déjà nous faire une idée de ses talents dans 1.2.3.4, son premier single digital. Ce dernier s’accompagne d’un clip charmant qui, comme souvent chez YG, repose sur un univers haut en couleurs. Mais ce qui frappe surtout, c’est la maturité de la voix de la jeune fille, qui délivre des notes puissantes et justes sur un accompagnement musical par ailleurs aussi dépouillé que stylisé.

GANGNAM STYLE – PSY
Vidéo disponible depuis le 15 juillet 2012

Comment oublier Gangnam Style ? Vous l’avez fredonné, vous avez dansé dessus, ou vous avez pesté contre le phénomène… Quelque soit votre sentiment vis-à-vis de Gangnam Style, force est d’admettre que ce succès a pris des proportions inattendues. Le premier surpris a certainement été PSY lui-même.

Un son pop aux accents électroniques, un rythme entraînant, un clip festif et coloré, pas de doute : il s’agit bel et bien d’un titre typique de la K-pop d’aujourd’hui ; et ce, même si certains en France essaient encore de se convaincre du contraire. Derrière les gags du clip de Gangnam Style se dresse la satire de tout un mode de vie, celui des snobs du quartier chic de Séoul, le fameux district Gangnam. Mais à y regarder de plus près, ce n’est pas tant les habitants de Gangnam qui constituent la cible de PSY, mais peut-être davantage ceux qui voudraient leur ressembler. Les premières images sont explicites : le gros plan sur le visage de PSY laisse penser qu’il se prélasse sur une plage, avant que l’image suivante ne révèle qu’il se trouve en réalité sur un bac à sable. De même, les filles sexy qu’il fréquente au quotidien sont-elles les jolies filles en mini-short pratiquant le fitness, ou les ahjummas (appellation pour les femmes d’âge moyen) peuplant le bus sur le plan suivant ? A travers Gangnam Style, c’est aussi l’obsession des Coréens d’aujourd’hui pour les signes ostentatoires de réussite sociale qui est pointée du doigt, une tendance incarnée avec humour par l’homme en costume jaune que PSY rencontre dans un parking.

A ce titre, les amateurs de culture pop coréenne auront reconnu plusieurs personnalités locales : l’homme en costume jaune, justement, n’est autre que Yoo Jae Suk, l’animateur TV le plus populaire du pays et à qui l’on doit notamment l’excellentissime variety show Running Man (que d’aucuns citent parmi les meilleurs variety shows du moment dans le monde). Un autre animateur TV fait un caméo amusant dans l’ascenseur : il s’agit de Noh Hong Cheol, autre allumé sévissant aux côtés de Yoo Jae Suk dans l’émission Infinity Challenge. Enfin, les deux vieux jouant aux échecs ne sont autres que… Daesung et Seungri du groupe BIGBANG, bien maquillés. Encore la YG Family !

Pour découvrir ces clips sous forme de Playlist, rendez-vous sur notre chaîne StellarSisters TV : Playlist 2 : YG fait son cinéma

Elodie Leroy

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