Le groupe de K-pop BTS continue d’affirmer sa suprématie sur l’industrie mondiale de la musique ! Notre décryptage de leur nouvel album, Map of the Soul: Persona.

Depuis un peu plus d’an, BTS ne nous laisse pas une semaine de répit. Entre les trois opus de la trilogie Love Yourself sortis entre septembre 2017 et août 2018, les prix obtenus aux Billboards Music Awards, le discours à l’ONU, les films sortis au cinéma, le webtoon et surtout les concerts à Paris, dont les prochains auront lieu les 7 et 8 juin au Stade de France, BTS est omniprésent sur la scène musicale internationale. Et on ne s’en plaint pas !

Avec Map of the Soul: Persona, BTS continue de déployer son univers foisonnant dans un clip vidéo sublime, celui de Boy With Luv, et au travers d’un album au style musical riche et affirmé.

BTS à la conquête du monde

Il ne leur a fallu que quelques heures pour s’emparer des charts mondiaux et supplanter Lady Gaga, dont le dernier single, alors en tête du classement iTunes aux États-Unis, a été immédiatement détrôné. Mieux, non seulement l’album Map of the Soul: Persona a pris la tête des charts iTunes dans la plupart des pays du monde, mais chaque titre s’est imposé dans le top 10 des singles, notamment en France.

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Sur Youtube, le MV de Boy With Love s’est retrouvé propulsé en tête des tendances mondiales. En 2 heures 51, il avait déjà atteint 10 millions de vues ; il en comptabilisait 30 millions en 7 heures. Le nombre de j’aime a quant à lui passé la barre des 3 millions en 2 heures 30, contre 8 heures 23 pour le dernier titre de Blackpink (ce qui était déjà incroyable).

Map of the Soul: Persona de BTSHalsey et BTS dans Boy With Luv
Nous attendons la confirmation officielle de Youtube, mais il semble que Boy With Love soit en phase d’atteindre le record du clip le plus rapide à atteindre les 100 millions de vues. [Mise à jour 14 avril 2019] Le MV a déjà battu le record du plus grand nombre de vues en 24h avec le score spectaculaire de 80 millions!

Le MV de Boy With Luv, une œuvre artistique à part entière

Au-delà de ses exploits chiffrés, le clip vidéo de Boy With Luv est surtout une petite merveille. Réalisée par Choi Yong Seok, à qui l’on doit plusieurs MV de BTS, dont ceux de DNA et Fake Love, la vidéo nous entraîne dans un monde onirique et rétro aux couleurs saturées. Les effets visuels sont superbes, notamment les fondus renvoyant à la peinture impressionniste ou les décors évoquant des aquarelles.


Le clip démarre par une petite séquence d’intro dans laquelle Halsey joue les guichetières de cinéma. La chanteuse américaine, qui participe au refrain de la chanson, reviendra dans la seconde partie pour entamer quelques pas de danse avec les BTS dans le segment chorégraphique du MV.

Les premières séquences du clip de Boy With Luv reprennent la palette de couleurs acidulées de celui de DNA : le ton est léger, la chorégraphie entraînante, et les chanteurs nous taquinent avec les mimiques aegyo et des regards joueurs dont ils ont le secret – les jeux de langue de V risquent de faire parler d’eux.

J-Hope, Jimin et Jungkook de BTSSuga de BTS
Une rupture de ton s’opère au moment de la partie rap de Suga : fond noir, Suga marchant sur les touches d’un piano géant, accompagné par des notes de xylophone. Les séquences suivantes élargissent l’univers du MV pour nous entraîner dans un monde rétro et ultra-pop, dans une rue bordée de lampadaire évoquant le film Chantons sous la Pluie (Gene Kelly et Stanley Donen), ou aux abords d’un cinéma nommé « Persona » et cerné d’autres devantures dont les panneaux reprennent des titres passés de BTS.


Ainsi peut-on lire, dans ce décor à la Broadway, les titres « Young Forever », « Wings » ou encore « You Never Walk Alone », inscrits avec des polices de caractère groovy. Boy With Luv est extrait de Map of the Soul: Persona, l’album de l’affirmation de soi. Les garçons assument leur identité, leur histoire et leur condition.

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Parmi les différentes lectures possibles, on peut voir dans ce MV un parallèle avec le parcours de BTS, de ses débuts en tant qu’idoles de K-pop, évoqués par l’esthétique sucrée et les mimiques enfantines, à son succès à l’international quelque peu affolant, matérialisé par le style visuel pop et les costumes bling-bling, en passant par la confusion entre la vie et le spectacle.

Cette confusion est figurée par le décor du cinéma et l’apparition théâtrale de RM, qui se la joue Gene Kelly avec son costume blanc et son parapluie (l’objet serait un cadeau d’une fan). Si la vie de BTS est un spectacle avec une face lumineuse et un côté sombre, autant s’éclater dans la danse.

V et RM de BTS
Sous la vidéo Youtube du groupe, la fiche crédite toute l’équipe artistique de ce magnifique music vidéo, du directeur photo au créateur des concepts visuels ou celui des effets de spots lumineux, une manière de valoriser ces artistes et d’affirmer les clips de BTS comme des œuvres à part entière.

C’est la moindre des choses compte tenu de l’influence grandissante du groupe et de toutes les créations artistiques qui l’entourent sur la culture pop mondiale.

Map of the Soul: Persona, l’album de la maturité

L’enchaînement des albums de BTS raconte une grande histoire, chaque chapitre représentant un âge de la vie, des années lycée à la vie adulte. Le groupe laisse derrière lui l’adolescence contée dans la trilogie School et dans le diptyque The Most Beautiful Moments in Life, les explorations introspectives angoissées de Wings et les élans mélancoliques des trois opus de Love Yourself.

Avec Map of the Soul : Persona, BTS affirme une maturité artistique nouvelle avec un album riche et vivifiant, tourné vers l’avenir.

RM se charge de l’entrée en matière avec Persona, un titre rap sophistiqué accompagné par une guitare électrique au son très rock. En psychologie analytique selon Carl Jung, le terme « persona » désigne la partie de la personnalité qui organise le rapport à la société.

Dans le titre Persona, le leader de BTS nous livre ses états d’âme, ses questionnements identitaires, les sentiments contradictoires inspirés par son succès. Avec un flow énergique, voire agressif, il trace la carte de son âme et s’affirme dans toute sa complexité, avec ses imperfections et ses impostures, clamant son envie de chanter jusqu’au bout – « I just wanna give you all the voices till I die. »

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Map of the Soul: Persona varie les rythmes et les styles, mais maintient la même couleur sonore du début à la fin. Le RnB se mêle à des tonalités rock et acid jazz, pour dégager une chaleur et une légèreté plus marquées que dans les opus précédents.

Ces traits traversaient déjà la trilogie Love Yourself, mais l’atmosphère y était plus sombre, plus lourde. Love Yourself: Tear, par exemple, s’achevait par un morceau torturé (et brillant) interprété par les trois rappeurs, qui apparaissaient comme les personnages principaux de ce segment.


Au contraire, Map of the Soul: Persona met au premier plan les vocalistes et cultive le côté lumineux de BTS, ajoutant des touches d’onirisme avec Boy With Luv, dont le refrain accompagné par Halsey nous emporte sans qu’on l’ait vu venir, mais aussi Mikrokosmos et ses chœurs aériens, ou Jamais Vu avec ses notes de piano berçantes.

La chanson Home est la plus joyeuse de l’album : les BTS rendent un hommage vibrant à leurs fans, les ARMYs, grâce auxquelles ils se sentent chez eux dans le monde entier.

Au contraire, le titre Dionysus, qui mêle énergiquement les influences hip-hop et rocks, est le plus déroutant dans sa référence au dieu grec Dionysos, souvent associé au vin et à l’alcool, mais aussi à la folie et à la démesure.

Les membres du groupe BTS
En un rythme, en un son, la chanson Make It Right, s’impose comme la plus stylisée de l’album. Elle a été composée par le chanteur anglais Ed Sheeran et donne des envies irrésistibles de danser.

Au passage, la collaboration entre BTS et Ed Sheeran laisse présager d’une tendance dans les années à venir : les artistes anglo-saxons qui dominent la scène musicale internationale vont se battre pour avoir leur nom sur un album de K-pop. En tout cas, cette collaboration est une réussite, entre les interventions enlevées des rappeurs et les falsettos addictifs des vocalistes.


Enfin, Jamais Vu est un vrai petit bijou. Elle est interprétée par une sous-unité formée par Jungkook, Jin et J-Hope. On reste scotché par le refrain, dans lequel les vocalistes répètent « Please give me a remedy […] a remedy a melody », tandis que les parties rap de J-Hope, qui s’accompagne de notes de piano ou de sons graves, apportent beaucoup de relief à la chanson. En psychologie, le terme « jamais vu » est utilisé pour désigner une expérience survenant lorsqu’un individu reconnaît une situation, mais que celle-ci semble très peu familière.

Les paroles évoquent un amour perdu et offrent une belle métaphore filée avec l’univers d’un jeu vidéo : le sujet est un personnage de jeu accumulant les erreurs et suppliant la joueuse de lui accorder un remède, ou une potion de guérison, pour revenir dans le monde virtuel. Ou comment faire de la poésie avec un élément de culture moderne qui parle aux jeunes du monde entier.

Une chose est sûre, le monde ne guérira pas de sitôt de BTS. Depuis les Beatles, aucun groupe n’a déclenché un tel phénomène auprès de la jeunesse mondiale. Un succès qui parvient même à réveiller de sa léthargie la presse française, qui bachote sévère en ce moment même pour rattraper son retard sur le terrain de la K-pop. C’est dire.

Elodie Leroy

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Jin alias The Third from the Left