‘Confessions intimes’ – partie 2 : précis scénaristique de l’émission

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Dans le chapitre précédent, nous avons décrypté les mécanismes de Confessions intimes et ses avatars, ces magazines-vérités qui gangrènent la télévision française actuelle (Tellement vrai, C’est ma vie et autres joyeusetés). D’aucuns diront qu’il suffit de ne pas regarder ces émissions. Mais il faut voir la réalité en face : si ces concepts sont déclinés à l’infini, c’est parce qu’ils ont su trouver leur public. Ce constat est d’autant plus déplorable que ces programmes, en plus de témoigner d’une véritable paresse créative de la part de nos chaînes de TV, colportent des stéréotypes pernicieux, quand ils ne se laissent pas aller à diffuser des images franchement douteuses.


L’opération Confessions intimes orchestrée par Rémi Gaillard a fait grand bruit : un responsable de TF1 a déclaré au Huffington Post qu’il n’excluait pas une action en justice pour diffamation, avant que l’humoriste publie sur sa page Facebook plusieurs des SMS bourrés de fautes d’orthographes que la journaliste avait envoyés à Ludivine et Aurélien pendant le tournage. Bref, la crédibilité de l’émission en a pris un coup. Pourtant, l’aventure continue sur TF1 : Confessions intimes persiste à nous gratifier chaque semaine de reportages tournant autour de ses thématiques préférées.

Mais au fait, quelle est la cible de ces magazines télévisuels ?

La profusion de spots dédiés aux produits de régime, antirides et produits ménagers qui entrecoupent les programmes en dit long : le cœur de cible serait féminin. Oui mais nous parlons bien du cœur de cible, et pas forcément du public dans sa globalité, du moins si l’on en croit la multiplication des reportages consacrés à des (très) jeunes filles fières de leur physique et s’exhibant complaisamment devant les caméras.

Il suffira de parcourir la page Facebook de l’émission pour s’apercevoir que sous couvert de s’intéresser aux individus, Confessions intimes n’aborde en réalité qu’un nombre limité de sujet. Très limité. En vérité, on peut les compter sur les doigts de la main. C’est ainsi que je me suis livrée à un petit inventaire des scénarios-types de ce programme, des sujets que l’on retrouve d’ailleurs dans toutes les émissions de ce genre même si le ton est différent. A la manière des genres cinématographiques, ces sujets-types possèdent leurs codes, leurs archétypes. Ce qui veut dire qu’à force de répétition, ces chaînes de TV colportent les pires stéréotypes.

On pourrait synthétiser ces clichés de la manière suivante :

    • Femmes : il faudra choisir entre la mère ou la salope, la première ayant définitivement abandonné toute envie de séduction et la seconde se distinguant par un narcissisme pathologique et une arrogance extrême.
    • Hommes : Messieurs, choisissez votre camp entre deux espèces bien distinctes : l’insupportable macho ou la lavette, toute la palette de caractères situés entre les deux n’ayant pas droit de cité.
    • Provincial vs citadin : le premier représente la facette plus ou moins arriérée du Français d’aujourd’hui et le second son côté parfaitement superficiel.


Fan de 

Le pitch : Monsieur entretient une passion excessive, que ce soit pour une star, pour sa moto ou pour un loisir quelconque. Passion que Madame ne supporte plus, ce qui la pousse à se conduire en véritable mégère. Comment le couple sortira-t-il de l’impasse?

Le canevas est fort bien reconstitué par Rémi Gaillard et ses complices dans « Marre de vivre avec un éternel gamin », diffusé le 16 avril (un prix d’interprétation pour Ludivine ?). Dans Confessions intimes, nous avons ainsi régulièrement droit au fan de Johnny Hallyday qui néglige sa femme, au sosie de Claude François qui néglige sa femme, à l’obsédé des bagnoles qui néglige sa femme… Le maître du genre demeure bien sûr le passionné des camions, personnage-culte qui nous a tous beaucoup marqués (« J’aime les camions plus que ma femme », rediffusé le 30 avril 2013). Le bonhomme a même une page Facebook de fans qui comporte plus de 1000 membres.

Certes, en prenant ces reportages au premier degré, ces personnes paraissent pathétiques. Mais à y regarder de plus près, il y a quelque chose de dérangeant dans le monde défendu par ces émissions : le simple fait d’avoir un centre d’intérêt, ou pire, une passion, est-il donc si déviant ? Ainsi, un être humain normalement constitué se doit d’avoir un univers étriqué avec rien qui dépasse, pas même un soupçon de fantaisie.

Il faut tout de même apporter une nuance à ce principe, nuance induite par une conception du couple héritée du système patriarcal : les hommes, en éternels gamins qu’ils sont, sont les seuls habilités à posséder un jardin secret. Ils ont le monopole de la fantaisie, même s’ils ont parfois besoin d’être recadrés. Sous prétexte de les mettre dans le droit chemin, ces émissions pointent également du doigt leurs épouses qui apparaissent comme dépourvues de culture et d’imagination. Elles occupent en effet la double-place paradoxale de reine/esclave domestique. Ce rôle, elles le revendiquent avec une certaine ferveur, encouragées en cela par l’inénarrable Karine Grandval, la psy de Confessions intimes, qui n’en rate jamais une dès lors qu’il s’agit d’indiquer à chacun quelle est sa juste place au sein du foyer.


S’agissant du privilège des hommes d’avoir droit à une passion, il existe une exception, incarnée par un jeune homme de 20 ans passionné par un soap opéra, dans « Mon fils est accro aux Feux de l’amour » (Confessions intimes du 12 mars). Dans ce cas précis, il est clair que le sujet doit tout bonnement et simplement renoncer à sa passion. Le reportage aboutit tout de même à la destruction de toute sa collection de vidéos et de magazines accumulée sur des années. Une telle violence à l’encontre du jardin secret d’un jeune homme de 20 ans était-elle nécessaire ?

Il fallait peut-être lire une autre crainte dans sa séance de « rééducation ». Il n’y a qu’à voir l’agressivité et le stress de la mère, qui a elle-même sollicité l’émission et qui ne cesse de répéter « tu n’es pas normal » à son fils. Tout cela parce que celui-ci se passionne pour une série a priori destinée aux femmes. Au cours du reportage, cette mère va jusqu’à l’emmener dans une boîte de nuit afin de l’obliger à draguer des filles, ce qu’il se montre bien évidemment incapable de faire sous l’œil d’une mère aussi castratrice ! Ce jeune homme était-il soupçonné d’être homosexuel ? Le terme ne sera pas prononcé. Mais l’acharnement de la psy, Karine Grandval, à détruire toute trace de sa série préférée est éloquent : elle le traite comme s’il était atteint d’une pathologie qu’il ne faut surtout pas essayer de comprendre mais simplement éradiquer (aucune question ne sera posée au garçon sur l’ambiance familiale, alors qu’il semble évident que le problème, s’il y en a un, vient de là).

Le spectateur, quant à lui, sera libre de penser que le fan « déviant », celui qui confond réalité et fantasme et a besoin de se faire soigner, c’est avant tout celui qui harcèle sa star en squattant les alentours de son domicile. Justement, dans le reportage, le jeune homme a rencontré son actrice préférée lors d’une projection organisée par un cinéma. Il n’a montré aucun signe de déséquilibre.

Miroir, mon beau miroir

Le pitch : Madame est obsédée par son apparence et passe son temps à se contempler dans un miroir. Tremblant à l’idée de voir apparaître une ride ou de lire « +0,1 » sur sa balance, Madame développe des complexes irrationnels que Monsieur (qui n’est généralement pas un canon) peine à comprendre. Bien souvent, elle trouvera la solution à tous ses problèmes non pas en fréquentant un cabinet de psy, ni même en découvrant les joies de la lecture, mais en pénétrant dans une clinique de chirurgie esthétique.

Nous disions que les femmes n’avaient pas droit à des centres d’intérêt, à un peu de fantaisie… Avions-nous donc tort ? Absolument pas ! Le « centre d’intérêt » de ces femmes se résume à leur petite personne. Une manière d’entériner le cliché voulant que les femmes soient des êtres autocentrés, dont la seule préoccupation est l’apparence physique. Des femmes dévoilées sous un jour résolument pragmatique, donc, comme dans le thème précédent. A ceci près que ce pragmatisme n’est pas justifié par le besoin de faire tourner un foyer, mais s’avère dédié à la seule alternative qui semble permise aux femmes à la TV française aujourd’hui : être belle.

Outre leur caractère sexiste, ces sujets ont pour effet pernicieux de banaliser la chirurgie esthétique. Ainsi, dans le monde magique de Confessions intimes, on se rend chez son chirurgien plasticien comme on irait chez son dentiste, c’est-à-dire avec un soupçon d’angoisse mais guère plus. Une mentalité qui n’est jamais questionnée par les journalistes auteurs (ou coupables) de ces sujets.


Dans les épisodes les plus trash, que l’on pourrait faire entrer dans la sous-catégorie « Méchante reine de Blanche-Neige », Madame est non seulement narcissique mais elle entretient aussi une rivalité pathologique avec sa fille, l’empêchant ainsi de s’épanouir. Ce fut le cas dans le sujet « Miroir, Miroir, dis moi que je suis plus belle que ma fille » (Confessions Intimes, 9 avril 2013), épisode qui mettait en scène une mère narcissique rabaissant constamment sa fille sur le plan physique et oubliant sa position de mère. Cet épisode trouvait une conclusion consternante puisqu’elle s’achevait par une opération esthétique sur la jeune fille (une liposuccion), dans la joie et la bonne humeur. Au passage, la jeune fille, plutôt jolie, était âgée d’à peine plus de 20 ans et avait déjà subi une opération des seins. Non seulement aucun regard critique n’était apporté sur la décision de cette pauvre gamine, victime tout à la fois d’une mère toxique (si l’on prend le reportage au 1er degré) et de l’hyper-sexualisation du corps féminin dans la société, mais la relation mère/fille était présentée comme assainie après l’opération… Un happy end, en quelque sorte.

Encore une fois, il est certain que le reportage ne restitue pas la réalité de la relation entre ces deux femmes. Quelque soit cette réalité, l’équipe de Confessions intimes se rend responsable du propos développé par son reportage, propos d’autant plus malsain que la victime est très jeune.

Super Size Me

Le pitch : Madame est obsédée par ses kilos. Logiquement, elle a besoin que toute la France soit au courant afin de perdre du poids. Dans certains cas, elle a de bonnes raisons de vouloir maigrir car ses kilos en trop menacent sa santé. Dans d’autres, elle est juste un peu ronde, voire parfaitement normale.


Le sujet sexiste par excellence. M6 lui a même dédié un programme à part entière : nous parlons bien sûr de l’édifiant Belle toute nue, d’abord diffusé sur Téva. Ne niez pas, vous l’avez déjà regardé vous aussi. Ce genre est à rapprocher du précédent : il s’agit une fois de plus d’une personne, le plus souvent une femme voire une adolescente, littéralement obsédée par son physique. Sauf que cette fois, ce n’est pas parce qu’elle se prend pour une déesse mais pour les raisons inverses : elle a d’énormes complexes.

Sous des dehors de quête d’affirmation se soi, le propos est toujours le même : nous démontrer que tout ce qui compte, pour une femme, c’est l’apparence physique. Sous entendu : pour une femme, la beauté est non seulement le seul talent féminin qui soit, mais aussi le principal indicateur de bonheur.

Ces reportages sont également l’occasion, pour les journalistes, de filmer des jeunes filles en petite tenue dans leur chambre, se regardant l’air angoissé dans un miroir. Le tout sous couvert de déballer les complexes intimes de la participante, y compris lorsque celle-ci est une adolescente. Il semble que le CSA ne voie rien à redire à cela.

A propos de kilos en trop, il faudrait un jour que quelqu’un se dévoue pour faire une petite expérience : prendre tous les programmes d’une journée sur toutes les chaînes, en incluant les publicités, les magazines, les talk shows, etc., et compter le nombre de fois où l’ont parle du poids des femmes. Le résultat devrait être ahurissant.

Moi… Lolita

Le pitch : une (très) jeune fille s’abîme jour et nuit dans la contemplation d’elle-même. Ses loisirs préférés ? Se faire belle, bien sûr, mais aussi faire du shopping. Son ambition dans la vie ? Devenir une star.

La variante djeuns du thème « Miroir, mon beau miroir » mérite que l’on s’y attarde. Comme dans le cas précédent, la jeune fille s’avère dénuée de tout univers intérieur et de tout projet professionnel. Son niveau de réflexion avoisine le zéro absolu, au point que l’on se demande si elle sait encore écrire vu qu’elle n’a jamais dû ouvrir un seul bouquin de sa vie. Ce qui n’empêche pas la voix-off du reportage de parler d’elle comme d’une « personnalité à part », comme si sa vacuité intellectuelle lui donnait un prestige particulier. Comme de bien entendu, cette caricature de la jeune fille d’aujourd’hui s’avère arrogante à l’extrême, voire franchement tête à claque (voir la fameuse Jessica de « Je suis belle et j’assume », Confessions intimes). A noter également que cette jeune fille, lorsqu’elle est célibataire, ne pense pas spécialement à se trouver un petit ami. Comme si son obsession de beauté était déconnectée de la fonction première de soin que l’on peut accorder à son apparence, à savoir la séduction, et se justifier par le seul besoin d’être admirée par… par qui, au fait ? Pas les autres, on suppose, ou par les caméras.


Lorsqu’un tel sujet est diffusé, il suffit de lire les réactions sur les forums débattant de ces émissions pour se rendre compte du rapport ambigu à ces jeunes filles que ce type d’émission encourage auprès du public féminin. Tout est calculé pour que les sujets apparaissent tour à tour comme détestables et admirables, afin qu’elles inspirent tout à la fois le mépris et l’envie. A noter que ce type de personnage existe aussi au masculin (voir le récent « Je suis né pour être une star », Confessions intimes) mais dans ces cas-là, au contraire de la jeune fille qui finira par obtenir une séance photo, le jeune homme, lui, devra réaliser le caractère ridicule de son obsession. Eh oui, dans le monde merveilleux de Confessions intimes, les ambitions sont décidément sexuées.

Si ce type de sujet peut s’intéresser à des garçons, les participants sont en grande majorité des jeunes filles ou jeunes femmes. Parfois des jeunes filles sorties tout juste de l’adolescence. Ce qui nous ramène à la question posée précédemment : le public-cible est-il exclusivement féminin ? Pas sûr si l’on en croit la manière dont ces programmes filment les participantes dans leur chambre ou dans leur salle de bain à moitié dénudées, parfois en sous-vêtements, ou bien prenant des poses sexy dans le cadre de séances photos coquines.

Damien* est de retour

(*Appellation en référence à l’enfant démoniaque du film La Malédiction de Richard Donner)

Le pitch : Monsieur et Madame ne parviennent pas à gérer leur enfant (à mettre éventuellement au pluriel), lequel se comporte, il faut le dire, en véritable petit démon. Insolent, irrespectueux, parfois violent, l’enfant fait endurer un calvaire à ses parents, qui ne lui ont visiblement pas socialisé correctement. Bien sûr, à la fin de l’émission, même le plus hargneux des marmots nous semblera irrésistiblement mignon. Oui, car au fond, ce n’est qu’un enfant.

Au programme des réjouissances, démission du père et sentiment d’hyper-culpabilité de la mère. La femme moderne est montrée du doigt comme inapte à gérer son foyer ; et ce, même si cette femme moderne est bien souvent une femme au foyer (un constat frappant sur les programmes de M6, chaîne qui ne semble pas avoir entendu parler du concept de population active féminine). L’homme moderne est lui aussi montré du doigt comme incapable d’assurer son rôle de « chef de famille », une notion qui n’a plus cours aujourd’hui mais qui fait bel et bien partie du langage employé par notre chère Karine Grandval (Confessions intimes), véritable garante du système patriarcal.

Il est fort probable que bon nombre de ces enfants ne soient pas aussi ingérables que ces émissions ne le laissent penser. A la grande époque de Super Nanny, en 2006, des parents avaient ainsi fait savoir que leurs enfants avaient été poussés par les journalistes à commettre des bêtises dans la cuisine, au mépris de toute considération de sécurité. Cette affaire a vaguement fait parler d’elle à l’époque car la famille s’était brouillée avec tout son voisinage suite à la diffusion de l’émission. Les suites de l’affaire n’ont pas été dévoilées.

On se demande aussi ce que ces enfants penseront à l’âge adulte, lorsqu’ils découvriront qu’ils ont été montrés à la télévision sous ce jour déplorable. Tout ça pour un petit moment de célébrité. Certes, comme l’a prouvé Rémi Gaillard, les journalistes manipulent les participants et scénarisent les sujets. Mais trêve de misérabilisme : il appartient aux parents de prendre leurs responsabilités ! N’ont-ils pas peur que leurs enfants les haïssent des années après ? Par exemple s’ils ont subi du harcèlement à l’école suite à ces émissions. Pour aller plus loin, à une époque pas si lointaine, il était considéré comme prudent de ne pas exposer ses enfants devant les caméras. Ils pouvaient par exemple devenir la cible de kidnappeurs, si les parents s’avéraient avoir une situation sociale aisée, ou même de pédophiles. Aujourd’hui, exposer ses enfants est devenu normal. Que penser des chaînes qui exploitent l’image de ces enfants, mais aussi de ces parents qui viennent pleurnicher devant les caméras alors qu’ils n’hésitent pas mettre en danger leur progéniture ?

Little Miss Sunshine

Le pitch : Une combinaison des genres « Damien est de retour » et « Moi… Lolita ». Cette fois, nous avons droit à un enfant, garçon ou fille, qui se prend pour une star. Quand c’est un garçon, c’est en général parce qu’il a développé une compétence particulière, comme le chant ou la danse. Quand c’est une fille, devinez pour quelle raison elle se prend pour une star ? Parce qu’elle est la plus belle. Dans le monde magique de Confessions intimes, les ambitions sexuées apparaissent dès l’enfance.

Dans ces reportages, la mère apparait plus que jamais comme esclave des caprices de son enfant, tandis que le père est en général absent ou effacé. Le spectateur, quant à lui, tend à sympathiser avec le frère ou la sœur qui se retrouve réduit à l’état de mobilier, tandis que la « star » prend toute la place. Là où ces sujets se distinguent du genre « Damien est de retour », c’est dans le point de vue ambigu adopté par les journalistes qui semblent donner raison à ces enfants qui auraient pourtant bien besoin d’être recadrés. Ainsi, il n’est pas rare que le sujet se solde par la victoire de l’enfant dans un concours de beauté. L’occasion pour les cameramen de faire des plans bien racoleurs sur des petites filles attifées en femmes.

A quand un reportage explicitement pédophile ? On n’en est pas loin. On ne peut pas légiférer sur tout. Mais s’il est un terrain où les pouvoirs publics devraient peut-être poser un cadre, c’est sur l’exploitation de l’image des enfants. Il est temps qu’une loi interdise les concours de mini-miss !


Non, ma femme, tu n’iras pas danser

Le pitch : Monsieur est extrêmement jaloux et ne supporte pas que Madame sorte de la maison. Dans les épisodes les plus trash, Monsieur persécute Madame au quotidien, la somme d’effectuer les tâches domestiques et de lui apporter son café, avant de l’insulter dès qu’elle enfile des talons aiguilles.

Le jour où le canular de Rémi Gaillard a été diffusé, c’est-à-dire le 9 avril 2013, nous avions pu découvrir dans la foulée un sujet de ce genre, qui s’intitulait « Je ne veux pas être une femme soumise ». Les séquences mises en scène se sont révélées particulièrement choquantes puisque le jeune homme rabaissait son amie à la moindre occasion et n’hésitait pas à la traiter de « pute » dès qu’elle faisait un effort pour s’habiller. Pire, il allait jusqu’à la brutaliser devant les caméras. La séquence s’est déroulée dans une boîte de nuit et je peux vous dire que dans la vraie vie, si j’assistais à un tel incident, je soupçonnerais immédiatement l’homme de frapper sa compagne dans le privé. Mais dans le monde magique de Confessions intimes, et notamment dans l’imaginaire sans borne de Karine Grandval, envoyée en mission pour sauver ce couple de la séparation, ce genre de comportement témoigne juste d’un « trop plein d’amour » de la part d’un jeune homme « un peu trop traditionnel » (citations véridiques).

Cette séquence dérangeante a très certainement été orchestrée par l’équipe de Confessions intimes. Il n’empêche que la première chose que l’on pense, à la vue d’un tel épisode de la vie de couple, c’est que nous avons affaire à un cas de violence conjugale. Avec le recul, on se dit qu’il est très peu probable qu’un homme qui bat sa compagne accepte de voir les caméras débarquer chez lui. Seulement voilà : ce sont ces images choquantes que l’on retiendra de ce jeune couple. Et de ce jeune homme, que la présentatrice Marion Jollès Grosjean a fièrement taxé de « machiste » lors de la reprise du reportage après la pub (ce qui fait doucement rigoler quand on sait à quel point l’émission est sexiste). Le verdict est donné, l’image du jeune homme définitivement entachée.

Quelle que soit la réalité du couple, le propos du reportage était bel et bien d’encourager les femmes maltraitée à accepter les « petits défauts » de leur compagnon, le harcèlement étant ici vu comme une preuve d’amour. Où sont les féministes quand on a besoin d’elles ?

A noter également que, quand Confessions intimes nous dégote un couple de ce genre, l’homme se trouve très souvent avoir des origines maghrébines ou africaines. Allo, SOS racisme, est-ce que vous me recevez ?

En conclusion…

Clichés sexistes ou racistes, destruction de l’image du couple, dévalorisation de la cellule familiale, hypersexualisation des enfants, tels sont les idéaux propagés par ces programmes dans les esprits naïfs, ceux qui prennent ces reportages au premier degré. On aimerait que les associations luttant contre les différentes formes de discrimination (sexisme, racisme, homophobie…) ne se contentent pas de s’exprimer lorsqu’une affaire défraie la chronique ou qu’un politicien profère une parole de trop, mais qu’elles se penchent aussi sur ces émissions du quotidien, sans doute considérées comme inoffensives, alors que leur effet est extrêmement pervers car insidieux et agissant sur le long terme.

Aujourd’hui, on parle de moralisation de la vie politique française. A quand une moralisation de la télévision française ? Devant la profusion, dans ces émissions, de clichés sexistes ou sociaux mais aussi d’images sexualisées d’adolescents ou d’enfants, on s’étonne de l’immobilisme du CSA. Mine de rien, depuis que les vannes ont été ouvertes par la téléréalité, la télévision française est devenue extrêmement violente et amorale. On pourra arguer qu’il suffit de ne pas regarder ces programmes, voire de ne pas avoir de télévision. Certes, cette position se défend mais elle demeure un choix personnel. La passivité de nos institutions mais aussi de nos journalistes face aux dérives des émissions dites de divertissement fait peur.

D’autre part, d’un simple point de vue créatif, il faut savoir que ces programmes mobilisent des scénaristes et prennent des slots qui pourraient être réservés au développement de fictions télévisuelles françaises. La France a accumulé un retard inouï en la matière, au contraire d’autres pays d’Europe ou d’Asie qui ont décidé de ne pas voir la prédominance des séries américaines comme une fatalité. Le résultat se voit directement sur Internet : les jeunes téléchargent davantage de séries coréennes ou japonaises qu’ils ne regardent des séries TV françaises.  Un constat bien triste compte tenu de l’aura de notre cinéma.  C’est d’autant plus triste que la France fourmille de talents qui ne demandent qu’à s’exprimer mais qui se retrouvent relégué au registre amateur, tandis que nos chaînes de télé dilapident leur argent dans des fumisteries obscènes telles Confessions intimes, reposant sur des sujets fournis non plus par les journalistes eux-mêmes mais par n’importe quel quidam qui ressent soudainement le besoin de faire parler de lui.

Elodie Leroy

Et si vous êtes encore convaincus que tout le monde prend ces reportages au douzième degré, je vous encourage à faire une petite recherche sur Internet afin de découvrir les commentaires des spectateurs sur divers forums.

 

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