Critique : ‘8 Fois Debout’, de Xabi Molia

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A travers le parcours d’une chômeuse entraînée dans la spirale de la marginalisation, 8 Fois Debout aborde frontalement une réalité sociale trop souvent passée sous silence. Pourtant, l’auteur et réalisateur Xabi Molia ne se complaît jamais dans un discours démonstratif et trouve le parfait dosage entre la comédie et le réalisme social, tout en dressant un portrait de femme touchant et échappant à tous les clichés. Un petit bijou qui nous cueille par surprise grâce à son écriture tout en finesse, son humour ravageur et la composition poignante de Julie Gayet.

8foisdebout_02En ces temps de crise économique où les chaînes de télévision abrutissent les masses avec un étalage de luxe ou avec des héros d’un jour préoccupés par leur déco, un film comme 8 Fois Debout a en premier lieu pour qualité – et c’est loin d’être la seule – d’aborder frontalement un phénomène trop souvent passé sous silence et pourtant plus que jamais d’actualité pour la classe moyenne d’aujourd’hui. Ce phénomène qui menace de planter ses griffes sur les plus malchanceux, c’est la marginalisation. Un fléau qui n’arrive pas qu’aux autres et dont le mécanisme est implacable : la perte de l’emploi entraîne peu à peu la perte de confiance en soi, qui entraîne à son tour la perte de l’énergie de chercher du travail. Puis, les choses s’enchaînent très vite : fermeture du compte en banque, expulsion du logement, destruction des liens sociaux… Entre temps, certains auront heureusement eu la chance d’avoir un entourage généreux prêt à intervenir pour les aider à sortir la tête de l’eau. D’autres, non.

Dans 8 Fois Debout, nous faisons la connaissance d’Elsa (Julie Gayet), une trentenaire chômeuse, menacée d’expulsion, qui enchaîne les petits boulots, légaux ou au black, afin de récupérer la garde de son fils. Lentement mais sûrement, Elsa s’enfonce toujours plus dans la spirale de l’échec professionnel et personnel. Son voisin Mathieu (Denis Podalydès), qui vit une situation similaire, semble quant à lui prendre les choses avec philosophie.

Que les allergiques au misérabilisme se rassurent : 8 Fois Debout aborde certes un sujet grave et profondément ancré dans le monde d’aujourd’hui, mais le fait avec un humour irrésistible. Ce premier long métrage de Xabi Molia s’avère d’ailleurs très vite inclassable de par le dosage subtil entre la comédie, le drame et le réalisme social.

8foisdebout_01D’un côté, 8 Fois Debout trouve matière à rire dans les moments les plus inattendus, tels que les visites d’appartement annonçant l’expulsion d’Elsa ou les entretiens d’embauche, surréalistes mais criants authenticité. De l’autre, l’émotion gagne peu à peu du terrain à mesure qu’Elsa perd son estime d’elle-même et s’enfonce dans les sables mouvants de l’exclusion, continuant de mentir à ses proches pour sauver les apparences. Au passage, son expérience de travail au noir nocturne fait froid dans le dos.

La combinaison des talents de Xabi Molia, à la fois scénariste et réalisateur, et de l’actrice Julie Gayet fait des étincelles : le parcours psychologique d’Elsa s’avère crédible de bout en bout, dans son rapport aux autres comme dans sa perception d’elle-même, et n’appelle à aucun jugement. La comédienne délivre une composition poignante, échappant à tous les clichés au point d’amener le spectateur à spéculer sur le passé d’Elsa. C’est ce qui s’appelle insuffler une véritable humanité à son personnage.

Autre choix de casting judicieux, Denis Podalydès n’est pas en reste pour lâcher quelques répliques hilarantes, s’appropriant des dialogues déjà savoureux sur le papier. D’une liberté de ton réjouissante et jamais démonstratif, 8 Fois Debout est de ces films qui nous cueillent par surprise par leur justesse.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 13 avril 2010

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