Critique : ‘A la Croisée des Mondes : La Boussole d’Or’, de Chris Weitz

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Spectacle visuellement séduisant, A la Croisée des Mondes : La Boussole d’Or déçoit par son traitement trop expéditif de l’intrigue comme des personnages. S’agit-il d’une volonté du réalisateur de ne pas lasser le jeune public avec des scènes trop longues ? Restent de belles images et une héroïne convaincante mais soyons honnêtes, cela est loin de suffire et même avec la meilleure volonté du monde, on s’ennuie ferme.

Avec A la Croisée des Mondes : La Boussole d’Or, le cinéma d’heroic fantasy s’enrichit d’une nouvelle saga, quatre ans après le dernier opus du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson et deux ans après le premier volet des Chroniques de Narnia d’Andrew Adamson. Adapté du premier d’une série de romans initiée par Phillip Pullman en 1995, Les Royaumes du Nord, le film de Chris Weitz (Pour un garçon) se veut bien entendu le premier d’une trilogie destiné à conquérir un public familial au moment des fêtes de fin d’année.

Les paysages nordiques sont une fois de plus à l’honneur dans cette superproduction au budget faramineux de 190 millions de dollars (plus de deux fois plus que La Communauté de l’Anneau), de même que l’incontournable avalanche d’effets spéciaux sans lesquels l’heroic fantasy moderne ne serait pas. Au final, A la Croisée des Mondes : La Boussole d’Or ne se révèle être qu’un malheureux pétard mouillé, un film certes joli à regarder mais totalement dénué d’âme et de souffle.

Ce ne sont pourtant pas les moyens ni la passion qui manquent à cette Boussole d’Or. Fan déclaré de l’œuvre de Phillip Pullman, le réalisateur/scénariste Chris Weitz a déployé toutes les ressources dont il disposait pour offrir au public un spectacle digne de ce nom, qui aurait à cœur de ne pas trahir les romans d’origine. Les images, somptueuses, ne démentent jamais l’ampleur de cet investissement, et représentent certainement le principal atout du long métrage. Qu’il s’agisse de la cité où vit notre héroïne Lyra (Dakota Blue Richards), de l’étonnant engin volant à l’intérieur duquel se déplace l’inquiétante Marisa Coulter (Nicole Kidman), de l’aeronef au design poétique de Lee Scoresby (Sam Elliott), de l’ours polaire Iorek Byrnison (doublé par Ian McKellen) ou encore des fameux « daemons » – animaux incarnant les âmes des humains qu’ils accompagnent –, chaque élément bénéfice du même soin esthétique méticuleux, en plus de s’inscrire dans une harmonie d’ensemble de tous les instants.

A la Croisée des Mondes : La Boussole d’Or fait étalage d’effets digitaux dernier cri, permettant de donner vie aux multiples personnages fantastiques qui le peuplent avec une rare évidence. Les déplacements de l’ours Iorek en particulier sont criants de réalisme, que Lyra le chevauche ou non. Mais on peut en dire tout autant de Pan, le daemon de Lyra, qui se change tour à tour en raton laveur, en rat et surtout en adorable chat, le tout étant réalisé entièrement en images de synthèse sans que l’œil en soit jamais incommodé. Si au moins Chris Weitz avait pris vraiment le temps d’installer correctement ce décor superbe comme ces personnages au potentiel indéniable dans son récit, ce film avenant posséderait alors l’envergure qu’il mérite.

Malgré les explications très limpides d’un bref prologue et l’entrée en scène amusante de la téméraire Lyra, le réalisateur ne parvient jamais à donner de claire conscience de l’organisation et de l’étendue de cet univers parallèle, et par conséquent à conférer au film de véritable ton. Les personnages se déplacent d’un lieu à un autre sans que le récit ne s’embarrasse de transition, au risque de perdre le spectateur en route. Ce souci, majeur pour une œuvre de ce type, provient en grande partie du rythme effréné auquel défilent les séquences et les scènes qui les composent, bien trop courtes la plupart du temps. Les événements s’enchaînent les uns à la suite des autres, sans qu’aucun moment fort ne se dégage du lot.

L’exemple le plus frappant de ce gâchis demeure sans nul doute le sort réservé au bel ours Iorek, que l’on découvre tout d’abord solitaire et déprimé avant que Lyra ne le convainque de lui prêter allégeance, et qui, à peine revenu dans sa contrée d’origine, résout son problème en deux temps-trois mouvements, le temps d’un petit combat mis en place avec une rapidité invraisemblable. Et hop, sitôt le cas résolu, on passe à la suite.

On pourrait résumer ainsi le principe de fonctionnement du scénario trop linéaire d’A la Croisée des Mondes : La Boussole d’Or. La narration est menée tellement au pas de course que l’on finit par regretter rapidement que l’ensemble ne dure pas une demi-heure de plus, à l’instar de ses prédécesseurs dans le genre. Il eut fallu au moins ça pour s’attacher réellement aux personnages secondaires comme principaux.

Certes, Lyra est suffisamment présente pour qu’il soit possible de faire connaissance avec elle, et elle n’est pas desservie par la jeune Dakota Blue Richards qui se montre à la hauteur de l’enjeu, à la fois espiègle et énergique. L’amitié qui lie Lyra au petit Roger (Ben Walker), qu’elle ira sauver au bout du monde envers et contre tout, ne manque pas de charme, de même que la détermination à toute épreuve de l’adolescente face à Miss Coulter, personnage auquel Nicole Kidman prête sa classe ainsi qu’une froideur bienvenue – on regrettera juste que son visage subisse quelques retouches digitales un peu trop voyantes.

Mais il n’en va pas de même pour les autres, à peine entrevus ici et là. Si Sam Elliott s’en sort plutôt bien, marquant de sa présence chacun des plans où il apparaît, Daniel Craig fait presque office de figurant. Quant à Eva Green, alias la sorcière Serafina Pekkala, son personnage a pour particularité de surgir à l’improviste, mais sans pour autant dégager la moindre aura de mystère – un comble. Les personnages que croise Lyra au cours de son périple ne connaissent pour la plupart que quelques minutes d’exposition, avant que le récit ne passe à autre chose.

Lorsque la bataille finale survient enfin, il est ainsi difficile de ne pas rester stupéfié devant le nombre des opposants, puisque l’on n’aura tout du long croisé que quelques individus isolés ou petits groupes éparpillés. Cette bataille, qui rappelle évidemment par plusieurs aspects les envolées guerrières lyriques mises en scène par Peter Jackson dans sa célèbre trilogie (les sorcières arrivant à la rescousse munies d’arcs à flèches, tels les Elfes des Deux Tours), intervient donc elle aussi à brûle pourpoint, échouant à intensifier les enjeux de l’aventure. Pire, les personnages – Lyra la première – ne semblent jamais être en réel danger, même lorsqu’ils se retrouvent face à une rangée d’innombrables soldats armés jusqu’aux dents.

Si l’intention était d’aller un peu plus loin que le simple film pour enfants édulcoré, A la Croisée des Mondes : La Boussole d’Or n’atteint guère son objectif, loin de là. On ne rechignera pas pour autant à connaître la suite, mais sans hâte.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 5 décembre 2007

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