Critique : ‘Antibodies’, de Christian Alvart

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Troisième film du jeune réalisateur allemand Christian Alvart, Antibodies est un thriller psychologique alambiqué opposant un jeune inspecteur de police à un criminel notoire particulièrement vicieux. Jamais novateur, doté d’une morale simpliste et plombé par de nombreuses lourdeurs irritantes, le film tente de se rattraper sur la durée en proposant dans sa dernière partie quelques beaux moments de suspense.

Le meurtrier en série Gabriel Engel est arrêté à l’issue d’une spectaculaire et sanglante opération de police. Enfermé dans une prison de haute sécurité, il refuse cependant de répondre à l’interrogatoire que lui font subir les inspecteurs. De son côté, l’inspecteur Michael Martens enquête sur le meurtre de Lucia, une fillette de son village, qu’Engel est fortement suspecté d’avoir tuée. Curieusement, le tueur semble se prendre de sympathie pour lui et accepte de lui répondre par énigmes interposées. Au contact de cet homme, le jeune inspecteur va peu à peu sentir vaciller ses convictions les plus inébranlables…

Un tueur en série particulièrement violent qui n’accepte comme seul interlocuteur qu’un policier de campagne et décide de se livrer à un bras de fer psychologique particulièrement sadique avec ce dernier… On pense immédiatement au Silence des Agneaux de Jonathan Demme, référence revendiquée non sans un certain humour par le réalisateur Christian Alvart lors d’une séquence au cours de laquelle le dangereux Gabriel Engel (Andre Hennicke) interpelle ses gardiens en citant Hannibal Lecter. Quant au jeune inspecteur Martens (Wotan Wilke Möhring), stigmatisé comme « plouc » par son ennemi comme par ses collègues, il est la Clarisse Starling d’Antibodies, à ceci près qu’il est marié et père de deux enfants dont le plus âgé, un garçon de treize ans prénommé Christian (Hauke Diekamp), ne semble pas tourner très rond. Polar sous influence dont on pressent assez rapidement les tenants et les aboutissants, Antibodies ne s’embarrasse pas d’originalité et ne cherche pas outre mesure à faire dans la dentelle.

Selon un schéma psychologique ultra-balisé, Martens commence par rejeter en bloc le meurtrier sarcastique, bien que ce dernier représente son seul espoir de résoudre la terrible affaire de meurtre d’enfant qui vient de secouer son village. Et comme on s’y attend, plus il le rejette et plus il se laisse malgré lui envahir par sa propre part sombre. La descente aux enfers qui s’ensuit commence plutôt mal avec le passage obligé par la case adultère – symbole suprême de l’influence du Malin sur le bon héros – , d’autant que Martens se découvre à l’occasion un instinct « animal » qu’il ne soupçonnait pas, au contact d’une femme sensuelle à l’exact opposé de son épouse.

Le film reposant sur l’échelle de valeurs rigide propre au personnage de Martens et sur la façon dont celle-ci va s’effilocher progressivement pour se briser en mille morceaux, quelques faits ne laissent pas de surprendre. Ainsi, l’inspecteur réprimande très durement son fils lorsque celui-ci se fait surprendre à l’école en train de montrer son sexe à une camarade de classe, aussitôt rejoint par sa femme qui ne peut non plus tolérer comportement aussi pervers. En revanche, quand le même garçon met le feu à la maison de poupée de sa petite sœur en pleine nuit, risquant purement et simplement de la faire périr dans d’atroces souffrances, c’est à peine s’il reçoit une punition ; mieux, les deux parents semblent avoir tout oublié dès le lendemain. Une famille sympathique où il fait bon vivre, en somme…

Ce manque de cohérence et de subtilité constituent les principaux défauts d’Antibodies. Dans sa volonté clairement affichée de brouiller les repères du spectateur, le réalisateur/scénariste Christian Alvart fait de Martens, fervent catholique aux valeurs inébranlables, un personnage excessivement lisse auquel des failles trop prévisibles ne suffisent pas à donner de l’épaisseur, tandis qu’Engel se rapprocherait davantage de la Bête que d’un être humain. Au lieu d’un choc de personnalités, c’est finalement à une confrontation de notions abstraites simplistes que nous invite Antibodies : face au « Mal » qu’incarne avec zèle le personnage d’Engel, le « Bien » personnifié par le brave Martens va-t-il se laisser corrompre ?

Les comédiens n’ont pourtant rien à se reprocher, tout particulièrement Andre Hennicke (La Chute) dont la présence charismatique colle parfaitement au personnage inquiétant de Gabriel Engel. De même, Wotan Wilke Möhring fait de son mieux avec le rôle de Michael Martens, parvenant envers et contre tout à le rendre un peu attachant.

Trop démonstrative, trop convenue, la réalisation souffre des mêmes écueils que ceux que laisse transparaître l’écriture des personnages, malgré un évident savoir-faire technique de la part du réalisateur. Pour exemple, la scène d’ouverture, certes efficace dans son tempo et maîtrisée dans ses cadrages, mais où le moindre recoin de l’appartement d’Engel nous est exposé avec insistance, dans toute son horreur, là il aurait été plus judicieux de ménager des zones d’ombre en faveur de la suite.

En voulant frapper un grand coup, Christian Alvart cède au manichéisme et bride un scénario qui recelait quelques promesses, comme en témoigne la dernière demi-heure palpitante, d’une puissance étonnante eu égard au cheminement poussif du personnage principal durant le reste du film. Le réalisateur y déploie soudain un vrai sens du suspense, permettant à Antibodies de révéler ses cartes maîtresses dans les meilleures conditions. Mieux vaut tard que jamais. Si ces instants glaçants tardent un peu à arriver, ils laissent une indéniable empreinte. Dommage que le film ne soit pas tout entier de cet acabit.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 24 juillet 2006

 

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