Critique : ‘Blanc come Neige’, de Christophe Blanc

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Avec Blanc Comme Neige, Christophe Blanc fait une tentative louable de réaliser un film noir mais échoue globalement sur tous les tableaux, du scénario, manquant singulièrement de point de vue, à la réalisation, désespérément tiède. Aucune atmosphère, aucune fièvre, aucune sensation viscérale ne vient jamais agrémenter les mésaventures de Maxime, personnage antipathique campé par un François Cluzet peu inspiré.

Réalisateur d’Une Femme d’extérieur, Christophe Blanc revient avec Blanc Comme Neige, un thriller dans lequel François Cluzet incarne Maxime, un riche concessionnaire de véhicules haut de gamme qui, suite à l’assassinat de son associé Simon (Bouli Lanners), se retrouve plongé malgré lui dans une affaire d’escroquerie face à des mafieux finlandais.

Dans le principe, Blanc Comme Neige fait preuve des meilleures intentions, à commencer par l’ébauche d’un personnage principal en pleine crise existentielle et entraîné malgré lui dans une spirale de la violence, tandis que vont interférer son passé affectif avec ses deux frères et ses problèmes de couple. Alors que nous étions en droit d’attendre un vrai film à suspense saupoudré de quelques élans dramatiques, le résultat sur pellicule manque singulièrement d’âme et de substance.

blanccommeneige_02Si les prétentions de Blanc Comme Neige étaient de flirter avec le film noir, autant dire que la réalisation de Christophe Blanc manque sérieusement d’envergure.. Pour commencer, le récit en lui-même manque d’un véritable point de vue, comme si Christophe Blanc et son coscénariste Roger Bohbot n’étaient pas parvenus à se décider entre celui de Maxime, de ses frères ou de sa femme. Or, le point de vue est très certainement le facteur primordial dont va dépendre l’implication émotionnelle du spectateur – Guillaume Canet l’avait parfaitement compris dans Ne le dis à personne.

Dans Blanc Comme Neige, les défauts et l’égoïsme de Maxime aurait dû le rendre humain et ne parviennent qu’à le rendre toujours plus agaçant, sans jamais que l’émotion ne gagne un tant soit peu de terrain. Ajoutons à cela que les séquences s’enchaînent de manière parfois poussive en raison d’un montage décidément trop mou pour provoquer une quelconque montée d’adrénaline.

blanccommeneige_01Car le film noir est aussi une affaire d’atmosphère, une donnée là encore cruellement absente du métrage en dépit des quelques envolées lyriques de la musique. Nous sommes aux antipodes d’un A Bittersweet Life (Kim Jee-Woon), pour ne citer qu’une tentative récente (et réussie) de faire revivre le genre à travers le cinéma moderne. Quelques rares pics de tension surnagent tout de même, tels que le final se déroulant en Finlande, dont on apprécie la soudaine sécheresse et la violence contenue, notamment dans la séquence d’humiliation de Grégoire (Olivier Gourmet).

Habituellement doué pour susciter une empathie inconditionnelle chez le spectateur, François Cluzet interprète Maxime avec une étonnante fadeur et paraît presque effacé dès lors qu’il partage l’écran avec Olivier Gourmet, le maillon fort du casting, ou même Jonathan Zaccaï, sous-employé mais crédible en marginal indécis.

Mais le véritable boulet du film s’avère être Louise Bourgoin dans le rôle de la potiche à hauts talons. Non, Louise Bourgoin n’interprète pas la fille de François Cluzet mais sa femme (26 ans d’écart, cinéma français oblige…) et se voit affublée, en plus de costumes épouvantables, d’un rôle dont l’écriture semble dater des années 70 – dans le sens machiste du terme – avec une mention spéciale pour son face-à-face pitoyable avec le mafieux séquestré dans le chenil. Rendre hommage à un genre ne nécessite pas forcément d’en déterrer les clichés les plus éculés.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 5 février 2010

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