Critique : ‘C.H.U.D.’, de Douglas Cheek

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C.H.U.D. ou Cannibalistic Humanoid Underground Dwellers, fait partie de ces classiques de la série B des années 80, dont on redécouvre aujourd’hui les charmes avec délices en dépit de quelques effets spéciaux kitsch. Si les créatures en question arborent en effet un visage des plus cocasses, il s’agit à peu près là du seul handicap de cette petite perle en comparaison avec les productions actuelles.

A la vision de ce film de monstres réalisé en 1984, on se rappelle soudain à quel il fait point bon suivre un long métrage d’épouvante capable d’installer ses personnages sur la durée dans un contexte diégétique crédible, capable de créer une atmosphère véritablement oppressante sans avoir forcément recours à ces insupportables effets sonores de sursauts qui polluent le genre depuis plus d’une dizaine d’années. Et tant pis si le réalisateur Douglas Cheek comme le créateur de l’histoire, Shepard Abbott, maugréent encore aujourd’hui d’avoir dû se voir imposer par le producteur Andrew Bonime une scène de douche inutile et racoleuse (pour l’époque) au beau milieu de ce cauchemar éveillé, le résultat continue de séduire plus de vingt ans après.

A New York, depuis deux semaines, des gens disparaissent mystérieusement sans laisser de traces. Personnellement concerné par l’affaire, le capitaine Bosch met tout en œuvre pour retrouver les coupables, qui semblent se terrer dans les égouts. Son chemin croise celui d’un photographe, George Cooper, que son reportage sur les SDF amène à faire d’inquiétantes découvertes…

Tant que l’épidémie de disparitions affecte exclusivement les SDF du quartier, le capitaine Bosch (Christopher Curry) n’est pas plus motivé que ça à retrouver les coupables. Il en va bien sûr tout autrement à partir du moment où sa propre femme ne donne plus signe de vie, revirement que son informateur, le révérend A.J. Shepherd (Daniel Stern), ne manque pas de notifier ironiquement. C.H.U.D. oppose ainsi un « monde d’en-bas », peuplé de sans-abris vivant dans la crasse et l’obscurité aux côtés de monstres cannibales déterminés à en finir avec l’espèce humaine, et un monde d’en haut, celui que nous connaissons : que se passerait-il si le premier venait à envahir le second ? Le message est clair, même s’il n’est pas assené lourdement puisque le film ne renie jamais sa qualité de pur divertissement, si glaçant soit-il par instants – car oui, certaines idées font froid dans le dos.

Le personnage du photographe George Cooper (John Heard), a priori extérieur à l’affaire, sera amené malgré lui à se joindre au révérend Shepherd, pour une plongée épique dans ces égouts à l’intérieur desquels une certaine frange de la population a choisi de déverser tous ses détritus, humains comme matières toxiques. Quant à la compagne de Copper, Lauren Daniels (Kim Griest), elle n’est pas la dernière à vivre d’éprouvantes mésaventures, savamment orchestrées en dépit de quelques passages obligés (la fameuse scène de douche, entre autres, dont la conclusion ne manque pas d’humour).

S’étalant sur plus d’une bonne demi-heure, l’exposition des personnages dans C.H.U.D. est à la fois rythmée et percutante et permet, le moment venu, de déployer avec bonheur les grands axes du film, à travers les rencontres inopinées des uns et des autres. Certes, on ne parlera pas ici de finesse psychologique, et tel n’est pas le but. Les quatre personnages principaux ne sont pas pour autant fonctionnels, et l’on saluera le soin apporté à leur traitement, toujours cohérent. Leur réactions face au danger que représentent les créatures mutantes ne souffrent d’aucune facilité, et le scénario ne s’autorise aucun raccourci douteux (dénouement inclus).

La fluidité de la narration, le soin apporté à l’ambiance visuelle et sonore – grâce à une bonne utilisation de la musique comme du silence – contribuent largement au suspense réussi de ce film d’épouvante sans fioritures. Un plaisir à redécouvrir sans plus tarder.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 15 avril 2007

 

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