Critique : ‘Chambre 1408’, de Mikael Håfström

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Bonne nouvelle, il existe encore un vrai cinéma d’épouvante à l’américaine, capable de procurer des sensations sans miser sur une surenchère racoleuse de gore ni singer les recettes des films d’horreur japonais. Chambre 1408 n’est ni un film de fantômes aux cheveux longs, ni un remake de slasher des années 70-80 revu à la hausse en matière de tortures écœurantes en tout genre. Plus modeste, Mikael Håfström revient vers la bonne vieille littérature d’épouvante et pas n’importe laquelle, puisque le film s’appuie sur une nouvelle de Stephen King himself, certes restée inachevée mais porteuse d’un concept aussi simple qu’efficace. Le résultat est enthousiasmant au-delà des espérances.

Auteur de romans et d’anthologies d’épouvante, Mike Enslin parcourt les Etats-Unis à la recherche de lieux hantés dont il espère que leur description fera frissonner ses lecteurs, à défaut de lui faire peur. Déçu d’être blasé par chaque nouveau séjour en lieu dit « surnaturel », il est néanmoins intrigué par une carte postale que lui envoie l’un de ses fans, et qui l’exhorte à ne pas pénétrer dans la chambre 1408. Il décide alors de partir à la recherche de cette mystérieuse chambre de l’hôtel Dolphin, avec l’espoir de ressentir enfin le grand frisson. Mais le gérant ne l’entend pas de cette oreille, prétendant que cette chambre maudite a vu trop de gens mourir depuis sa création. Mike parviendra-t-il à ressortir indemne de l’expérience ?

Chambre 1408 s’adresse aux consommateurs de sensations fortes, aux passionnés insatisfaits qui recherchent à tout prix l’expérience ultime, celle qui surpassera toute les précédentes et que personne d’autre à part eux n’aura surmonté auparavant. C’est cette soif d’inconnu, de danger, de « toujours plus » qui motive l’écrivain Mike Enslin (John Cusack), héros du film, lorsqu’il supplie le gérant de l’hôtel Dolphin, Olin (Samuel L. Jakcson), de lui louer la chambre maudite, théâtre présumé de suicides et de massacres depuis près d’un siècle. Plus Olin s’acharne à essayer de dissuader son client – excellent face à face entre les deux acteurs – , et plus celui-ci crève d’envie de braver l’interdit, comme exalté par le récit de ces drames atroces dont il continue pourtant de nier la cause surnaturelle.

De manière intelligente, Chambre 1408 se place entièrement du point de vue d’Enslin qui, parvenu enfin dans la fameuse chambre, guette sans trop y croire que les esprits frappeurs se manifestent, tout en livrant le détail de ses impressions à son fidèle dictaphone. Or à travers le point de vue de ce personnage incrédule et curieux comme un enfant, qui force immédiatement l’identification, Mike Håfström nous propose rien moins qu’une surprenante mise en abyme des procédés utilisés dans le cinéma d’épouvante lui-même. Aux yeux du personnage principal du film, qui se pose d’emblée en spectateur, la chambre est en soi un décor de film d’horreur. La question est de savoir de quelle façon ce décor va s’y prendre pour lui faire peur. A peine a-t-on eu le temps de se prendre au jeu que tout aussi habilement, le réalisateur glisse du regard distancié vers le premier degré, peu à peu puis brutalement, ménageant une formidable accélération de rythme qui nous entraîne aux côtés personnage dans une spirale infernale incontrôlable.

L’un des points forts de Chambre 1408 tient précisément à cette excellente gestion du rythme, et en particulier des effets d’emballement, superbement maîtrisés, qui nous précipitent de plein fouet dans le cauchemar de Mike Enslin, pour laisser place l’instant d’après à un léger soulagement qui n’est autre que le calme avant la nouvelle tempête. Car tandis que toute la première partie du film est conçue pour nous préparer au formidable tour de roller coaster qui va suivre, le mieux est encore de constater à quel point cette courte attente en valait la peine.

La virée téméraire de Mike Enslin à l’intérieur de la chambre maudite tient la route jusqu’à la dernière seconde, enchaînant les péripéties imaginatives à plein régime, sans jamais donner l’impression d’une quelconque lourdeur. Toujours rivé sur son sujet, le réalisateur exploite le moindre recoin de ce décor somme toute banal – comme le souligne d’ailleurs Enslin en prenant possession de la chambre d’hôtel – tout le reliant à l’évolution psychologique de son personnage principal, à laquelle il accorde une place essentielle.

On peut en dire autant de la discrète touche d’émotion qui émerge peu à peu des scènes touchant au passé d’Enslin : là où d’autres auraient forcé le trait à grand renfort de musique lacrymale, Mike Håfström croit à la force du silence pour laisser s’exprimer simplement la douleur. A ce titre, Chambre 1408 ne serait évidemment pas ce qu’il est sans John Cusack, qui livre une fois de plus une magnifique performance dans ce qui s’apparente rapidement à un one-man show ébouriffant en huis clos – Samuel L. Jackson n’intervenant principalement qu’au début du film, et Mary McCormack de temps à autre seulement. Une preuve supplémentaire du talent et de l’éclectisme de ce comédien qui ne recule décidément devant aucun type de projet.

Avec Chambre 1408, Mikael Håfström réussit à redonner du punch et un brin de folie à un genre qui tourne en rond depuis plusieurs années aux Etats-Unis. Ce n’est pas le moindre des mérites de ce film épatant et sans prétention, qui vous embarquera sans que vous l’ayez vu venir dans une autre dimension. Une expérience à ne pas laisser passer.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 30 novembre 2007

 

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