Critique : ‘Chloe’, d’Atom Egoyan

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Atypique dans la filmographie d’Atom Egoyan puisqu’il s’agit d’un remake du film Nathalie d’Anne Fontaine, Chloe utilise le canevas classique du thriller érotique pour revisiter les thèmes chers au réalisateurs, tels que la notion de vérité subjective ou encore l’altération de la réalité par le fantasme. Le mystère se mêle à la sensualité dans ce film marqué par la sensibilité propre au regard du cinéaste et porté par un trio d’acteurs possédant la finesse de jeu adéquate pour traduire la vie intérieure des personnages. Chloe ne s’impose pas comme un film majeur de la carrière d’Egoyan mais demeure une escapade hollywoodienne tout à fait plaisante.

Après Adoration, œuvre touchante dans la lignée d’Exotica qui explorait les traumatismes et la conscience de ses personnages à travers des bribes de mémoire réelle, fantasmée ou rêvée, Atom Egoyan s’oriente le temps d’un film, Chloe, vers une forme de cinéma plus classique, plus commerciale, et donc très atypique dans sa filmographie. D’abord parce qu’il s’agit d’un remake, celui du film français Nathalie d’Anne Fontaine, chose inhabituelle pour un cinéaste qui écrit la plupart de ses films. Ensuite parce que l’histoire y est contée selon une approche chronologique et linéaire, à la manière d’un thriller hollywoodien, un parti pris inhabituel pour l’auteur.

Pourtant, Chloe laisse bel et bien apparaître l’empreinte d’Egoyan. La sensibilité du cinéaste transpire dans sa direction d’acteurs, ses mouvements de caméra, dans l’atmosphère à la fois sensuelle et mystérieuse imprégnant les interactions entre les différents protagonistes du triangle amoureux qui occupe le cœur du film.

Ce dernier se compose d’un couple a priori sans histoire de la bourgeoisie de Toronto, mais dont l’épouse, Catherine (Julianne Moore), soupçonne son mari (Liam Neeson) d’infidélité. Pour en avoir le cœur net, elle engage une prostituée, Chloe (Amanda Seyfreid), pour le séduire et lui faire le rapport détaillé de tous leurs rendez-vous illicites.

Si le cheminement du scénario oriente peu à peu le film vers la forme classique d’un thriller érotique, notamment dans son dénouement un tantinet convenu, Atom Egoyan parvient à déceler dans ce canevas des terrains inexplorés en creusant les ambigüités, en saisissant les regards et les non-dits trahissant les incertitudes de Catherine. A chacun des récits provocateurs de Chloe, dont les paroles chargées de sensualité enflamment littéralement la libido de son interlocutrice, il n’est guère difficile de comprendre ce qui a attiré Atom Egoyan vers cette histoire. On y retrouve certains de ses thèmes phares, tels que le choc entre les réalités perceptives des différents protagonistes, la notion de vérité subjective, l’altération de la réalité par le fantasme.

La rencontre artistique entre le cinéaste et son actrice principale, Julianne Moore, fait des étincelles, au point que l’on se demande pourquoi elle n’a pas eu lieu plus tôt. La comédienne possède la finesse et l’émotivité adéquates pour traduire toute la complexité de la vie intérieure de Catherine et de la crise qu’elle traverse avec son époux. Amanda Seyfried se révèle quant à elle troublante dans le rôle de la prostituée à la fois manipulatrice et très (trop) pure dans ses sentiments, dans sa quête d’absolu.

Si Chloe reste une escapade hollywoodienne dans la carrière d’Atom Egoyan, dont elle ne saurait constituer une œuvre majeure, le cinéaste continue d’affirmer son identité artistique et l’œuvre demeure largement au-dessus du lot des productions de ce genre.

Enfin, le film vaut le détour rien que parce qu’il nous a permis de connaître le groupe de rock canadien Raised By Swans à travers le titre We were never young, sublime.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 12 février 2010

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