Critique : ‘Coup d’Éclat’, de José Alcala

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Aborder la question des sans-papiers à travers le genre codifié du polar était une ambition louable, mais encore faut-il avoir quelque chose à dire. Or très vite, il s’avère non seulement que José Alcala ne maîtrise pas les bases les plus élémentaires du genre auquel il s’attaque, mais également qu’il n’a aucune réflexion à apporter sur le thème sensible qu’il prétend traiter. Véritable somnifère distillé sur bobine, Coup d’éclat accumule les invraisemblances scénaristiques et passe complètement à côté du questionnement social que l’on attendait, la faute à des personnages sans âme et à une réalisation paresseuse caractérisée par une absence totale de point de vue. Un gros coup de barre dans le cinéma de genre français.

Comme en témoignait récemment la saga Millenium, le polar a toujours été un genre propice à la critique sociale puisqu’il permet d’explorer le côté obscur de la société à travers la quête d’un ou plusieurs criminels. Avec ses intentions d’aborder la question sensible des sans-papiers à travers l’affaire du suicide suspect d’une prostituée clandestine, Coup d’éclat aurait pu être de ces films choc qui questionnent la France d’aujourd’hui en dynamitant quelques tabous. Si l’on ajoute à cela la présence au générique de Catherine Frot dans le rôle d’une femme flic revêche en quête de rédemption, Coup d’éclat avait de nombreux atouts pour convaincre. Encore eut-il fallu que le film bénéficie de la présence d’un réalisateur inspiré qui maîtrise les codes du genre et apporte un traitement pertinent de la question.

La première chose à faire aurait été de retravailler de fond en comble le scénario qui accumule les invraisemblances dès les premières minutes. Rien que la manière dont Fabienne Bourrier (Catherine Frot), capitaine de police spécialisée dans les affaires liées aux sans-papiers, perd la trace de la future victime laisse rêveur : accompagner seule, dans un coin isolé et en pleine nuit, une personne dans l’illégalité et aller jusqu’à lui enlever les menottes, il fallait y penser ! Dans les minutes qui suivent, la même policière relève sur le lieu du crime/suicide une pièce à conviction qu’elle barbouille de ses propres empreintes avant de le mettre consciencieusement dans un sac plastique… On reste pantois d’admiration devant un tel professionnalisme. Au cours de l’enquête, notre héroïne perdra bien entendu plus d’une fois les pédales, dépression sévère oblige. Il faut dire que Bourrier recherche l’enfant de la victime, ce qui éveille en elle de douloureux souvenirs – pour justifier du choix d’un personnage féminin principal dans un polar, il fallait forcément une histoire d’enfant. Quoique classer Coup d’éclat dans cette catégorie relève de la plaisanterie. Les indices et retournements de situation censés émailler l’intrigue (selon le manuel du polar pour les débutants) répondront aux abonnés absents.

On aurait pu pardonner l’amateurisme du développement de l’affaire policière si seulement les personnages avaient suscité une quelconque empathie. Anti-héroïne alcoolique, tourmentée et vouée à faire face à ses démons refoulés, un profil typique du genre qui fonctionne en général assez bien, Bourrier ne réussit qu’à lasser malgré le charisme naturel de son interprète. La faute à une réalisation paresseuse et impersonnelle : la caméra se contente de filmer passivement les actions du principal protagoniste sans jamais mettre l’emphase sur ses conflits intérieurs. Réaliser un film avec très peu de gros plans (et sans aucun style visuel) peut être un parti pris mais encore faut-il maîtriser la notion de point de vue, chose dont Coup d’éclat est entièrement dépourvu. Exception faite de Karim Seghair qui apporte un soupçon salvateur de chaleur humaine, les gueules d’enterrement des comédiens ne réussissent qu’à enfoncer toujours plus profond le spectateur dans l’apathie.

Si José Alcala n’entretient clairement aucune passion pour le polar, le film aurait pu lancer quelques vérités justes. A ceci près que dans un tel film, la pertinence de la critique sociale est inextricablement liée à la qualité de l’intrigue scénaristique… Il y aurait donc là comme un léger souci. A polar raté, propos inexistant : Coup d’éclat se complait dans un discours simpliste sur le problème des sans-papiers, enchaînant les répliques amères et culpabilisatrices sans aucune véritable exploration de son sujet. Ce qui est logique puisque les personnages sont sans âme. La fiction n’a-t-elle pas pour fonction de sensibiliser sur son sujet à travers le vécu et l’affect d’un ou plusieurs protagonistes ? Les sans-papiers sont maltraités par les policiers et c’est pas bien, se contente de nous asséner le film à répétition. Pour cela, nul besoin d’aller au cinéma, il suffira de lire les rapports annuels d’Amnesty International (qui vont beaucoup plus loin que ce qui est montré dans le film!). Dans un genre différent, on se souvient de Les Mains en l’Air, sorti l’année dernière, et qui faisait mouche sur le même thème à travers une touchante histoire d’amitié entre des enfants. Au contraire du film engagé de Romain Goupil, Coup d’éclat manque de saveur, de vie et surtout d’intelligence. Nous n’avons d’ailleurs pas saisi quel était le coup d’éclat dont il était question dans le titre mais une chose est sûre, il ne s’agit pas du film.

Elodie Leroy

Article publié le 29 mars 2011 sur Filmsactu.com

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