Critique : ‘De l’Eau pour les Éléphants’, de Francis Lawrence

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Le réalisateur Francis Lawrence prend un virage surprenant avec cette fresque romantique dans laquelle un jeune homme fraîchement embauché dans un cirque va tomber amoureux de l’épouse inaccessible du patron. Si De l’Eau pour les Éléphants repose sur des thématiques classiques et ne révolutionne pas le genre, le récit s’avère bien construit et l’interprétation suffisamment solide pour donner vie au triangle amoureux qui occupe le devant de la scène, et pour faire voyager le spectateur aux côtés de cette troupe d’artistes opprimés par un psychopathe en puissance (Christoph Waltz, excellent). Le classicisme n’est pas toujours d’un défaut et De l’Eau pour les Éléphants se déguste comme une de ces friandises qui, à condition de ne pas en abuser, procurent toujours une part de rêve.

Bonne nouvelle pour les amateurs de fresques romantiques, De l’Eau pour les Éléphants respecte à la lettre les codes du genre. Un héros benêt, une femme fatale prisonnière d’un mari tyrannique, un amour impossible… Tous les ingrédients sont là pour faire de ce nouveau film de Francis Lawrence une aventure romanesque, d’autant que le casting en fera rêver plus d’un(e). Au passage, le réalisateur de Constantine et de Je suis une Légende prend avec De l’Eau pour les Éléphants un virage surprenant. Les craintes étaient légitimes sur ses affinités avec le genre, mais il s’avère rapidement qu’il a parfaitement compris les attentes de son (nouveau) public.

Si De l’eau pour les Éléphants révèle assez vite ses grosses ficelles, il n’est pas interdit d’apprécier une recette ancestrale. Voire de la savourer dès lors que les ingrédients sont bien dosés, sans excès ni sucre ajouté. Pourtant, l’ouverture du film ne laisse pas présager du meilleur cru : le procédé du vieil homme contant son histoire, voix-off à l’appui, alourdit quelque peu la narration – l’épilogue sera d’ailleurs la seule faute de goût du film.

Mais dès lors que le récit nous emmène dans le passé du héros, Jacob (Robert Pattinson), la sauce prend sans difficulté grâce à un scénario classique mais bien construit, dont l’argument ne repose pas uniquement sur les enjeux romantiques mais aussi sur l’univers nomade dans lequel évoluent les personnages. Un monde que Lawrence n’aborde pas à travers le prisme de la fantaisie baroque ni de l’onirisme, mais qu’il choisit de filmer avec réalisme, avec toute la misère sociale que cela implique, puisque l’histoire plante son décor en 1931, soit pendant la Grande Dépression. La dimension métaphorique du train, dont les employés devenus inutiles sont balancés en chemin, n’échappera à personne.

Dans ce contexte, Robert Pattinson incarne le personnage archétypal du jeune homme éduqué devenu paria parmi les siens suite à la mort (et la ruine) de ses parents, et qui va débarquer tel un étranger pour devenir malgré lui l’élément perturbateur qui va changer la donne. Comme on s’en doute, il tombera amoureux de Marlena (Reese Witherspoon), l’épouse inaccessible d’Auguste (Christoph Waltz), le patron violent et instable.

Doté d’une direction artistique ambitieuse, De l’Eau pour les Éléphants doit bien évidemment aussi beaucoup de son charme à son casting : il n’y a pas à dire, Robert Pattinson et Reese Witherspoon forment un joli couple à l’écran. Échappé de Twilight et vu récemment dans le sympathique Remember Me, Robert Pattinson prouve à ce titre que son répertoire ne se limite pas à jouer les beaux gosses de service et fait un Jacob très attachant, armé de son sourire enfantin. On reprochera juste à la mise en scène de Francis Lawrence de manquer de sensualité dans les échanges du héros avec sa partenaire.

C’est surtout lorsque le triangle amoureux se retrouve au complet que le cinéaste parvient à faire monter la tension, Christoph Waltz excellant dans le registre du psychopathe en puissance, à la fois terrifiant, pathétique et imprévisible. On n’est pas la dernière trouvaille de Tarantino pour rien. Pourtant, l’émotion surviendra finalement grâce aux interventions de Rosie, l’éléphante qui va devenir malgré elle l’enjeu d’une lutte de pouvoir, au sein du cirque comme dans le cœur de Marlena. Amoureux des animaux, ce film est aussi pour vous.

Alors oui, avec ses thématiques familières et ses accents mélodramatiques (qui ont cependant le bon goût de ne pas être trop prononcés), le nouveau Francis Lawrence est de ces films romanesques dont on connaît les ressorts par cœur. Mais le classicisme n’est pas toujours d’un défaut. De l’Eau pour les Éléphants se déguste comme une de ces friandises qui, à condition de ne pas en consommer trop souvent, apportent toujours une part de rêve.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 7 avril 2011

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