Critique : ‘Des Hommes et des Dieux’, de Xavier Beauvois

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Plantant son décor dans les montagnes du Maghreb pendant les violences terroristes des années 90, Des Hommes et des Dieux s’inspire librement de la vie des moines cisterciens mystérieusement disparus en 1996. Filmant avec simplicité le quotidien monastique, Xavier Beauvois saisit les doutes de ces hommes brutalement confrontés au chaos politique et mis face à leur choix de vie. Si l’austérité formelle pourra en rebuter plus d’un, la tension dramatique gagne peu à peu en puissance pour ne plus nous lâcher grâce à une mise en scène pleine de grâce. Que l’on décèle ou non des dieux dans ce récit remarquablement écrit, on ne pourra rester insensible aux hommes qui l’habitent, interprétés par un casting inspiré.

Présenté au Festival de Cannes 2010, Des Hommes et des Dieux a créé la surprise en remportant le Grand Prix décerné par un Jury présidé par Tim Burton. Le film nous emmène dans les montagnes du Maghreb dans les années 90, au moment des violences perpétrées par des groupes de terroristes islamistes, et se penche plus particulièrement sur la disparition mystérieuse des moines cisterciens de Tibhirine en Algérie, en 1996. Plutôt que de retracer de manière factuelle les événements politiques, le réalisateur Xavier Beauvois (N’oublie pas que tu vas mourir, Le Petit Lieutenant) choisit d’adopter une approche subjective des événements, à travers le point de vue des moines qui mènent une existence paisible aux côtés des villageois musulmans, avant de se retrouver brutalement confrontés au chaos politique. Tandis que la tension devient de plus en plus palpable, le doute envahit peu à peu les moines mis soudainement face à leur choix de vie et au sens même de leur existence. Certes le film ne prend aucun risque sur le plan idéologique, mais les intentions de Xavier Beauvois sont tout autres.

Des Hommes et des Dieux nous invite à être les témoins du quotidien des moines cisterciens, un mode de vie reposant sur le silence, la contemplation mais aussi l’hospitalité envers les plus démunis. Entre scènes de prière, moments d’intimité dans les cellules, échanges avec les villageois et balades en solitaire au cœur de la nature, Xavier Beauvois filme l’austérité de la vie monastique avec une économie d’effets et une simplicité de tous les instants. Sublimées par le travail sur la photographie, les contrées splendides environnantes frappent par leur ampleur et leur luminosité, offrant un contraste saisissant avec le dépouillement et la modestie du monastère et conférant au film une portée spirituelle.

Face à ce rapport de l’homme à la nature, la terreur qui gangrène le pays apparaît d’autant plus brutale, d’autant plus absurde. Une terreur que Beauvois choisit tour à tour de suggérer, à travers des faits rapportés et des regards lourds de sens, ou de montrer par le biais des intrusions des terroristes ou de la pression opérée par les militaires. Des Hommes et des Dieux est un film engagé contre la violence la plus universelle, quand les conflits politiques viennent troubler et mettre fin à des années d’harmonie.

Tout comme les moines cisterciens, le film n’aspire à aucun prosélytisme. Que l’on décèle ou non des dieux dans ce récit remarquablement écrit, on ne pourra s’empêcher d’être ému par les hommes dont les portraits s’ébauchent discrètement, par petites touches. Et si l’on ne pourra nier au film une certaine austérité, la puissance dramatique atteint son point culminant lors d’un repas accompagné par Le Lac des Cygnes de Tchaïkovski, une scène plus que jamais habitée par la force, la vulnérabilité, l’humanité des personnages.

Lambert Wilson délivre une composition tout en profondeur et il est loin d’être le seul au sein d’un casting inspiré qui participe pleinement à conférer à ce drame puissant et humaniste une grâce inespérée.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 21 mai 2010

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