Critique : ‘Easy Money’, de Daniel Espinosa

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Inspiré de la trilogie Stockholm Noire de Jens Lapidus, Easy Money plante son décor dans les bas-fonds de la capitale suédoise pour entraîner trois hommes d’origines sociale et ethnique très différentes dans le tourbillon destructeur du crime organisé. Si la réalisation n’est pas exempte de quelques influences, Daniel Espinosa maîtrise remarquablement son récit et affirme un regard personnel sur le milieu qu’il dépeint, la force du film résidant dans la subjectivité de ses points de vue, qui permet aux personnages de gagner peu à peu en humanité face à une violence viscérale mise en scène sans complaisance.

Si l’affiche française d’Easy Money, alias Snabba Cash, évoque sans nul doute celle d’un grand classique du cinéma – un certain Scarface –, il s’agit peut-être purement d’un choix marketing local puisque le film de Daniel Espinosa s’inspire en réalité d’une œuvre littéraire, plus exactement le premier tome de la trilogie Stockholm Noire de Jens Lapidus (récemment de passage au Salon du Livre). Débutant à la manière d’un film choral, l’histoire plante son décor dans les bas fonds de la capitale suédoise aux côtés de trois hommes : un étudiant trop ambitieux et téméraire qui tente sa chance dans le milieu du trafic de drogues, un dealer en cavale qui veut faire un dernier coup avant de mettre les voiles, et un tueur à gages yougoslave chargé de pister le précédent.

A travers les destins tragiques de ces trois hommes d’origines sociale et ethnique très différentes, Easy Money dresse un tableau impitoyable et sans concession du monde du crime organisé, aux antipodes des grandes sagas criminelles glorifiant les valeurs du milieu. Entre appât du gain et trahisons, les codes d’honneur ne sont guère à l’ordre du jour, et comme l’étudiant JW le découvrira à ses dépens, il est beaucoup plus facile d’entrer dans ce tourbillon destructeur que d’en sortir. Si le film dégage une certaine froideur dans sa première demi-heure, les personnages gagnent en épaisseur tout au long de l’histoire sans jamais ressortir magnifiés.

La force du film réside dans la subjectivité de ses points de vue, surtout quand la violence explose avec une sécheresse qui n’a d’égale que son réalisme sordide – la scène où JW assiste au passage à tabac d’un homme qui a trahi le gang est à ce titre d’une grande puissance dramatique. A travers ce milieu hors-la-loi, ce sont les comportements humains en situation de survie que Daniel Espinosa scrute sans aucune complaisance. La direction d’acteurs s’avère à ce titre impeccable : révélation du film, Joel Kinnaman est poignant dans le rôle de l’étudiant qui joue avec le feu jusqu’à atteindre le point de non retour.

Baignée dans une ambiance sonore envoûtante, Easy Money se démarque également par un montage stylisé qui confère à la narration une constante fluidité. La réalisation de Daniel Espinosa n’est pas exempte de quelques influences – certains plans évoquent Pusher de Nicolas Winding Refn, sans toutefois atteindre le même niveau -, mais le cinéaste maîtrise son récit et affirme un regard personnel sur cette descente aux enfers tragique qui finit par prendre aux tripes non sans faire naître une émotion inattendue.

Il n’en fallait pas plus aux Américains pour planifier un remake prochainement… avec Zac Efron (!). Quant à savoir si la version hollywoodienne saura retrouver l’âme de l’original, c’est un autre problème…

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 25 mars 2011

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