Critique : ‘Fast and Furious 4’, de Justin Lin

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Les fans en ont rêvé, Justin Lin l’a fait : Vin Diesel et Paul Walker font de nouveau équipe pour le meilleur comme pour le pire sur Fast and Furious 4, huit ans après le premier opus qui les avait propulsés sur le devant de la scène. Malheureusement, ni le scénario ni l’interprétation ne brillent par leur qualité dans cette suite du premier opus qui arrive bien trop tard. Certes, on attend avant toute chose de Fast and Furious 4 des scènes d’action nombreuses et explosives à bord de véhicules de rêve. Mais là encore, la déception est de mise. Trop rares, trop courtes, pas assez innovantes, ces courses de bolides ne resteront pas dans les annales du genre. La nostalgie n’a pas toujours du bon.

Huit ans après Fast and Furious de Rob Cohen, la team de choc Paul Walker/Vin Diesel est de retour, devant la caméra de Justin Lin, réalisateur de l’opus le plus récent et le plus frais de la franchise, Fast and Furious: Tokyo Drift. Un retour aux fondamentaux, en quelque sorte, dont on attend du spectacle particulièrement musclé et vrombissant à la hauteur de ces retrouvailles calibrées pour être explosives.

fast_and_furious_4_01Le premier constat qui s’impose est évidemment celui de l’inversion des rôles des deux stars. Vin Diesel/Dominic Toretto reste le hors la loi du tandem, mais l’acteur, qui n’avait que Pitch Black à son actif en tant que film d’action grand public au moment de la sortie de Fast and Furious, a acquis entre temps une renommée qui dépasse largement celle de son partenaire. Il occupe par conséquent le premier plan, Paul Walker se retrouvant un peu malgré lui à jouer les faire-valoir. Ceci mis à part, Fast and Furious 4 se positionne effectivement dans la continuité du premier film en mettant l’accent sur l’intrigue policière sur fond de courses illégales mâtinées de trafics douteux. Ce cocktail qui avait fait mouche il y a près d’une décennie est-il toujours aussi efficace aujourd’hui ? Pas sûr.

L’effet de surprise Vin Diesel n’étant plus de mise avec ce nouvel opus, Justin Lin écope de la lourde tâche d’insuffler un semblant d’originalité à l’entreprise. Or passé le plaisir de retrouver le casting original du premier film – dont Michelle Rodriguez et Jordanna Brewster –, Fast and Furious 4 n’a pas grand-chose à proposer qui n’ait été déjà fait, souvent en mieux. L’argument du polar, très mince, repose sur le meurtre de Letty (Michelle Rodriguez), qui plonge Toretto dans des abîmes de souffrance rentrée appelant à la vengeance féroce. Pendant ce temps, comme par hasard, Brian O’Conner (Paul Walker) se retrouve contraint d’infiltrer précisément le gang abritant l’assassin. Un gang dont le chef affectionne plus que tout les courses de voitures illégales organisées en grande pompe dans les avenues de Los Angeles.

fast_and_furious_4_02Le manque de conviction des deux acteurs principaux, qui se contentent tous deux du minimum syndical en roulant des mécaniques, aurait même tendance à laisser penser qu’ils ont tout simplement passé l’âge de ce genre de comédie. Si l’on ajoute à cela des dialogues d’une rare finesse, dont Vin Diesel se fait le champion toutes catégories (« Pussy! » lance-t-il, dédaigneux, à ses adversaires malheureux), des gros bras pas futés dont on voudrait nous faire avaler qu’ils sont des as du volant (Laz Alonso, pas vraiment à son avantage) et les traditionnels plans de coupe sur des paires de fesses moulées dans des mini-shorts, on est loin du film de l’année. Mais soyons francs : ce que l’on attend d’un Fast and Furious, c’est de l’action, de la vitesse, du frisson !

Justin Lin, qui pouvait compter avec Fast and Furious: Tokyo Drift sur l’exotisme du décor tokyoïte et surtout sur la carte en or de la nouveauté représentée par ce sport automobile incroyablement cinégénique qu’est le drift, n’est pas aussi bien servi avec ce quatrième film faussement nostalgique. Les courses de voitures ne sont pas une rareté dans le cinéma américain, loin s’en faut, et les blockbusters sont légions qui repoussent les limites du genre. Si la scène d’ouverture du film mettant en scène Vin Diesel, Michelle Rodriguez et Sung Kang à la poursuite d’un camion de plusieurs tonnes au milieu d’un paysage vertigineux, s’impose sans conteste comme le morceau de bravoure du film avec son sens du timing et ses cascades impressionnantes, la suite, sympathique au demeurant, ne déploie pas suffisamment d’inventivité pour enthousiasmer totalement.

fast_and_furious_4_03La course sur route ouverte dans les rues de L.A. manque de lisibilité et de surprise et ne fait pas le poids face à celle du récent Wanted, pourtant plus invraisemblable encore. L’idée la plus originale et la mieux exploitée consiste en la traversée à toute berzingue d’un tunnel à la frontière des Etats-Unis et du Mexique.

Le constat est malgré tout sans appel : en termes d’action, Justin Lin était nettement plus inspiré sur le précédent opus que sur celui-ci. Bien que les courses-poursuites restent plaisantes à regarder, aucune d’entre elle n’est vraiment jouissive, aucun plan en particulier ne frappe l’imagination durant Fast and Furious 4. Pire, ces scènes se font beaucoup trop rares, perdues au milieu d’une intrigue policière sans grand intérêt. Quant aux voitures, elles ne sont pas mises en valeur comme elles le méritent (la très belle Nissan Skyline R34 bleue pilotée par Paul Walker, notamment), voire castées en dépit du bon sens esthétique (l’horrible Subaru Impreza STI du climax, quand les modèles antérieurs à 2008 auraient autrement mieux fait l’affaire).

Reste un film qui se laisse voir sans ennui, et qui est même susceptible de provoquer quelques sourires – à ses dépends – à maintes reprises. C’est trop peu.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 7 avril 2009

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