Critique : ‘Fast and Furious 6’, de Justin Lin

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Réunissant Paul Walker et Vin Diesel, Fast and Furious 6 marque avant tout la consécration du réalisateur Justin Lin, qui continue avec une virtuosité renversante de dépoussiérer une franchise et un genre ultra balisés. Avec ses scènes d’action démentes et ses personnages attachants, le film compte tout simplement parmi les meilleurs blockbusters américains de ces dernières années.

Qui eût cru en effet il y a quelques années que Justin Lin, jeune réalisateur américaino-taïwanais issu du cinéma d’auteur fauché, ferait de Fast and Furious l’une des plus excitantes franchises du cinéma d’action pur et dur ? Ce cinéma de la démesure dont les Américains sont justement les seuls à posséder le secret ? A la sortie de Fast and Furious: Tokyo Drift, je me souviens avoir immédiatement cru en son talent, en son aisance à rendre ses personnages familiers et en sa façon de filmer les courses de voitures qui se révélait à la fois old school – peu d’effet digitaux au profit d’un festival jouissif de tôle froissée – et novatrice – des plans complexes et audacieux, des trajectoires élégantes et toujours lisibles.

Malgré l’absence des vedettes Vin Diesel et Paul Walker, qui firent du premier Fast and Furious un carton sous la direction de Rob Cohen en 2001, Fast and Furious: Tokyo Drift déménageait en termes d’adrénaline et ses moments de bravoure s’imposaient facilement comme des modèles du genre, d’autant que le décor japonais était impeccablement utilisé.

Fast and Furious 4, qui marquait le retour des stars, m’avait nettement moins convaincue en 2009. Cependant, force était de reconnaître que la faute en revenait surtout à un scénario assez plat et à des concepts de scènes d’action peu emballants.

Mais Fast and Furious 5 était venu balayer tous les doutes il y a deux ans, s’imposant comme l’opus le plus spectaculaire et le plus jubilatoire de la franchise et l’un des meilleurs films d’action de ces dernières années – rien que ça. Fast and Furious 6, qui en est la continuité directe, offre une belle démonstration du talent de celui qui doit faire trembler d’inquiétude et de rage le pape de la course-poursuite démente, Michael Bay en personne !

Fast Five et Furious Six ont été élaborés de manière évidente comme un dyptique et s’il y a un premier mérite à reconnaître à Justin Lin et à ses scénaristes, c’est la très grande cohérence de l’univers déployé à partir du quatrième opus.

On peut certes être tenté de considérer Fast and Furious comme une franchise hollywoodienne parmi d’autres, exploitant son concept jusqu’à la corde, mais on peut aussi l’envisager comme une véritable série, dans l’esprit de grandes séries télévisées s’entend, à ceci près qu’elle serait nantie d’un énorme budget. Elle est l’exact contraire de la franchise Transformers par exemple qui, passée le formidable premier film, se réduit à un empilement de produits filmiques justifiant leur débauche visuelle à l’aide de scénario prétextes peuplés de personnages fantoches.

Ce qui explique l’engouement toujours croissant pour Fast and Furious, c’est bien sûr la promesse de scènes de courses poursuites toujours plus extraordinaires, mais aussi l’atmosphère chaleureuse, presque familiale, qui se dégage de cette fine équipe devant la caméra de Justin Lin. Tout comme le volet précédent, Fast and Furious 6 parvient à atteindre le fragile équilibre entre personnages bien caractérisés et scènes d’action ébouriffantes. Un dosage subtil qui fait justement d’ordinaire cruellement défaut aux blockbusters hollywoodiens.

Le scénario de Fast and Furious 6 ne repose pas sur des enjeux complexes mais il met pleinement en valeur les exceptionnels moments de bravoure de ce film d’action complètement fou. Cette fois, l’agent Luke Hobbs (Dwayne Johnson) fait appel à Dominic Torretto (Vin Diesel) pour l’aider à coincer un groupe de dangereux mercenaires motorisés menés par un certain Shaw (Luke Evans). Non seulement Dom est peu motivé par l’aventure, mais depuis le casse de Rio, toute son équipe est dispersée aux quatre coins du monde : Brian O’Conner (Paul Walker) s’est retiré avec Mia Torretto (Jordanna Brewster) et leur jeune fils Jack, Han (Sung Kang) et Gisele (Gal Gadot) discutent mariage à Hong Kong, tandis que Roman (Tyrese Gibson) et Tej (Chris Bridges) dépensent leur fortune.

Pour les convaincre, Hobbs leur promet qu’ils seront blanchis de leurs crimes passés à leur arrivée sur le territoire américain. Il achève de convaincre Dom en lui révélant que son ex-petite amie Letty (Michelle Rodriguez), déclarée morte quelques années plus tôt, a été vue en compagnie de Shaw.

On l’aura compris, il faudra s’habituer au fait que certains personnages que l’on croyait disparus puissent ressurgir inopinément dans la saga, comme un cadeau surprise fait aux fans, non sans malice. La résurrection de Letty est plutôt bienvenue, d’autant que Michelle Rodriguez récolte quelques-unes des meilleures scènes du film : un combat à mains nues très brutal dans le métro londonien contre la flic incarnée par Gina Carano tout d’abord, et une course de vitesse nocturne contre Vin Diesel dans les rues de la capitale britannique.

Cette dernière scène, qui se solde par un échange dialogué entre les deux anciens amants, se drape d’ailleurs d’un romantisme inattendu, un moment suspendu particulièrement réussi au milieu de toute cette fureur mécanique. Elle participe aussi à montrer à quel point les voitures représentent toute la vie des protagonistes, les réunissant et les séparant au gré du destin, au point que le héros parvienne à reconnaître sans la voir la femme qu’il a aimée à sa seule manière de conduire.

Quelques mois après la sortie de Fast and Furious: Tokyo Drift, Justin Lin m’avait confié à l’occasion d’une interview l’importance qu’il avait accordée au fait de respecter la culture des passionnés d’automobile au moment de l’élaboration du film. C’est sans doute là l’un des secrets de sa réussite éclatante sur cette franchise : il parvient à nous introduire avec le plus grand naturel dans l’univers particulier de ses personnages, un monde régi par d’autres règles et qui pourtant nous semble rapidement accessible.

Fast and Furious 6 ne se disperse pas et chaque scène a sa place dans le film. Mieux, les scènes d’action font avancer l’intrigue, à la manière des films d’arts martiaux. Elles ne sont pas seulement superbement réalisées, mais aussi parfaitement scénarisées.

Le meilleur exemple en est certainement cette longue séquence de course-poursuite sur l’autoroute entre Dom et ses amis et le char conduit par Shaw, dans lequel ce dernier a pris soin de faire entrer Letty. Entre les voitures, les personnages qui sautent d’un véhicule à l’autre, le char qui écrase tout sur son passage et les piétons affolés qui surgissent ici et là, on ne sait plus où donner de la tête tant l’ensemble est étourdissant, et pourtant le réalisateur ne nous perd jamais en route.

Au final, Fast and Furious 6 ne se contente pas comme bien des films américains de « remplir son contrat » mais s’impose fièrement comme un vrai film avec des personnages attachants au service d’une progression dramatique crédible qui vient soutenir une impressionnante collection de scènes d’action haletantes et magnifiquement exécutées – sans compter que le tout est saupoudré d’une bonne dose d’humour. Dans le genre, il sera difficile de relever le défi avant un bon moment. Jusqu’à un fort probable Fast and Furious 7 ?…

Caroline Leroy

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