Critique : ‘Green Zone’ de Paul Greengrass

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Troisième collaboration entre Paul Greengrass et Matt Damon, Green Zone s’attarde sur la crise politique qui fait rage en Irak depuis la guerre à travers le point de vue du chef d’une unité chargée de dénicher les armes de destruction massive. Si le film a le mérite de développer un propos pertinent, Paul Greengrass en oublie d’humaniser ses personnages, simples pions mis au service des idées, et de laisser respirer le spectateur, submergé par un rythme effréné et un emploi outrancier des effets caméra à l’épaule. Au bout du compte, Green Zone se réduit à une démonstration sans âme dans laquelle Matt Damon se contente du minimum syndical.

Après La Mort dans la Peau en 2004 et La Vengeance dans la Peau en 2007, le réalisateur Paul Greengrass et l’acteur Matt Damon sont réunis pour la troisième fois à l’affiche de Green Zone, dont le scénario est adapté du livre Dans la zone verte : les Américains à Bagdad de Rajiv Chandrasekaran. Le film s’intéresse à la mission de l’adjudant-chef Roy Miller (Matt Damon), dont l’unité est chargée de retrouver les fameuses armes de destruction massive dont l’existence a servi de justification à l’administration Bush pour déclencher les hostilités.

Plus qu’à la guerre en elle-même – bien que le film comporte quelques séquences d’action –, l’histoire s’intéresse surtout à la reconstruction du pays, sous la houlette d’un gouvernement entièrement composé de personnalités proches de l’ex-président des Etats-Unis. Avec Green Zone, Paul Greengrass ne cache pas ses intentions de développer un propos engagé afin d’en tirer un message clair destiné au peuple américain. Le problème, c’est que si la démonstration sur la machination qui se joue en coulisse tient plutôt bien la route, le film, lui, se réduit malheureusement à cela – une simple démonstration.

greenzone_01Si l’on s’en tient purement à son propos, Green Zone a au moins le mérite d’exister et de développer des idées valables sans jamais faire de digression inutile ni larguer le spectateur dans son raisonnement, quitte à enfoncer quelques portes ouvertes. Le cheminement des idées s’avère donc plutôt clair et le discours accessible au plus grand nombre. Mais à force de se concentrer sur son objectif global, Paul Greengrass en oublie que le moyen le plus redoutable pour atteindre son but est avant tout de s’appuyer sur l’humain, à savoir de créer des personnages dignes de ce nom. Or dans Green Zone, le récit conserve une perpétuelle distance avec ses protagonistes et ne permet par conséquent aucune espèce d’identification.

En d’autres termes, le film se regarde froidement, et si l’on appréciera l’absence totale de pathos, on était tout de même en droit d’attendre une expérience plus viscérale. D’autant que Greengrass fait par ailleurs tout pour prendre aux tripes le spectateur, secouant la caméra et tournant autour des acteurs au moindre de leurs mouvements, découpant l’action à outrance pour entretenir en permanence un rythme effréné. Ce qui fonctionnait dans Vol 93 ne marche pas dans Green Zone, où l’énergie tourne véritablement à vide. Trop d’intensité tue l’intensité.

greenzone_02Le montage se refuse tellement à perdre la moindre seconde que les personnages ne prennent même pas le temps de manger, de boire ou de dormir (encore moins de fumer car Green Zone est un film non-fumeur…), ce qui les rend encore plus inhumains. Omniprésent dans le film, Roy Miller demeure un simple véhicule pour que Greengrass nous amène à sa morale de fin, vulgairement balancée au détour d’un dialogue par un autre protagoniste – oui, le film manque à ce point de subtilité.

Peu inspiré, Matt Damon se contente d’un jeu proche du minimum syndical, avec un personnage qui ressemble tellement à une version sage de Jason Bourne que l’on en vient à se demander s’il est vraiment judicieux pour l’acteur et le réalisateur de poursuivre une collaboration tournant manifestement en rond. Quant aux seconds rôles, ils n’ont pas suffisamment de temps à l’écran pour prendre corps, qu’il s’agisse de la journaliste (Amy Ryan), dont les enjeux auraient dû être développés davantage, du méchant de service joué par Jason Isaacs ou même de l’informateur campé par le très bon Khalid Abdullah (Les Cerfs-volants de Kaboul).

Sur la guerre d’Irak, on préfèrera de loin revoir Démineurs de Kathryn Bigelow, autrement plus intense, autrement plus percutant. Enfin, si le but de Paul Greengrass était de faire un film d’action en contexte de guerre, il suffit de faire un détour par le cinéma chinois actuel pour découvrir une scène autrement plus étourdissante, en l’occurrence au début du récent City of Life and Death de Lu Chuan.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 25 février 2010

 

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