Critique : ‘Greenberg’, de Noah Baumbach

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Comédie douce-amère agrémentée de dialogues aux petits oignons, Greenberg est avant tout un film de personnages, les enjeux tournant exclusivement autour des états d’âme des deux paumés occupant le cœur de l’histoire. On passe de l’hilarité à la douche froide, de la cruauté à la tendresse, grâce à une écriture inspirée et des acteurs habités, entre Ben Stiller, attachant en misanthrope dépressif, et Greta Gerwig, révélation du film en adorable godiche. On aime.

Réalisateur de Les Berkman se séparent et Margot va au mariage, coscénariste de La Vie Aquatique et Fantastic Mr Fox, Noah Baumbach signe son sixième long métrage avec Greenberg, une comédie douce-amère qu’il coécrit avec Jennifer Jason-Leigh, coproductrice du film et épouse du réalisateur à la ville. Ben Stiller y incarne un quadragénaire misanthrope et dépressif venu passer quelques temps chez son frère parti à l’étranger, dont il garde ainsi la maison et le chien. Après plusieurs échecs personnels, Roger revendique ainsi son droit à ne rien faire, rumine son passé et défoule son énergie négative en écrivant des lettres de réclamation pour un oui ou pour un non. Il retrouve son meilleur ami d’antan, Ivan (Rhys Ifans), et fait la connaissance de l’assistante personnelle de son frère, Florence (Greta Gerwig), une jeune femme de 25 ans qui s’avère très vite irrésistiblement attirée par lui. Une relation singulière va se nouer entre Roger et Florence.

Tourné en sept semaines seulement, Greenberg est de ces comédies qui semblent évoluer au gré du quotidien tout en bénéficiant d’une excellente gestion du rythme et de dialogues aux petits oignons. Le ton évolue en fonction des états d’âme des personnages, passant de l’hilarité à la douche froide, parfois dans une même séquence, avec une liberté jamais surfaite. On obtient un film inclassable, étranger au mélodrame comme à la comédie romantique, cherchant la vérité des êtres à travers leurs réactions, leurs paroles ou leur langage corporel, sans jamais que leurs échanges ne paraissent trop écrits. Que Florence soit préoccupée par sa relation avec Roger, que celui-ci pique une colère parce qu’on lui fête son anniversaire ou que tous deux s’inquiètent pour la santé du chien, tout sonne absolument vrai dans Greenberg.

En pleine crise existentielle, Roger apparaît comme un homme parfaitement odieux et égoïste avant de se révéler dans toute sa fragilité, la force du film étant de parvenir à traduire son point de vue tout en autorisant le spectateur à s’en détacher grâce au regard des autres protagonistes, sans toutefois inciter à le juger.

Ben Stiller excelle dans un registre de comédie radicalement différent de ses prestations habituelles et dévoile toute la richesse de son jeu, jetant ses répliques de manière totalement imprévisible, composant un portrait à la fois déconcertant et extrêmement crédible. Pour lui donner la réplique, Greta Gerwig s’impose comme la révélation du film en adorable gourde qui gagne toujours plus en profondeur, tandis que Rhys Ifans fait comme toujours montre d’une grande authenticité.

Parfois tendre, parfois cruel, jamais moralisateur (même dans les situations les plus « touchy »), Greenberg est un film de personnages qui explore une gamme d’émotions étendue et s’enveloppe au final d’un certain optimisme. Autour de ces deux paumés, Noah Baumbach en profite pour filmer abondamment la ville de Los Angeles, non pas pour en étaler le glamour mais pour en capturer le rythme, la vie, la vérité, à travers des lieux rarement montrés au cinéma. Un film attachant et moins léger qu’il n’y paraît.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 20 avril 2010

 

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