Critique : ‘Hudson Hawk’, de Michael Lehman

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Conspué par la critique américaine lors de sa sortie en 1991, au point de reléguer la carrière de réalisateur de Michael Lehman au petit écran dans les quinze années qui suivirent, Hudson Hawk a fini par regagner ses lettres de noblesse au fil du temps, générant un culte discret mais solide alimenté par les fans de la première heure auxquels continuent de se greffer de nouveaux adeptes. Car force est de constater que le film n’a pas pris une ride, et pour cause : son ton décalé, son humour absurde, souvent grotesque, en font une œuvre post-moderne bien avant l’heure.

Le recyclage des codes préétablis dans une optique tout à la fois nostalgique et parodique est devenu depuis un genre à part entière, dont Quentin Tarantino est devenu le chantre dès 1994 avec Pulp Fiction, même si John McTiernan annonçait déjà la couleur un an plus tôt avec Last Action Hero. Mais il faut croire que personne n’était préparé à Hudson Hawk, à ce cocktail délirant d’action, d’aventures et de comédie, et c’est bien dommage.

A peine sorti d’un séjour de dix longues années en prison, le cambrioleur de choc Hudson Hawk se voit assigner une nouvelle mission particulièrement périlleuse pour délivrer son meilleur ami retenu par une bande d’individus peu recommandables : il doit en effet dérober trois trésors réalisés autrefois par Leonard de Vinci et disséminés dans les sites les plus prestigieux de Rome…

Star du petit et du grand écran grâce aux succès phénoménaux de Clair de Lune (1989), série dans laquelle il partage la vedette avec Cybill Shepherd, et des Die Hard 1 (1988) et 2 (1990), Bruce Willis nourrit depuis de longues années le projet Hudson Hawk avec son ami compositeur Robert Kraft. Le film lui offre entre autres l’occasion de renouer avec la comédie, genre qui a fait sa notoriété à la télévision. Et côté comédie, le film n’y va pas de main morte, raillant ouvertement ses personnages comme les motifs les plus incontournables du cinéma d’action. Ainsi, lorsque les compères Hudson Hawk (Bruce Willis) et Tommy Five-Tone (Danny Aiello) cambriolent un musée, ils le font en débarquant sur des skate-boards au nez et à la barbe des gardiens, avant d’entamer une chanson guillerette supposée régler leur timing. Dans le même esprit, Bruce Willis s’acquitte de l’inévitable poursuite en voiture à bord d’un brancard dérivant en plein sur le pont de Brooklyn.

Tandis que se succèdent les mésaventures rocambolesques ponctuées de gags liés au cappuccino que le pauvre héros ne parvient jamais à boire (mention à la machine à café explosive), le film revendique clairement sa parenté avec le dessin-animé, bruitages y compris, dans une veine évidemment plus proche de Tex Avery que de Disney.

Les méchants revêtent les apparences de mafieux lobotomisés (les Mario Brothers), d’agents de la CIA affublés de noms de code se référant à de célèbres barres chocolatées (Snickers, Nuts Amande, Bounty et l’inénarrable Kit Kat) ou encore, clous du spectacle, de milliardaires complètement allumés, les Mayflowers interprétés avec fougue par les excellents et hilarants Sandra Bernhard et Richard E. Grant. La galerie est savoureuse à souhait. Sur son chemin, Hudson Hawk croise bien sûr la femme de sa vie, Anna (Andie MacDowell), à ceci près que celle-ci n’est autre qu’une agent du Vatican, nonne par-dessus le marché !

On l’aura compris, rien n’est à prendre au sérieux dans Hudson Hawk, ce qui n’empêche pas le film d’être d’excellente facture, tant techniquement qu’artistiquement. Le choix du cadre somptueux de Rome pour mettre en valeur les péripéties non-sensiques de nos trublions s’avère particulièrement judicieux. Très à l’aise dans le rôle de ce gentleman cambrioleur original, Bruce Willis joue les cartes du charme et de l’auto-dérision, renvoyant la balle à son complice Danny Aiello avec une bonne humeur contagieuse.

Pour peu que l’on goûte à son humour extrême, Hudson Hawk fait partie de ces films qui se laissent voir et revoir avec un plaisir toujours renouvelé.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 20 septembre 2006

 

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