Critique : ‘Jugez-moi coupable’, de Sydney Lumet

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En s’inspirant de l’histoire vraie de Giacomo « Jackie Dee » DiNorscio, vedette du plus long procès d’assises de l’histoire de la justice américaine – deux ans ! – , le réalisateur Sydney Lumet revient avec Jugez-moi coupable au genre qui fit sa notoriété par le passé : le film de procès. Mais la surprise vient du côté du casting, avec le choix de Vin Diesel pour incarner le charismatique Jackie, l’homme qui fit trembler toutes les parties du célèbre procès, du juge au procureur en passant par les innombrables co-accusés et leurs avocats. Si Jugez-moi coupable n’est pas exempt de longueurs voire de lourdeurs, une chose est certaine : le héros de Fast and Furious risque d’en surprendre plus d’un(e).

Après une longue enquête menée à l’échelon fédéral, le gouvernement américain est en passe de coffrer pour de bon les membres les plus influents de la famille Lucchese, connue pour ses activités mafieuses dans l’Etat de New York. Pour ce faire, le procureur propose à Jackie DiNorschio, membre de cette famille, de réduire la peine de trente ans qu’il purge actuellement en échange de son témoignage contre les Lucchese. Mais Jackie décline l’offre et décide à la surprise générale d’assurer lui-même sa propre défense au cours du procès…

jugez-moi_coupable_06Jugez-moi coupable n’est pas seulement inspiré de faits réels puisque le scénariste T.J. Mancini, qui avait suivi le procès à la télévision à l’époque de son déroulement, est allé jusqu’à reprendre en fidèlement certaines des plaidoiries en écrivant les dialogues. Cette volonté de coller au plus près de la réalité, celle des retransmissions télévisées combinée aux confidences du vrai Jackie, interrogé depuis la prison, se retrouve aussi dans la réalisation sans fard de Sydney Lumet, un habitué des films de procès (Douze hommes en colère, Le Verdict). Celui-ci opte pour le naturalisme de la vidéo haute définition, ainsi que pour un montage très linéaire. D’où l’impression parfois d’assister en direct à la diffusion sur grand écran d’un véritable procès, parti-pris qui fait à la fois la force et la faiblesse du film.

L’absence d’effets de style, de mise en exergue d’une scène par rapport à une autre, contribue à conférer une solide crédibilité aux rebondissements qui secouent le procès et à mettre davantage en valeur les dialogues, essentiels, dont certaines répliques valent d’ailleurs leur pesant d’or. Mais elle peut aussi donner l’impression, en tout cas durant la première heure, que le film consiste en une plate et interminable succession de scènes dont aucune n’est porteuse d’une véritable ambition cinématographique. C’est compter sans l’implication d’un trublion de taille dans les rouages apparemment balisés de ce film qui ne paie pas de mine : Jackie DiNorschio ou plutôt son interprète épatant, Vin Diesel.

jugez-moi_coupable_05Lorsque Jackie DiNorschio prend la parole au tribunal pour annoncer qu’il va être son propre avocat, aucune des parties en présence ne le prend au sérieux ni ne donne cher de sa peau, quand certains ne lui renvoient pas tout bonnement leur plus profond mépris. L’acteur Vin Diesel se retrouve finalement confronté à un défi relativement similaire : lui qui œuvre d’ordinaire dans un registre aussi musclé que peu bavard, va devoir convaincre le spectateur qu’il est capable de porter tout un film sur ses épaules dans un rôle posé reposant essentiellement sur de longs dialogues et monologues.

Et comme son personnage, il gagne du terrain à chaque nouvelle scène, emportant peu à peu l’adhésion jusqu’à impressionner durablement en dépit de la présence d’adversaires/partenaires de taille tels Linus Roache, excellent en procureur glacial, ou encore Ron Silver, à la fois autoritaire et très humain dans le rôle du juge. Empâté, coiffé avec un goût douteux, Vin Diesel est méconnaissable lorsqu’on le découvre à l’écran pour la première fois mais sa justesse, son aisance, son humour et sa pudeur (voir la très émouvante scène où le juge le convoque dans son bureau) donnent au film tout son rythme et toute sa couleur.

Dans la peau de ce personnage peu reluisant, honni de tous, même de ceux qu’il cherche à protéger, il a trouvé son meilleur rôle à ce jour et prouvé qu’il était un véritable acteur. Rien que pour lui, Jugez-moi coupable mérite d’être vu.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 6 septembre 2006

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