Notre avis sans détour sur L: Change The World, tentative d’exploiter le filon Death Note qui vire à la catastrophe artistique…

Compte tenu de l’énorme succès au Japon du diptyque Death Note / Death Note : The Last Name réalisé en 2006 par Shusuke Kaneko, on n’avait guère de doute quant aux objectifs purement mercantiles d’un spin-off sur L. Mais avouons-le, que nous importait : après tout, il n’existe aucune loi établissant qu’un projet commercial ne peut donner lieu à un bon film. Et même si L: Change the World constituait déjà en soi une trahison au manga, les fans de Death Note ayant apprécié les films ne pouvaient s’empêcher de trépigner d’impatience à l’idée de retrouver au cinéma l’univers de Tsugumi Ohba et Takeshi Obata revisité cette fois par Hideo Nakata, de découvrir le regard de ce dernier sur l’un des personnages de manga les plus cultes de ces dernières années. Les affiches étaient belles, la bande annonce prometteuse, les promesses alléchantes. Mais à l’arrivée, L: Change the World fait l’effet d’une belle douche froide.

Le premier quart d’heure comporte bien un ou deux moments encourageants, à commencer par une conversation entre L (Kenichi Matsuyama) et Watari (Shunji Fujimura) au début de l’affaire Kira, la seule scène du film à bénéficier d’une atmosphère et d’un vrai sens du décor. Mais il faut savoir qu’à partir du moment où le personnage titre brûle les Death Note, toutes les thématiques mises en place par les films de Kaneko et faisant référence à l’univers du manga partent elles aussi en fumée, emportant avec elles toutes les promesses du projet L: Change the World. C’est à se demander si la production n’a pas disposé de droits limités sur l’utilisation des concepts de l’œuvre d’origine – et dans ce cas, on se demande d’emblée où était l’intérêt de la chose.

Plus de Death Note ni de dieu de la mort pour semer la pagaille, donc. A la place, nous avons droit à une une simple intrigue policière supposée se dérouler sur vingt-trois jours. Admettons. A défaut d’être cérébral et de reprendre l’ambiance des films précédents, L: Change the World aurait pu s’imposer comme un divertissement sympathique et proposer une nouvelle direction. D’autant que Hideo Nakata tente visiblement de s’adresser à un public plus âgé en confrontant son héros à des ennemis adultes. Le problème, c’est que le scénario se fourvoie dans une histoire fumeuse d’arme bactériologique digne des pires épisodes de Burning Zone, une intrigue improbable qui ne pourra en aucun cas être prise au sérieux. Et ce n’est pas la touche écologique – ou plutôt anti-écologique – qui arrangera les choses.

Un argument scientifique foireux, une bande de méchants ridicules tout droit sortis d’un film de Chuck Norris et déclamant quelques dialogues débiles, sans oublier un petit zeste de mauvais goût façon Ebola Syndrome, et le tour est joué ! Résumons le pourquoi du comment du comportement des criminels : parce qu’il y a trop d’humains sur Terre qui polluent l’environnement, des scientifiques décident de lancer un virus afin d’en éliminer une partie, histoire de faire de la place. Oui, mais pas sans préparer un antidote, juste au cas où…

A partir de ce postulat de fin du monde rappelant de très loin celui de X (Clamp), la classe et la portée philosophique en moins, L: Change the World enchaîne des séquences d’une incroyable platitude et échoue dans toutes ses tentatives de créer un suspense, de susciter la moindre émotion ou même de faire de l’humour. Le rythme incroyablement mou du récit associé à la banalité des décors (y avait-il seulement un directeur artistique?) finissent par provoquer une irrépressible apathie chez le spectateur, sauf si celui-ci décide de partir à la chasse aux facilités de scénario, de guetter les moments où les acteurs surjouent et autres effets de comique involontaire. Vu dans cette optique, L: Change the World peut s’avérer presque amusant. En effet, sans doute pour être dans le vent, Hideo Nakata ponctue son métrage de quelques séquences gore bien dégoûtantes, sauf que ce n’est pas la terreur qui survient mais plutôt l’hilarité. A ce titre, la mort sanglante et interminable du scientifique sous les yeux de sa fille, qui passe comme par hasard à proximité pour être aux premières loges, atteint des sommets de grand-guignol, Nakata n’hésitant pas à en rajouter une couche même lorsqu’on croit que tout est fini.

Mais peut-être que les fans de Death Note auront un tout peu moins envie de rire lorsqu’ils découvriront le traitement simpliste de leur personnage culte. Pour rappel (attention spoiler sur The Last Name), Shusuke Kaneko léguait à Hideo Nakata un personnage de détective surdoué n’ayant plus que vingt-trois jours à vivre mais ne demandant qu’à se retrouver confronté à une nouvelle énigme. En outre, il fallait compter avec la présence de l’acteur Kenichi Matsuyama qui pouvait presque se targuer d’avoir créé un personnage unique, en reproduisant les attitudes de celui du manga tout en lui conférant une empreinte personnelle. Il y avait là un vrai travail d’interprétation et de composition. Autant de bons éléments dont Nakata n’a pas su tirer parti. Alors bien sûr, dans L: Change the World, on retrouve la gestuelle qui a fait le succès du bonhomme : L prend son téléphone avec deux doigts par au-dessus, L tape sur son clavier de manière bizarre, L mange des gâteaux et des bonbons, etc. Sauf que le L qui s’intégrait si bien à l’univers très manga des films Death Note devient ici une bête de foire, décalé qu’il est avec la tonalité désespérément sérieuse de ce film insipide et sans saveur. L’acteur n’est pas en cause, on blâmera davantage Hideo Nakata de ne pas avoir su le filmer et saisir la singularité de L, auquel il semble ne s’être tout simplement pas intéressé. Il ne reste que l’emballage, et plus de substance. Exit l’ambiguïté voire le cynisme qui rend le détective si insaisissable.

De plus, pour un film qui s’intitulait à l’origine Les 23 derniers jours de L, on ne peut pas dire que l’on s’attarde trop souvent sur la sensation du temps qui passe (tout juste des « plus que tant de jours » s’inscrivant à l’écran de temps à autres), ni même qu’une quelconque tension paraisse s’emparer du personnage, dont le traitement émotionnel révèle ses intentions grossières à chaque séquence qu’il partage avec les enfants. Même s’il n’a manifestement pas dû lire l’œuvre d’origine – ce n’est pas possible autrement ! -, Hideo Nakata aurait au moins pu remplir l’essentiel de son cahier des charges. Mais le pompon, outre le clin d’œil presque insultant à Near, c’est peut-être bien la morale de fin, une négation de ceux qui ont un jour initié une action dans l’espoir de changer le monde. Une conclusion pitoyable à la mesure de la nullité du film.

En résumé, prendre des libertés avec une œuvre est une chose, détourner un personnage culte dans l’unique but d’exploiter un filon en est une autre. Ratage dans les grandes largeurs, L: Change the World aurait pu être réalisé par n’importe qui d’autre que Hideo Nakata qu’on n’aurait vu aucune différence. On ne sait pas trop s’il faut rire ou se révolter devant la débilité du scénario et le ridicule des personnages secondaires, ou encore devant le mauvais goût des scènes inutilement gore qui ponctuent ce film par ailleurs extrêmement mou. Mais le pire, pour ceux qui apprécient à la fois l’univers Death Note et le cinéma de Nakata, c’est certainement de s’apercevoir que le cinéaste ne s’est pas une seule seconde intéressé à son sujet.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 4 juillet 2007

> Lire aussi | Erased : voyage dans le temps à la japonaise sur Netflix