Critique : ‘La Comtesse’, de Julie Delpy

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Moins connue que le comte Dracula dont elle est considérée comme le digne équivalent féminin, la comtesse Erzebet Bathory est l’héroïne de La Comtesse de Julie Delpy, qui se réserve en outre la primeur de l’interpréter elle-même. S’il est un bémol à apporter au film, c’est peut-être de ne pas aller plus loin encore dans la démesure du personnage. Reste qu’il s’agit d’un rôle en or auquel l’actrice et réalisatrice fait honneur à travers un long métrage soigné au casting solide, aux thématiques passionnantes et intelligemment développées, et dont l’atmosphère oppressante se situe presque constamment à la lisière du fantastique.

Pour son troisième long métrage, la comédienne et réalisatrice Julie Delpy s’offre un rôle de choix, de ceux que peu d’actrices ont la chance de pouvoir incarner un jour à l’écran, qui plus est au premier plan. Dans La Comtesse, qu’elle écrit, dirige et dont elle va jusqu’à composer la musique, elle est la légendaire comtesse Erzebet Bathory, que l’Histoire a immortalisé sous le nom de « Comtesse sanglante ». Cette femme puissante issue de la noblesse hongroise du XVIème siècle avait en effet la réputation de se repaître du sang de ses victimes, des jeunes filles pour la plupart.

Navigant habilement entre récit historique et conte horrifique, le film offre une vision inédite de cette Dracula au féminin, ne serait-ce que par sa volonté affichée de désarmorcer les clichés tenaces qui lui sont généralement associés, à elle comme à toutes les femmes de pouvoir ayant évolué dans des sphères exclusivement masculines au fil des siècles.

Si les intentions de Julie Delpy transparaissent tout au long du film, celui-ci ne se fait pas pour autant didactique. La Comtesse dévoile dès les premières images une esthétique raffinée porteuse d’une atmosphère fantastique, grâce à une direction artistique soignée mais aussi à la superbe photographie de Martin Ruhe dominée par les tons bleus (l’extérieur) et marron (l’intérieur). Le film est indéniablement léché, mais sait aussi se faire sensuel (la romance entre Bathory et le jeune Istvan Thurzo) et inquiétant, allant jusqu’à verser dans le gore lorsque commencent à s’enchaîner les meurtres.

Bathory nous est dépeinte comme une femme tout en contradictions, à la fois désespérément folle et remarquablement intelligente, et c’est sans doute sur ce point que le film manque d’audace, de démesure. L’atmosphère oppressante, l’impression d’immersion dans un univers malsain sont bien là mais Julie Delpy aurait pu aller plus loin encore, d’autant qu’elle bénéficie d’un casting international de choix puisque outre elle-même, on retrouve dans les rôles principaux l’Allemand Daniel Brühl, l’Américain William Hurt et la Roumaine Anamaria Marinca.

Cela étant, elle réussit bel et bien son pari d’humaniser la figure controversée de cette femme hors normes qui, parce qu’elle est trop moderne pour son époque, se retrouve victime d’un système et d’un contexte universels jusque dans sa quête absurde de l’éternelle jeunesse, thème actuel s’il en est.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 16 avril 2010

 

 

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