Critique : ‘La Malédiction Finale’, de Graham Baker

0

Depuis le deuxième opus de la trilogie The Omen, il s’est écoulé dix-neuf ans. De pré-adolescent surdoué, Damien Thorn s’est mué en un adulte accompli, que son sens des affaires remarquablement acéré a conduit aux sommets de la réussite. Si la conclusion de la trilogie n’est pas à la hauteur des espérances, la bonne idée de ce troisième volet intitulé La Malédiction Finale (The Omen : The Final Conflict), consiste à faire l’impasse sur la période de gloire de la Bête pour mieux se concentrer sur le début de la fin, la chute de cet être d’exception censé incarner le Mal absolu.

A la tête de la multinationale la plus puissante du monde depuis sept ans, Damien Thorn est parvenu à conquérir le monde entier alors qu’il n’est âgé que de trente-deux ans. Pourtant, il se pourrait bien que son règne soit menacé. La Bible annonce en effet la renaissance prochaine de Jesus-Christ, son plus terrible ennemi…

A mesure que nous sont assénés les hauts faits de Damien Thorn (Sam Neill), émerge la grande ironie de ce chapitre final réalisé par Graham Baker : businessman touche-à-tout, aussi méritant dans le nucléaire que dans le commerce de soja, notre homme n’en oublie pas pour autant d’œuvrer pour les associations caritatives afin de maintenir sa cote de popularité, tout en éliminant un à un ses rivaux potentiels. Au bout du compte, on se demande ce qui différencie le fils de Satan des grands de ce monde… la question cruciale est d’ailleurs posée de vive voix à Damien par la journaliste Kate Reynolds (Lisa Harrrow), fascinée par son aura et seule parmi les mortels à se révéler capable de se lier avec lui : « qu’est-ce que le mal ? ».

malédiction_finale_03Même si La Malédiction Finale nous assure au cours d’un long monologue de son héros que le règne de la Bête vient mettre un terme au règne de bonté du Christ, vieux de deux mille ans, le monde redessiné par la Bête au gré de son ascension fulgurante ressemble trait pour trait au nôtre. A défaut d’être original, ce discours est amené de façon amusante et cynique, ce qui fait tout le sel de cette conclusion qui évite par ailleurs de manière décevante tout recours au spectaculaire, allant jusqu’à proposer une fin étonnamment paisible. Les sept prêtres partis en guerre contre son échouent lamentablement – leurs morts constituent pour certaines des touches d’humour involontaire, en particulier l’attentat sur le plateau de télévision, parfaitement ridicule – et rien ne semble devoir atteindre ce diable plus qu’humain qui galvanise les foules de fanatiques. Des foules dont les membres sont prêts à tuer sans pitié au nom de leur nouveau Dieu : encore une fois, difficile de voir en l’avènement de Damien le basculement vers un monde plus chaotique que le nôtre…

Quant au personnage lui-même, il est loin d’être unidimensionnel, même s’il est moins nuancé que dans le deuxième opus qui s’intéressait à l’aube de son adolescence. Armé de son charisme glacial, Sam Neill fait un parfait Damien. Force est d’ailleurs de constater la pertinence des choix de casting pour le rôle tout au long des trois épisodes : les trois acteurs, très bons individuellement, donnent réellement l’impression d’incarner le même personnage.
Graham Baker n’est pas Richard Donner et La Malédiction Finale n’égale jamais La Malédiction, que ce soit dans sa mise en scène ou dans le traitement de ses thématiques. Malgré un final en demi-teinte, le film clôt néanmoins dignement la prestigieuse saga du Diable, hantée par la remarquable partition de Jerry Goldsmith.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 12 décembre 2012

malédiction_finale_02

Share.