Critique : ‘L’Autre Monde’, de Gilles Marchand

0

Gilles Marchand est de retour derrière la caméra avec L’Autre Monde, un thriller psychologique aux accents fantastiques. Plutôt que de se livrer à une analyse sociologique, le réalisateur de Qui a tué Bambi ? utilise le phénomène des jeux vidéo en ligne pour développer des rapports humains ambigus et malsains entre des personnages à la dérive, tandis que l’ambiance sonore nous happe peu à peu pour ne plus nous lâcher jusqu’à la dernière image. Les séquences virtuelles auraient gagné à bénéficier d’un budget supérieur, mais L’Autre Monde demeure une belle réussite du cinéma de genre français.

lautremonde_03Sept ans après Qui a tué Bambi ?, Gilles Marchand revient derrière la caméra et retrouve son complice Dominik Moll, co-scénariste sur le film, pour un thriller psychologique lorgnant vers le fantastique. Cette fois, le cinéaste s’intéresse à l’univers des jeux vidéos en ligne. Au contraire d’un Chatroom, le récent teen movie de Hideo Nakata, L’Autre Monde n’ambitionne pas de se livrer à une pseudo-analyse sociologique mais utilise le phénomène pour mettre en place un jeu de manipulation entre trois personnages à la dérive.

Dès les premières minutes, le film nous immerge dans une ambiance inquiétante à travers l’étrange filature d’un couple par un autre, dont les motivations s’avèrent des plus floues. Le récit adopte le point de vue de Gaspard (Grégoire Leprince-Ringuet), un jeune homme qui a tout pour être heureux mais dont la vie bascule lorsque lui et sa petite amie sauvent de justesse Audrey (Louise Bourgoin) du suicide. La fascination que Gaspard va nourrir pour cette dernière l’amènera à s’éloigner de sa compagne et l’entraînera dans une véritable descente aux enfers.

lautremonde_02En creusant dans les obsessions de Gaspard et en opposant les images de la femme réelle et de la femme-fantasme, Gilles Marchand nous cause non seulement des interactions entre le réel et le virtuel mais aussi de la difficulté de s’engager, d’accepter le bonheur tel qu’il est, de définir son identité. L’histoire cultive les ambigüités dans les rapports humains, quitte à ce que ces derniers deviennent malsains, cependant que l’ambiance sonore, envoûtante, nous happe peu à peu dans un trip cyberpunk aux accents lynchiens.

Le casting est emmené par Grégoire Leprince-Ringuet, remarquable, et dont le personnage s’avère paradoxalement le plus difficile à cerner de tous. Face à lui, Louise Bourgoin redore son blason après ses pitreries insupportables dans Adèle Blanc-Sec et impose sa présence dans un personnage trouble qui semble tout droit sorti d’un classique de Brian De Palma.

Si les images virtuelles auraient gagné à bénéficier d’un budget supérieur, les graphistes parviennent tout de même à créer un univers auquel la réalisation inspirée de Gilles Marchand insuffle un climat sombre et poétique, en accord avec les tourments intérieurs des protagonistes. Une belle réussite du cinéma de genre français.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 9 juillet 2010

lautremonde_05lautremonde_04120x160 L'Autre Mondelautremonde_affiche02

 

Share.