Critique : ‘Le Chaperon Rouge’, de Catherine Hardwicke

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Un peu d’horreur, un zeste de romance, des acteurs jeunes et beaux (mais pas forcément bons), telle est la recette que Le Chaperon Rouge tente d’appliquer à la lettre sans jamais proposer la relecture sulfureuse du célèbre conte que l’on attendait. Souffrant d’un style visuel qui fait peine à voir, plombé par des dialogues consternants et par une interprétation peu inspirée, ce nouveau film de Catherine Hardwicke fera indubitablement réévaluer Twilight à la hausse au sein de la carrière de la réalisatrice des excellents Thirteen et Les Seigneurs de Dogtown. Et c’est triste.

Depuis le succès phénoménal de Twilight, on a trop souvent tendance à oublier que Catherine Hardwicke avait déjà une carrière de réalisatrice avant d’adapter le roman de Stephenie Meyer. Et qu’elle savait fort bien manier une caméra, qui plus est dans un style réaliste, comme le prouvaient l’émouvant Thirteen mais aussi l’excellent Les Seigneurs de Dogtown. Dans Twilight, Hardwicke avait dû s’adapter, avec plus ou moins de bonheur, aux exigences d’une production destinée à satisfaire une cible bien précise. Mais si le succès commercial était au rendez-vous, sur le plan artistique, le résultat était plus inégal, esthétique certes mais peu inspiré malgré une première partie sympathique et une réalisation correcte (mais largement surpassée par celle de David Slade). Avouons-le, si nous n’avons rien contre Twilight, nous espérions secrètement que le phénomène ne collerait pas trop à la peau de la réalisatrice et qu’elle reviendrait vers son propre univers.

Produit à l’instar du très bon Esther par Appian Way, la société de Leonardo DiCaprio, Le Chaperon Rouge est porteur d’une bien mauvaise nouvelle : Catherine Hardwicke est à présent cataloguée dans le cinéma pseudo gothique pour ados. Et elle n’a visiblement plus rien à apporter au genre.

Comme son nom l’indique, Le Chaperon Rouge propose une relecture libre du célèbre conte en nous plongeant dans un village médiéval dont les habitants vivent dans la peur des agissements d’un loup-garou. Alors que celui-ci avait cessé depuis 20 ans de s’en prendre aux humains, il remet subitement le couvert pour replonger tout ce petit monde dans la terreur. Dans ce contexte tendu, Valérie (Amanda Seyfried), une innocente jeune fille amoureuse de son ami d’enfance Peter (Shiloh Fernandez), apprend qu’elle a été promise à un autre jeune homme, Henry (Max Irons). Lorsque la pagaille se répand autour d’elle au cours d’une fête bien arrosée, elle ressort miraculeusement indemne d’un face-à-face avec la bête et s’aperçoit qu’elle entretient un lien mystérieux avec celle-ci.

A priori, l’histoire jette quelques pistes intéressantes, de par ses intentions à peine masquées de nous conter l’éveil sexuel d’une jeune fille tiraillée entre deux hommes, convoitée par un monstre et confrontée au jugement du monde des adultes. Un concept dont la dimension psychanalytique n’échappera à personne, d’autant que la belle, en plus d’avoir une mère castratrice, deviendra la cible d’un lynchage orchestré par un fanatique religieux (Gary Oldman).

Malheureusement, Le Chaperon Rouge commet une énorme erreur : se contenter de suivre un cahier des charges bien précis – un peu d’horreur, un zeste de romance et des acteurs jeunes et beaux – en laissant de côté ce qui aurait dû être l’ambition première de ses concepteurs, à savoir faire un film. Certes, le petit jeu visant à faire spéculer le spectateur sur l’identité du loup garou est plutôt bien mené, et c’est peut-être là la seule qualité scénaristique du film. Le problème, c’est que les situations dramatiques comme romantiques paraissent complètement factices, voire franchement grotesques lorsque Valérie regarde ses proches d’un air suspicieux (grands moments de comique involontaire avec la grand-mère) ou se met à dialoguer avec le loup…

On aurait ainsi pu pardonner la bêtise du traitement si seulement le film avait été pourvu d’un minimum d’ambiance. Mais avec ses filtres orange dans les scènes nocturnes, Le Chaperon Rouge se traine pendant 1h40 un style visuel qui fait peur à voir (dans le mauvais sens du terme), là où Twilight avait au moins pour mérite de délivrer une esthétique propre et sans bavure. Cette laideur est d’autant plus rageante que le travail sur les décors et les costumes s’avère quant à lui des plus honorables. Pour se faire une juste idée du tableau, il faut ajouter à cela un accompagnement musical ronflant et parfois inapproprié (du Fever Ray dans un contexte médiéval, il fallait y penser!).

Il ne faudra pas non plus espérer des miracles de la part du casting, il faut dire décrédibilisé par des dialogues d’un ridicule consommé. Outre l’absence totale d’érotisme dans les échanges pourtant explicites entre Valérie et ses partenaires – preuve que le film passe à côté de son sujet –, les personnages s’avèrent d’une vacuité telle que l’on se désintéresse vite de leur sort. Face à Amanda Seyfried, qui parvient tout de même à apporter une fraîcheur bienvenue à un rôle cliché, les bons comédiens que sont Gary Oldman et Virginia Madsen se montrent étonnamment peu mémorables, entre le premier qui en fait des caisses pour pas grand-chose et la seconde dont le jeu se résume à prendre des airs de chien battu. Mais on touche le fond avec Shiloh Fernandez, sorte de Robert Pattinson de pacotille (la cote sympathie en moins), qui incarne le beau gosse de service avec dans son répertoire trois ou quatre expressions à tout casser. Étrangement, c’est Max Irons, l’autre beau gosse du lot, qui tire son épingle du jeu en faisant un prétendant mal aimé presque attachant.

On ressort de ce Chaperon Rouge avec un bon mal de tête et surtout un énorme sentiment de déception de voir une réalisatrice prometteuse se fourvoyer dans un genre avec lequel elle n’entretient visiblement aucune affinité. Appian Way aurait peut-être dû miser sur David Slade…

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 18 avril 2011

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