Critique : ‘Le Monde de Narnia – Chapitre 2 : le Prince Caspian’, d’Andrew Adamson

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Après un premier opus particulièrement inégal, Le Monde de Narnia Chapitre 2 : Le Prince Caspian relève le niveau d’une saga qui reste destinée aux enfants mais parvient cette fois à offrir quelques éléments de satisfaction aux adultes grâce à un casting secondaire parfaitement à sa place. On reprochera l’emploi d’un style visuel un peu trop sous influence (merci qui? merci Peter Jackson!) mais grâce à une réalisation efficace, des effets spéciaux réussis et un casting attachant Prince Caspian ravivera l’intérêt des amateurs de grosses productions épiques matinées de fantaisie et réussit à distiller un parfum de magie tout à fait plaisant. Retrouvez notre critique complète ci-dessous, publiée à l’époque de la sortie du film sur les écrans français.

narnia-prince-caspian-01Il aura fallu attendre près de trois ans pour découvrir ce second volet du Monde de Narnia, ambitieuse saga d’heroic fantasy inspirée de l’œuvre de C.S. Lewis. On se souvient que Le Monde de Narnia : le Lion, la Sorcière Blanche et l’Armoire Magique débutait par une première heure tenant presque du chef d’œuvre, la découverte par la petite Lucy d’un monde mystérieux rempli de créatures extraordinaires réservant des moments de grâce rarement égalés dans un blockbuster pour enfants. Malheureusement, l’intérêt s’effritait par la suite – du moins pour le public adulte –, la faute à une intrigue simpliste, des personnages bêtas et des bondieuseries irritantes. Sur le plan formel, Andrew Adamson ne cherchait guère à cacher ses influences du côté de chez Peter Jackson, à ceci près que les enfantillages de Le Lion, la Sorcière Blanche et l’Armoire Magique s’alliait difficilement avec les élans guerriers empruntés au Seigneur des Anneaux.

Sans surprise, Le Monde de Narnia Chapitre 2 : Le Prince Caspian ne bouleverse pas l’esprit et les codes esthétiques mis en place dans le premier opus. La saga s’avère donc toujours résolument destinée aux enfants et les inspirations en provenance des récents films de fantasy (Le Seigneur des Anneaux en tête mais aussi les Harry Potter) sont toujours aussi flagrantes. Toutefois, force est de reconnaître que ce nouveau chapitre, Prince Caspian, réussit là où le précédent avait échoué, à savoir installer une intrigue efficace qui n’exclut pas le public adulte, le tout dans un cadre imprégné de magie.

narnia-prince-caspian-10Bénéficiant d’une direction artistique splendide, d’effets spéciaux remarquables et de maquillages à couper le souffle, Prince Caspian est une production visuellement luxueuse qui s’appuie sur un scénario certes enfantin mais de facture honnête. Pourtant, les choses ne s’annoncent pas très bien dans la première demi-heure. Après une scène d’introduction réjouissante centrée sur le Prince Caspian (Ben Barnes), Adamson manque le coche avec l’entrée en scène des quatre héros, peu enthousiasmante. Au contraire du chapitre 1 qui ancrait solidement les frères et sœurs Pevensie dans l’Angleterre de la Seconde Guerre Mondiale avant de les faire basculer dans un univers parallèle, le début de ce second volet passe beaucoup trop vite sur leur vie dans notre monde.

Ensuite, il faut bien le dire, le public adulte risque d’avoir un peu de mal à se réhabituer à la galerie d’animaux parlants qui peuplent le monde de Narnia, et qui donnent lieu à des enfantillages offrant un contraste saisissant avec les préoccupations guerrières formant le cœur de l’intrigue. Mais passée la surprise de voir des castors et des souris surgir en plein champ de bataille comme si de rien n’était, la sauce prend plutôt bien et sans qu’on l’ait vu venir.

prince caspian ben barnesD’abord parce que du haut de ses 2h23, Prince Caspian finit par trouver son rythme grâce à une narration qui gagne en efficacité à mesure que la quête des héros se dessine. Des héros pourtant toujours aussi sommaires mais attachants. La petite Lucy se détache sensiblement du lot, la jeune et très douée Georgie Henley n’ayant rien perdu de sa fraîcheur et jouant une fois de plus de son regard lumineux. Peter (William Moseley) prend un peu d’épaisseur le temps d’une ou deux scènes mais le parcours personnel de Susan (Anna Popplewell) et Edmund (Skandar Keynes) se noie dans la débauche d’action qui régit leurs interventions.

En fait, la clé de la réussite de ce second opus réside davantage dans sa galerie de personnages secondaires, notamment ses méchants. A milles lieues des mimiques grotesques de la Sorcière Blanche, le roi Miraz fait un tyran charismatique comme on les aime dans ce genre de production, Sergio Castellito accomplissant précisément ce que Tilda Swinton échouait à faire, à savoir apporter une crédibilité à l’histoire. Une Tilda Swinton qui revient cependant brièvement, le temps d’une séquence envoûtante au parfum mythologique impliquant le Prince Caspian. Justement, Ben Barnes fait partie des atouts du film. Il fait un prince attachant, dépassé qu’il est par des opposants plus âgés et expérimentés que lui. Si l’on ajoute à cela la prestation étonnante de Peter Dinklage en Nain Rouge, le charme finit par opérer et même le spectateur le plus réfractaire aux pitreries des souris parlantes trouvera des éléments de satisfaction dans cette épopée fantaisiste.

narnia-prince-caspian-09A ce titre, les quatre héros ont grandi et trois d’entre eux sont à présent adolescents, une réalité qui s’avère assez salutaire pour la saga. Elle autorise Adamson à introduire graduellement une certaine violence qui tranche avec l’opus précédent, où même la bataille finale paraissait enfantine. Il faut croire que les Harry Potter 4 et 5 ont réussi à faire accepter l’idée que les enfants pouvaient être exposés à la violence sur un écran, tant que celle-ci reste bien dosée et que les notions du bien et du mal sont clairement définies.

Bien sûr, n’allons pas trop vite en besogne : Prince Caspian reste une production Disney et ne montre guère qu’une ou deux gouttes de sang inoffensives. En outre, là où un film comme Spiderwick transcendait sa qualité de film pour enfants en mettant en parallèle l’action avec les tourments intérieurs d’un petit garçon en pleine crise familiale, Prince Caspian délivre un contenu à prendre au premier degré et dédramatise systématiquement toute source de peur potentielle par une touche d’humour plus ou moins heureuse. En résulte certes un léger manque de suspense, mais Prince Caspian remplit bien mieux son cahier des charges que La Sorcière Blanche, ce qui fait incontestablement prendre de la valeur à la saga Narnia.

narnia georgie henleyLes scènes d’action n’en sont que plus efficaces. On ressent certes, là encore, les influences pesantes du Seigneur des Anneaux, ne serait-ce que dans la manière de filmer les armées de soldats s’élançant au combat ou encore les aigles survolant des décors médiévaux. Mais à défaut d’être inventives, ces séquences apportent un rythme soutenu à un film qui ne laisse aucune place à l’ennui. Ainsi, lors de l’attaque du château fort par les héros et leur singulière armée, on ne boude pas son plaisir de voir Adamson assumer pleinement le caractère surréaliste de la situation, où des soldats en armure se frittent avec des souris orgueilleuses, des centaures mutiques ou encore des faunes jouant les yamakazis. Et comme il fallait bien que tout cela se termine en bataille finale titanesque façon Retour du Roi, ajoutons que le climax possède un vrai souffle épique – exactement ce qui manquait à Le Lion, la Sorcière Blanche et l’Armoire Magique.

Bien évidemment, C.S. Lewis oblige, on ne coupera pas aux bondieuseries de rigueur venant quelque peu plomber l’issue de l’aventure : la subtilité n’est pas de mise dès lors que le lion fait son apparition. Mais après tout, le premier opus avait donné le ton. Estimons-nous heureux : l’irritant Aslan (doublé par Liam Neeson) met un bon bout de temps à pointer le bout de son museau et n’occupe qu’une place mineure dans l’histoire.

narnia-prince-caspian-07Nous achèverons cette chronique par une dernière considération sur les similitudes esthétiques et narratives entre cette saga Narnia et la trilogie de Peter Jackson. Si ces ressemblances trouvent bien entendu leur source tant dans la difficulté à innover dans le genre depuis la déferlante Seigneur des Anneaux que dans des considérations purement commerciales, elles font aussi écho de manière intéressante aux parentés entre les deux œuvres littéraires.

Comme chacun sait, J.R.R. Tolkien et C.S. Lewis faisaient non seulement partie du même cercle d’écriture de l’université d’Oxford, mais entretenaient une forte amitié, tout en étant rivaux sur le terrain de la littérature. Leurs univers présentaient déjà des points communs, ce qui n’empêchait pas les deux romanciers de connaître de profonds désaccords, notamment sur la manière de transmettre les thématiques chrétiennes : là où J.R.R Tolkien s’attachait à les distiller de manière subtile et à éviter les symboles trop explicites, C.S. Lewis n’hésitait pas à faire de son lion Aslan un Jésus Christ à peine déguisé.

A présent, à l’heure où cette parenté/rivalité se concrétise sur le grand écran, les similitudes visuelles qu’entretiennent les deux sagas s’accompagnent logiquement des mêmes divergences. On regrette seulement que Le Monde de Narnia, même avec ses bondieuseries peu subtiles, n’ait pas bénéficié de la patte d’un cinéaste de la trempe d’un Peter Jackson. Andrew Adamson s’impose de manière évidente comme un bon exécutant, mais on aurait aimé un auteur visionnaire.

Elodie Leroy

Article publié le 5 juin 2008 sur Filmsactu.com

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