Critique : ‘Le Mytho’, de Dennis Dugan

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Adapté de la pièce Fleur de Cactus de Barillet et Grédy, Le Mytho (Just Go With It) aurait pu être une charmante comédie romantique doublée d’une satire sociale insolente, si seulement le réalisateur Dennis Dugan avait su tirer parti de son concept de départ et du milieu de nantis qu’il dépeint, et dont le potentiel comique était pourtant évident. Emballé dans une réalisation sans saveur, Le Mytho s’embourbe dans un enchaînement de clichés et de gags vulgaires, pour finalement sombrer dans les limbes de la guimauve, à grand renforts de décors criards et d’actrices botoxées jusqu’au bout des cils. Lamentable.

Déjà adapté en 1969 par Gene Saks, la pièce de théâtre Fleur de Cactus de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy, gros succès à Broadway dans les années 60, fait l’objet d’une nouvelle version cinématographique à la sauce américaine. Reposant sur un amusant jeu de mensonges qui s’amplifie à mesure que les personnages s’enlisent dans leur rôle respectif, Le Mytho (Just Go With It) s’annonçait comme une charmante comédie romantique doublée d’une satire sociale insolente. En effet, le dentiste de la pièce d’origine fait place à Danny (Adam Sandler), un chirurgien plasticien voué à réparer les ratages de ses confrères, ce qui donne lieu à quelques moments d’hilarité dans les premières scènes, qu’il s’agisse des consultations des patients ou des soirées branchées ressemblant quelques monstres botoxés jusqu’à la paralysie. Mais les réjouissances sont de courte durée.

C’est paradoxalement lorsque l’embrouillamini de mensonges prend forme avec la virée à Hawaï, que l’intérêt retombe comme un soufflet. L’idée de remodeler l’histoire d’origine pour en faire une fable moderne susceptible de parler au public actuel nourri à la presse people était louable. Mais le réalisateur Dennis Dugan se compromet très vite dans une succession de gags bas-de-plafond et d’images vulgaires (les ralentis sur les actrices en maillot de bain s’enchaînent et se ressemblent), au détriment du potentiel comique du milieu de nantis qu’il dépeint – et sur lequel il ne manifeste finalement aucun recul.

Il n’y a qu’à voir pour s’en convaincre la manière déplorable dont les minorités ethniques (au regard des Américains) sont représentées : les nounous latino sont toujours ridicules, de même que les Hawaïens qui passent tout simplement pour des sous-êtres, en comparaison avec le festival d’actrices botoxées et grillées aux UV qui défilent par ailleurs à l’écran dans des décors criards. Le Mytho débute en tournant en dérision les stars hollywoodiennes passées sur le billard mais finit par tomber dans son propre piège en valorisant la superficialité.

Mais le pire est atteint dans les séquences émotion, où Le Mytho se vautre complaisamment dans la guimauve, pour nous emmener vers un final que l’on avait deviné dès le premier quart d’heure. Certes, la prévisibilité fait partie du jeu dans le genre de la comédie romantique, l’humour et le charme étant supposés relever le tout pour en faire un délicieux moment sentimental. Emballé dans une réalisation sans saveur, Le Mytho ne possède aucun charme et souffre d’un sens de l’humour en retard de vingt ans malgré les efforts d’Adam Sandler pour rendre son personnage attachant. Au passage, ceux qui ont vu Punch Drunk Love se désoleront devant la carrière de cet acteur que l’on sait capable du meilleur.

Contre toute attente au vu de ses derniers essais au cinéma, Jennifer Aniston tire son épingle du jeu en réussissant là où Adam Sandler et tous leurs collègues échouent, à savoir susciter une certaine empathie tout en jouant la carte de l’auto-dérision. Son petit numéro de fashion victim aussi insupportable que nymphomane dans un restaurant de luxe demeure peut-être le seul bon moment savoureux de ce film par ailleurs dispensable.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 8 mars 2011

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