Critique : ‘L’Effet Papillon 2’, de John R. Leonetti

0

Sorti directement en vidéo aux États-Unis, L’Effet Papillon 2 appartient à cette catégorie de produits inqualifiables conçus dans le seul but de surfer sur l’engouement provoqué par un long métrage au concept original qui s’est avéré être un succès surprise en salles. Les possibilités innombrables offertes par le scénario de L’Effet Papillon ayant été exploitées à foison par les deux réalisateurs, le film n’appelait pas précisément à une suite, et ne méritait dans tous les cas certainement pas de voir utiliser son titre et son concept à des fins aussi misérables que ne le fait cet Effet Papillon 2 torché à la va-vite.

Sur le point d’entamer une brillante carrière dans une star-up prometteuse, Nick Larson s’apprête à passer des vacances de rêve dans la nature, en compagnie de sa petite amie Julie Miller et de leurs potes Trevor et Amanda. Manque de chance, un camion heurte brutalement le break de la joyeuse bande au détour d’une route glissante. A son réveil, Nick apprend avec horreur que Julie est morte dans l’accident. Comme si cela ne suffisait pas, il par-dessus le marché faire face à de violentes et incessantes migraines. Jusqu’au jour où, alors qu’il contemple les photos prises en ce jour fatal, il est pris d’une crise qui le projette ni plus ni moins dans le passé, au moment exact où le cliché a été pris. Pourra-t-il sauver Julie, et récupérer sa position dans la société ?

L’Effet Papillon, petit film fantastique malin et jubilatoire écrit et réalisé en 2004 par Eric Bress et J. Mackye, s’était taillé une jolie réputation lors de sa sortie au cinéma puis en vidéo, au point de devenir culte pour certains. La version salles se doublait d’un Director’s Cut, disponible en DVD uniquement, qui prolongeait encore le plaisir en proposant une autre fin aux aventures d’Ashton Kutcher, nettement moins optimiste que la première.

D’ordinaire, qui dit « n°2 » dit « plus », « mieux », ne serait-ce que dans les intentions affichées. L’effet Papillon 2 a la particularité d’offrir au contraire ostensiblement moins que son modèle, dans tous les domaines. Là où ce dernier s’ingéniait à ne rien dévoiler trop vite et à multiplier les imbroglios pour mieux retomber sur ses pieds, cette séquelle à bas prix se contente de poser ses maigres enjeux (deux au total, voir résumé ci-dessus) durant les cinq premières minutes, et d’évoluer ensuite de manière strictement linéaire pour aboutir à un final absolument désolant.

L’avantage est que l’on devine à peu près à tous les coups ce qui va se passer l’instant suivant. Au choix : Nick Larson (Eric Lively) récupère sa petite amie Julie (Erica Durance) vivante et se fait doubler au boulot par son pire ennemi, Dave Bristol (David Lewis) ; Nick perd sa petite amie mais regagne sa place dans la star-up ; Nick gagne ou perd les deux.

A cela s’ajoutent deux-trois autres personnages, histoire de corser un peu l’affaire : le vilain Dave Bristol bien sûr, mais aussi et surtout la fille du patron, qui n’intervient que pour faire du rentre-dedans à Nick dans les toilettes d’un restaurant au cours d’un dîner d’affaires, afin de permettre au réalisateur John R. Leonetti de caser au passage une scène de sexe complètement incongrue et pathétique, qui a l’air de sortir tout droit de feu le « téléfilm du dimanche soir sur M6 », musique d’ascenseur comprise. Que dire des déboires de Nick avec la bande de mafieux auxquels son copain Trevor doit des comptes, et qui lui vaudront de se « réveiller » au lit en compagnie de l’un de ces charmants messieurs ?…

Malheureusement, tous ces défauts ne font pas pour autant de L’effet Papillon 2 un nanar impérissable et réjouissant. L’intrigue ne réservant aucun temps fort, on s’y ennuie ferme du début à la fin sans jamais ressentir la moindre compassion pour les personnages, tous plus basiques les uns que les autres.

De L’Effet Papillon, le réalisateur et son équipe n’ont retenu que l’idée du saut dans le temps (à l’aide de photos et non de notes dans un cahier) comme simple procédé destiné à justifier les trous béants d’un scénario inodore et sans saveur. A éviter à tout prix.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 20 juin 2007

Share.