Critique : ‘Légion’, de Scott Stewart

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Avec son pitch lorgnant explicitement vers The Mist de Frank Darabont sans jamais réussir à l’égaler, Légion, premier long métrage de Scott Stewart, se laisse regarder sans déplaisir malgré son scénario bancal et son manque flagrant de moyens. A regarder pour son traitement ouvertement bande-dessinée de la mythologie judéo-chrétienne, pour ses quelques bonnes idées distillées ça et là dans l’action et pour voir Paul Bettany et Kevin Durant en Archanges faisant des arts martiaux.

Voir le cofondateur du studio d’effets spéciaux The Orphanage (Hellboy, Le Jour d’Après, Iron Man) se lancer dans la réalisation ne pouvait que forcer la sympathie chez les aficionados du genre. Et ce même s’il était évident que pour son tout premier long métrage Scott Stewart n’allait pas se voir allouer le même budget que les productions auxquelles son studio a apporté ses talents. Or avec 26 millions de dollars en poche, Stewart ambitionne tout de même de plonger le spectateur en pleine apocalypse, ce qui n’est pas rien. C’est ainsi que Dieu, écœuré par les bêtises des humains, décide subitement d’envoyer ses anges (qui ressemblent plutôt à des démons) afin de procéder ni plus ni moins qu’à une extermination. Fort heureusement, l’Archange Michael (Paul Bettany) ne l’entend pas de cette oreille et, quitte à mécontenter son souverain, décide de protéger la mère d’un enfant à naître supposé sauver l’humanité. Un sacré pari.

Que le pitch n’ait aucun sens n’a pas vraiment d’importance : Légion ne traite nullement de religion, ne délivre aucune idéologie et nous propose de laisser notre cerveau à l’entrée de la salle pour profiter du spectacle. La vraie question à se poser est donc toute simple : le résultat parvient-il à divertir ? La réponse penche vers l’affirmative, bien que tempérée par de grosses réserves.

Légion s’appuie sur une mécanique similaire à celle de The Mist de Frank Darabont : un petit groupe de personnes pour la plupart étrangères les unes aux autres se retrouve piégé dans une station service et doit faire face à des assauts successifs. Au programme des festivités : phénomènes climatiques douteux, créatures improbables et citoyens lambda zombifiés. C’est dans la mise en place que Légion s’avère le plus efficace, s’attachant à faire survenir des éléments insolites dans un contexte quotidien pour installer une atmosphère inquiétante.

Parmi les moments forts du film, on citera notamment l’arrivée d’une vieille dame aux propos orduriers, mais aussi l’entrée en scène d’un étrange marchand de glace (sympathique caméo de Doug Jones, le faune du Labyrinthe de Pan). Légion démarre donc plutôt bien, plongeant même sporadiquement le spectateur dans une ambiance de western. La bonne idée est de cantonner l’Apocalypse au hors champ et donc de conserver le canevas de huis clos jusqu’au bout, toujours à la manière de The Mist.

Mais à la différence du film de Darabont, qui s’appuyait sur une base scénaristique solide (la nouvelle Brume de Stephen King), le scénario révèle vite quelques faiblesses, avec son traitement sommaire des personnages – voire quelque peu machiste concernant les personnages féminins – et ses quelques invraisemblances en fin de parcours. Une faiblesse d’autant plus dommageable que le manque de budget se ressent de plus en plus à mesure que l’on entre dans l’action. On pense notamment à l’affrontement des Archanges joués par Paul Bettany et Kevin Durant, une séquence sympathique grâce aux capacités martiales des deux interprètes mais qui se montre malheureusement trop brève et donc pas assez généreuse. Que dire de la nuée de mouches promise dans la bande-annonce et qui ne dure que quelques secondes à l’écran – nous sommes loin de l’arrivée féérique des insectes géants dans The Mist.

Malgré tous ces défauts, Légion possède une indéniable cote de sympathie. D’abord parce que l’action, aidée par un rythme soutenu, distille tout de même ça et là quelques bonnes idées. Ensuite parce que Scott Stewart utilise à bon escient le digital comme un moyen d’améliorer les maquillages et prothèses traditionnels et non comme une fin en soi. Enfin parce que le film aborde la religion judéo-chrétienne comme une simple mythologie à la manière d’une bande-dessinée, le flash back dialogué entre les Archanges lorgnant davantage vers le manga live que vers le mysticisme – une influence que l’on notera aussi sur certains plans du combat entre les deux personnages.

Paul Bettany parvient à imprimer une certaine prestance à son personnage, tandis que le reste du casting bénéficie de la présence d’un Dennis Quaid plutôt bon.

A l’arrivée, avec ses défauts et ses idées sous-employées, Légion s’impose comme un divertissement très inégal mais se laisse regarder sans déplaisir – à condition d’admettre les termes du contrat, à savoir assister à un divertissement décérébré. On le préfère au récent Daybreakers des frères Spierig, qui se prend beaucoup plus au sérieux mais ne parvient jamais à compenser son manque d’argent par un quelconque sens du divertissement. A défaut d’être réussi, Légion a donc au moins pour mérite de donner envie de laisser une seconde chance à Scott Stewart et de maintenir la curiosité suscitée par son prochain film, l’adaptation du manhwa Priest de Hyung Min Woo.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 9 mars 2010

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