Critique : ‘L’Enfance du Mal’, d’Olivier Coussemacq

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Mélangeant des éléments de thriller et de drame psychologique, L’Enfance du Mal avait de nombreux atouts de son côtés mais échoue à faire monter l’encéphalogramme. Si le scénario cultive habilement les ambigüités chez les personnages, le rythme demeure trop monotone et la réalisation d’Olivier Coussemacq manque cruellement d’envergure, peinant à captiver l’intérêt en dépit de belles prestations d’acteurs. Encore une tentative louable de cinéma frappée de ce que l’on surnomme, dans le jargon journalistique, le « syndrome du téléfilm français ».

Anais Demoustier L'enfance du malQuand une adolescente fugueuse et manipulatrice s’incruste dans la maison d’un couple bourgeois dont la flamme s’est éteinte depuis longtemps, il y a fort à parier que l’ambiance idyllique des premiers jours de son séjour ne durera pas. Alors que sa mère purge une peine de prison, Céline (Anaïs Démoustier) se fait passer pour une orpheline et élit domicile dans la dépendance d’une maison bourgeoise, jusqu’à ce que le propriétaire, Henry Van Eyck (Pascal Greggory), la découvre et lui propose de l’héberger pour la nuit. En peu de temps, l’adolescente prend ses marques et séduit aussi Nathalie (Ludmila Mikael), l’épouse en mal d’enfant de Henry. On l’aura compris, Céline n’est pas exactement celle qu’elle prétend être et son intrusion aura des conséquences irréversibles sur la vie du couple.

Premier long métrage de Olivier Coussemacq, L’Enfance du Mal avait de nombreux atouts de son côté pour séduire tout autant les amateurs de drame psychologique que de thriller. Surtout que le thème de la cellule familiale dynamitée par un ou plusieurs enfants maléfiques est revenu à la mode (Joshua en 2007, The Children en 2008…). Dommage que le résultat sur bobine ne parvienne jamais à décoller et souffre du regrettable « syndrome du téléfilm français ».
Olivier Coussemacq serait-il meilleur scénariste que réalisateur ? Si l’on s’en tient aux prétentions psychologiques, il y a de l’idée. Le scénario cultive plutôt habilement les ambigüités sur les personnages, entre Céline qui apparaît tour à tour comme bourreau et victime, et Henry, juge de son métier, qui se réfugie derrière son code pénal jusqu’à ce que son côté obscur ne prenne le dessus.

Si l’intrigue a parfois recours à la facilité (vous ne serez pas étonnés d’apprendre que la jeune fille se prostitue un peu à ses heures), la perversion des relations humaines est au rendez-vous sans pour autant verser dans la surenchère.

Pourtant, le film ne parvient jamais à faire vibrer. L’une des raisons majeures est que Coussemack se montre nettement plus maladroit dès lors qu’il tente de flirter avec le genre du thriller. D’abord parce que le pot aux roses censé apporter un nouvel éclairage sur l’histoire se devine au bout d’une vingtaine de minutes, amenuisant clairement l’intérêt de la suite. Ensuite parce que L’Enfance du Mal manque cruellement d’atmosphère en dépit d’une photographie soignée, le climat se voyant gâché par un montage par trop monotone et surtout une mise en scène plate et sans envergure. De quoi éroder peu à peu le potentiel émotionnel et faire surgir l’ennui à plus d’une reprise, les quatre-vingt-dix minutes de bobine donnant l’impression de s’étaler sur plus de deux heures.

Les prestations des acteurs de L’Enfance du Mal méritent tout de même d’être soulignées, d’Anaïs Demoustier qui a su insuffler une fragilité à son personnage, à Pascal Greggory et Ludmila Mikael, impeccables dans leur face-à-face et dans leur confrontation avec la demoiselle. Rendez-vous manqué avec ce qui aurait pu devenir un passionnant mélange de genres.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 4 mai 2010

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