Critique : ‘Les Amours Imaginaires’, de Xavier Dolan

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Confirmant qu’il n’était pas qu’une simple sensation de festival, Xavier Dolan signe un second film encore plus épatant que le précédent, un rêve doux-amer dans lequel des jeunes gens se perdent dans le mirage séduisant mais douloureux de la passion amoureuse. Si Les Amours Imaginaires est jalonné de moments aériens grâce à une réalisation classieuse emballée dans une esthétique colorée, Dolan met son humour acide au service de dialogues ciselés, lâchés par un trio de comédiens irrésistibles dont il fait bien évidemment partie. Le charme opère du début à la fin, on en redemande.

Avec le troublant J’ai tué ma mère, son premier film dans lequel il se mettait lui-même en scène dans une relation mère-fils suffocante, Xavier Dolan remportait à tout juste vingt ans un accueil critique plus que favorable et une cascade de prix. De quoi attendre avec un mélange de curiosité et d’impatience de découvrir sa nouvelle réalisation. Avouons-le, nous attendions aussi un peu au tournant ce second long métrage : tenions-nous là un nouveau prodige du cinéma ou une simple sensation de festival ? Et voilà que Dolan nous revient un an plus tard avec Les Amours Imaginaires, une comédie douce-amère dans laquelle des jeunes gens se prennent au jeu pervers du triangle amoureux. Prix « Regards Jeunes » à Cannes dans la catégorie Un Certain Regard, Les Amours Imaginaires confirme l’émergence d’un talent et d’une personnalité artistique à part.

lesamoursimaginaires_03Séducteur dans toute sa splendeur et sa superficialité, le beau Nicolas (Niels Schneider) est aimé de Marie Camille (Monia Chokri), une jeune femme psychorigide en quête d’amour et d’absolu, et de Francis (Xavier Dolan), un jeune homme timide et a priori vulnérable. Les deux rivaux vont se livrer à un duel amoureux qui va les entraîner dans une spirale dépressive et menacer leur amitié. La première bonne surprise, c’est que Xavier Dolan ne tombe nullement dans le piège de la répétition de son premier succès et nous invite ainsi à porter un regard neuf sur son cinéma. Qu’il s’agisse du thème, du ton ou de l’esthétique de l’œuvre, Les Amours Imaginaires ne ressemble pas à J’ai tué ma mère, et ce même si le cinéaste impose bel et bien une patte bien à lui.

On reconnaît son humour acide mis au service de dialogues ciselés, parfois insolites, jamais factices, et si le propos des Amours Imaginaires n’a rien d’optimiste, le film nous prend bien souvent par surprise en nous arrachant quelques rires. On décèle aussi une fois encore un goût affirmé pour les relations malsaines et sources de souffrances, pour les amours ratées aux effets pervers. Car au-delà du ton souvent décalé des Amours Imaginaires se dessine peu à peu un malaise et une douleur sourds, celle qu’inflige l’obsession amoureuse non payée de retour chez des jeunes gens peut-être plus amoureux de l’amour que de l’être aimé.

lesamoursimaginaires_01Si Marie Camille et Francis des Amours Imaginaires succombent au charme du jeu de séduction, pesant chaque signe de Nicolas sur la balance de leur imaginaire amoureux, Xavier Dolan réalisateur, lui, se livre à un jeu de séduction avec son public à travers une succession d’effets au charme dévastateur. On pourra trouver un caractère poseur dans les ralentis wongkarwaïens sur Monia Chokri marchant dans la rue vêtue de robes d’un autre temps, ou encore dans les gros plans monochromes sur les étreintes amoureuses, elles aussi filmées au ralenti. Pourtant, y voir de simples artifices de réalisation serait bien réducteur : c’est tout un langage esthétique et musical que Xavier Dolan construit pour décrire l’état d’esprit de ses personnages, pour créer du rêve autour de sentiments gorgés d’illusions mais qui n’en demeurent pas moins intenses.

Et loin de nous l’idée de reprocher au cinéaste de signer quelques passages dont les images continuent de nous hanter longtemps après la séance – nous pensons notamment à la séquence psychédélique de la soirée, où se dévoile successivement le regard de Marie Camille et de Francis sur Nicolas (sur le titre Pass This On de The Knife, excellent choix musical).

lesamoursimaginaires_04Des Amours Imaginaires émane aussi le charme des sentiments amoureux propres à l’âge des personnages dans tout ce qu’ils ont d’éphémère, et c’est là que la jeunesse de Xavier Dolan s’avère particulièrement payante : Les Amours Imaginaires vibre par la fraîcheur de son propos, par la rareté de voir ce dernier exprimé avec une telle maîtrise narrative et une telle inspiration formelle par un artiste lui-même encore dans la vingtaine. C’est précieux et émouvant.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 29 septembre 2010

> Lire l’interview de Xavier Dolan, réalisateur de Les Amours Imaginaires

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