Critique : ‘Les Mains en l’Air’, de Romain Goupil

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Film engagé sur la question des sans-papiers, Les Mains en l’Air a pourtant le bon goût de ne pas nous asséner un discours démagogique et d’aborder le sujet sous un angle très humain, à travers une histoire d’amitié touchante et mélancolique entre des enfants. Entre insouciance et gravité, ce nouveau film de Romain Goupil fait des merveilles dans les scènes de réunions secrètes entre copains, pleine de fraîcheur et de nostalgie, grâce à des dialogues bien écrits et des comédiens formidables.

Huit ans après Une Pure Coïncidence, documentaire militant traitant déjà de la question des sans-papiers, Romain Goupil continue d’explorer le sujet avec Les Mains en l’Air, à ceci près qu’il s’agit cette fois d’un long métrage de fiction. L’angle d’approche change lui aussi sensiblement puisque le récit est centré sur l’histoire d’amitié entre des enfants, parmi lesquels une petite fille tchétchène.

lesmainsenlair_03Le film adopte d’emblée un point de vue distancié en débutant en 2067, alors qu’une vieille dame se souvient des événements qui ont marqué sa jeunesse soixante ans plus tôt. Nous voici donc plongés à l’époque actuelle en 2009, dans le passé de Milana (Linda Doudaeva), alors qu’elle se lie avec Blaise (Jules Ritmanic), un garçon de sa classe. Lorsque l’un de leurs camarades, Youssef, est coincé par la police et expulsé avec sa famille, Milana et ses proches ont toutes les raisons de se sentir menacés. Mais les amis de la petite fille ne resteront pas sans réagir.

Avec un passé de militant communiste à son actif, Romain Goupil ne cache pas sa sympathie pour la cause des sans-papiers. Pourtant, plutôt que de nous asséner un discours rigide et culpabilisateur, le cinéaste laisse entrevoir différentes prises de positions au cours du film, entre l’idéalisme forcené de la mère de Blaise (Valéria Bruni-Tedeschi, formidable de justesse et de sensibilité), l’opinion nuancée mais peu engagée de son mari et la position radicalement inverse de son frère. Au milieu de la tourmente politique, les enfants.

Habilement construit, le récit s’appuie sur leur point de vue pour démontrer la cruauté de la traque dont les sans-papiers sont l’objet, certains d’entre eux allant jusqu’à commettre des actes suicidaires pour échapper à la police. Cependant, c’est surtout en laissant entrevoir la peine suscitée par la simple perspective chez les enfants d’être un jour séparés que Les Mains en l’Air atteint son but de manière particulièrement vibrante – qui n’a pas un jour expérimenté, enfant, le vide causé par le départ d’un ami à l’étranger? Plaçant sa caméra à hauteur d’enfants, au sens propre comme au figuré, Romain Goupil touche la corde sensible sans jamais se compromettre dans le pathos.

Les Mains en l’Air fait des merveilles dans les scènes de réunions secrètes entre copains, des moments plein de nostalgie dont la fraîcheur doit tout autant à des dialogues savoureux qu’à un jeune casting formidable (mention à Linda Doudaeva), d’autant que le soin accordé à la photographie est au rendez-vous pour donner corps à ces scènes intimistes d’une légèreté salvatrice. A l’authenticité de ces purs moments s’oppose les discours politiques froids et déshumanisés que Milana et Blaise saisissent par bribes. La rupture entre le monde des enfants et celui des adultes s’exprime d’ailleurs dans toute sa splendeur lors d’une scène surréaliste de réunion de parents d’élèves, au cours de laquelle ces derniers entament un débat agressif, tandis que Blaise et sa bande, cachés sous les tables, s’emploieront à communiquer en langage codé comme si ce qui se passait autour d’eux n’avait rien de sérieux. Ce décalage ne les empêchera pas de semer la panique en manifestant leur protestation sourde, donnant par là-même une belle leçon aux grandes personnes. Il faudrait peut-être donner un peu plus souvent la parole aux enfants.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 9 juin 2010

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