Critique : ‘Les Petits Mouchoirs’, de Guillaume Canet

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Après Ne le dis à personne, Guillaume Canet ne cède pas à la tentation de la redite et fait un virage radical en termes de genres, pour délivrer une œuvre très personnelle lorgnant vers le film générationnel. Au cœur de Les Petits Mouchoirs, l’amitié mais aussi le mensonge et ses conséquences au sein d’une bande de trentenaires en pleine crise existentielle et interprétés par un casting d’excellence (Cluzet, Magimel, Lellouche…). La recette n’est pas nouvelle mais le film passe du rire aux larmes avec aisance, cependant que la mise en scène cultive un regard tout en finesse sur les protagonistes de ce « film de potes », qui maintient sa dynamique de groupe jusqu’au bout, ou presque, malgré des enjeux dramatiques qui peinent à se conclure. Un film attachant, surtout quand il est drôle.

lespetitsmouchoirs_01En quelques films, Guillaume Canet a réussi à s’imposer comme l’un des réalisateurs phare du cinéma français d’aujourd’hui. Son premier long métrage Mon Idole, fable amorale sur le milieu du show business, séduisait par son humour grinçant. Quelques années plus tard, Ne le dis à personne, thriller adapté du roman de Harlan Coben et dont le succès à l’international n’est plus à prouver, témoignait d’une envie de proposer un cinéma à la fois ambitieux, divertissant et humain. A l’heure où Hollywood s’apprête à sortir son remake de Ne le dis à personne, Guillaume Canet ne cède pas à la tentation de la redite et amorce un nouveau virage. Avec Les Petits Mouchoirs, il se lance dans un projet très personnel, du genre qui requiert une longue période d’introspection avant de se mettre en place. L’entreprise n’est pas négligeable : transformer sa troupe d’acteurs en groupe de vacanciers amis de longue date, avec toutes les subtilités que cela peut impliquer en termes de direction d’acteurs. Pari réussi ?

Au cœur du film, l’amitié mais aussi le mensonge et ses conséquences, sur notre propre vie et sur celle des autres, notamment lorsque survient la crise de la trentaine et que chacun fait inévitablement un premier bilan existentiel. Film de « potes » plus qu’un film de vacances, Les Petits Mouchoirs tisse les portraits de huit bons copains qui, liés soudainement par un événement tragique mais partis malgré tout en vacances, vont peu à peu laisser tomber le masque. La recette n’est pas nouvelle – on l’a vue ailleurs chez Lawrence Kasdan ou Claude Sautet, références revendiquées par Canet – mais la sauce prend immédiatement et le résultat s’avère dans l’ensemble réjouissant. Avec une distribution prestigieuse réunissant – excusez du peu – François Cluzet, Marion Cotillard, Benoît Magimel, Gilles Lellouche ou encore Jean Dujardin, Les Petits Mouchoirs aurait pu n’être qu’un film d’acteurs.

lespetitsmouchoirs_03La qualité d’interprétation a bien sûr tout à voir avec celle du film, entre François Cluzet, excellent dans le rôle de l’aîné intolérant qui casse l’ambiance, Benoît Magimel, très touchant en père de famille confronté à son homosexualité, ou encore Gilles Lellouche, attachant en ado attardé jouant avec le feu en amour. Pourtant, loin de s’effacer derrière son casting, Guillaume Canet révèle très vite un regard fin et actif sur ses personnages. Le cinéaste filme ses comédiens mais il filme aussi le groupe, dont la dynamique s’installe avec une efficacité épatante dès l’arrivée des vacanciers au Cap Ferret.

Même si chacun des protagonistes se réduit au bout du compte à un ou deux traits de caractère, Les Petits Mouchoirs fourmille de petits moments d’une authenticité criante, soutenu en cela par une écriture des dialogues ciselée, pour gagner petit à petit en profondeur. Dès le début du film, la mise en scène précise de Guillaume Canet s’attache à saisir aussi bien la façade que les personnages tentent de renvoyer, que l’impact parfois involontaire de leurs échanges sur le plan émotionnel.

lespetitsmouchoirs_04Le plus étonnant, c’est que Les Petits Mouchoirs ne fait pas forcément monter l’émotion aux moments les plus calculés. Plus que dans son final larmoyant qui tire en longueur, c’est dans les scènes comiques que Guillaume Canet parvient le mieux à transmettre sa tendresse indéniable pour ses contemporains. Le tour de force réside à ce titre dans la manière dont les sentiments de Vincent (Benoît Magimel) pour Max (François Cluzet) constituent d’abord un ressort comique pour se muer en un enjeu dramatique des plus douloureux.

Les quelques réserves que l’on émettra sur Les Petits Mouchoirs tiennent finalement à la difficulté de conclure un film qui ambitionne de faire évoluer un peu trop de personnages à la fois en 2h30 et des poussières. Précisons à ce titre que si cette durée paraît longue sur le papier, il n’en est rien à la vision du film, dont le rythme demeure soutenu du début à la fin et ne comporte pas de « ventre mou ». Ou presque, puisque le scénario accuse le coup et patine dans le dernier quart du métrage, où les enjeux tournent légèrement en rond, notamment dès lors qu’il s’agit du personnage de Marion Cotillard – en dépit de l’interprétation juste de l’actrice, l’évolution de Marie trouve une conclusion cousue de fil blanc.

lespetitsmouchoirs_05A ce titre, on regrettera que les autres personnages féminins ne prennent pas davantage d’ampleur, au point de se trouver évincées par leurs partenaires masculins dans la dernière partie. Nous aurions presque aimé connaître la teneur de la première version de 4h que Guillaume Canet avait préparée et qu’il a finalement refusé de montrer à son producteur.

L’autre réserve suscitée tient à la séquence au cours de laquelle la morale de l’histoire nous est assénée de manière par trop explicite par l’un des personnages du film, un procédé dont le manque de subtilité tranche avec la finesse du regard sur les personnages. Les Petits Mouchoirs n’en demeure pas moins une œuvre touchante, surtout quand elle est drôle, et confirme le talent d’un cinéaste décidément voué à nous surprendre.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 15 octobre 2010

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