Critique : ‘Love Song’, de Shainee Gabel

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Sorti en décembre 2004 aux Etats-Unis, Love Song est le premier long métrage de Shainee Gabel. Scarlett Johansson y joue le rôle d’une jeune femme un peu paumé qui va nouer des liens avec deux hommes marginaux. En adaptant le roman Off Magazine Street de Ronald Everett Capps, la réalisatrice nous plonge dans le décor moite et ensoleillé de la Louisiane et offre à John Travolta l’un de ses plus beaux rôles depuis des lustres.

Purslane Hominy Will, surnommée Pursy, a laissé tomber le lycée pour mener une vie oisive avec son petit ami dans un mobile home sordide en Floride. Lorsqu’elle apprend de la bouche de ce dernier que sa mère, Lorraine, est décédée, elle décide aussitôt de se rendre à la Nouvelle-Orléans afin d’assister à l’enterrement. Mais la maison familiale est investie par deux hommes peu avenants, tous deux proches de cette mère qu’elle a à peine connu et déterminés à ne pas lui céder la place. N’ayant nulle part où aller, Pursy s’installe finalement avec eux…

love_song_01Shainee Gabel a fait ses premières armes à la réalisation et au scénario aux côtés de Kristin Hahn sur le court métrage Anthem en 1997. A partir d’un canevas rebattu, celui de l’étranger(ère) qui vient chambouler de force la vie d’individus désabusés, avec ce que cela entraîne comme résistances et remises en question des deux côtés, le réalisatrice parvient dans Love Song à s’affranchir de toute la pesanteur que ce genre d’exercice requiert pour livrer un film d’une remarquable fraîcheur. L’inévitable voix off qui ouvre le récit se fait rapidement oublier pour laisser place aux personnages eux-mêmes, que la réalisatrice saisit dans toutes leurs contradictions au cours de ces deux heures tour à tour agitées et langoureuses.

Réunis autour du fantôme de Lorraine, compositrice adulée, alcoolique notoire et mère indigne, les trois protagonistes de Love Song s’ignorent ou se crachent leur venin dans une succession de scènes tragi-comiques parfaitement agencées. Entre la jeune Pursy (Scarlett Johansson) qui a toute la vie devant elle mais refuse de saisir sa chance, le vieux Bobby Long (John Travolta) qui s’arme d’alcool et de sarcasmes pour mieux oublier le passé, et le placide Lawson Pines (Gabriel Macht) qui végète depuis une dizaine d’années aux côtés de Bobby dont il tente en vain d’écrire la biographie, tout n’est qu’affaire de monstrueux gâchis.

love_song_07Pourtant, c’est apaisé et revivifié que l’on sort de Love Song, imprégné d’une passion communicative pour la littérature, passion qui va peu à peu lier Bobby Long et Lawson Pines, tous deux professeurs de lettres, à leur jeune colocataire réticente. La fluidité de la réalisation et de la narration, la douceur de la musique viennent appuyer les formidables performances des acteurs principaux.

Renaissant une fois de plus de ses cendres, John Travolta domine tout le film de sa présence imposante, campant un Bobby Long aussi détestable que bouleversant, celui vers lequel tout converge et qui donne son nom au titre original du film – qui s’intitule à l’origine A Love Song for Bobby Long. Une performance d’acteur tout en audace et en finesse à laquelle Scarlett Johansson fait honneur dans un rôle de jeune rebelle qui lui sied merveilleusement et auquel elle confère une touchante sensibilité. Leurs échanges mémorables, qu’ils soient agressifs ou tendres, demeurent les plus beaux et les plus passionnants moments du film tant leur alchimie est palpable. Quant à Gabriel Macht, il confère une mélancolie attendrissante au personnage de Lawson, condamné à rester dans l’ombre de son aîné.

Drôle, émouvant, chaleureux, Love Song est un joli film moins banal qu’il n’en a l’air, qui ne se laisse pas oublier facilement.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 11 septembre 2006

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