Critique : ‘Mémoires de nos Pères’, de Clint Eastwood

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Premier film du dyptique-événement de Clint Eastwood sur la bataille d’Iwo Jima, Mémoires de nos Pères n’est pas le chef d’œuvre que l’on espérait, en dépit de la force de son propos. Pourtant, il serait dommage de s’arrêter sur les quelques maladresses de ce film ambitieux et original. En portant à l’écran le témoignage de James Bradley, fils de l’un des six soldats qui dressèrent le drapeau de la fameuse photographie, le cinéaste ne se contente pas d’apporter un éclairage original sur cet épisode terrible de la guerre du Pacifique, il l’entoure d’une résonance nouvelle.

A l’heure où les moyens de communication modernes font plus que jamais de la guerre un spectacle, le destin de ces trois héros malgré eux, contraint d’assurer le service après-vente de leurs « exploits » tandis que leurs amis continuent de se faire massacrer sur place, laisse une étrange impression de déjà-vu.

Le meilleur de Mémoires de nos pères se situe dans cette alternance volontairement confuse entre les images propres de la « tournée promotionnelle » de John Bradley (Ryan Philippe), Rene Gagnon (Jesse Bradford) et Ira Hayes (Adam Beach), et les réminiscences brutales des horreurs qu’ils viennent de vivre, si loin et si proches à la fois. Erigés du jour au lendemain en icônes de la victoire par le gouvernement, qui veut se servir d’eux pour renflouer les caisses de l’Etat, les trois hommes vivent de plus en plus mal cette situation qui leur semble honteusement mensongère.

Le décalage est habilement suggéré par le biais de flashbacks violents qui nous replongent de manière inopinée au cœur du conflit, dans lequel on entrevoit à peine les visages des adversaires japonais.

A ce titre, la scène du débarquement filmée de manière subjective demeure sans conteste la plus impressionnante. Tant que le cinéaste s’en tient à ce parti-pris narratif percutant, Mémoires de nos pères parvient à susciter une certaine émotion, et ce même s’il ne prend jamais réellement aux tripes.

Il est fort dommage que le réalisateur cède à l’académisme en revenant dans la dernière demi-heure à une narration en voix off parfaitement redondante, qui verbalise soudain tout ce que le film donnait jusqu’ici discrètement à ressentir, créant de fait une désagréable distance avec les événements qui précèdent. L’intrusion du présent dans le récit, par le biais des commentaires de anciens combattants et du fils de Bradley, brise le fragile équilibre d’un film dont on pouvait jusqu’alors pardonner le léger manque d’intensité tant il évite tout sensationnalisme inutile.

Au final, Mémoires de nos pères apparaît comme une réussite en demi-teinte, un peu à l’image de sa photographie léchée aux tons passés, mais qui mérite tout de même que l’on se penche dessus de nouveau. La preuve, c’est qu’à la fin de la projection, on a furieusement envie de voir Letters from Iwo Jima, dans lequel le réalisateur devrait livrer son interprétation du conflit côté japonais.

Caroline Leroy

Avis à chaud publié sur DVDRama.com le 3 octobre 2006

 

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