Critique : ‘Mes Copines’, de Sylvie Ayme

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Premier long-métrage de Sylvie Ayme, Mes Copines se veut une chronique adolescente pleine de fraîcheur et d’énergie, racontée – une fois n’est pas coutume – du point de vue des filles. Loin de s’en tenir aux sempiternels et gentillets débats sur « les garçons » et « l’amour », la réalisatrice aborde de front la question de la sexualité tout en privilégiant constamment l’humour. S’il possède des qualités évidentes (la fraîcheur et l’énergie, justement), le film pèche cependant par un manque d’ambition artistique qui risque d’en rebuter plus d’un(e).

Manon, Aurore et Marie participent à une audition dans le but de représenter leur lycée pour le « Défi Danse » organisé par la Mairie de Paris. A la clé, un voyage d’un mois dans le pays de leur choix. Mais Manon, trop intimidée, déclare forfait et disqualifie son équipe. Pour se rattraper, elle recrute Djena, douée en danse mais brouillée avec les membres de son groupe. Djena va rapidement devenir la meneuse, suggérant à ses nouvelles amies de pallier leurs faiblesses techniques par la sensualité à travers la danse indienne. Or l’expression de cette sensualité ne pourra être rendue possible que si chacune se lance individuellement dans la découverte du plaisir…

Avec Mes Copines, Sylvie Ayme affiche sa claire volonté de restituer le plus fidèlement possible les préoccupations des adolescentes d’aujourd’hui. Adoptant leur rythme et leur langage, le film détourne le cliché selon lequel toutes les ados ne rêveraient que d’être admirées passivement comme des stars, en prenant pour prétexte l’échéance d’un défi de danse afin de leur parler des choses de la vie et lever le voile sur certains tabous (la masturbation féminine notamment).

Et c’est alors que l’on réalise effectivement que si les films mettant en scène les premiers émois physiques et sentimentaux des garçons sont légion depuis bien longtemps, les filles étaient jusqu’ici laissées plus ou moins sur le carreau, leur éveil à la sexualité se résumant généralement à une simple prise de conscience de leur « pouvoir » de séduction. Une vision terriblement réductrice que la réalisatrice entend remettre en question de manière extrêmement louable en rappelant aux filles, perpétuellement assujetties au regard d’autrui, que le sport (la danse, ici) leur permet entre autres de se réapproprier leur corps.

Dans cette optique, Mes Copines associe avec humour et justesse la quête de perfection sportive et artistique (les copines optent pour une chorégraphie originale, complexe et sensuelle) à la découverte du plaisir et à l’épanouissement individuel et collectif dans le groupe. Sur le fond, le film se montre par conséquent plus audacieux qu’il n’y paraît et infiniment recommandable pour le public auquel il est destiné. En revanche, c’est sur la forme que l’exercice peine à convaincre et c’est bien dommage.

Mes Copines repose sur un quatuor de comédiennes fort sympathique malgré des personnages typés (la rigolote vaguement complexée, la meneuse qui bluffe pour cacher sa fragilité, la jolie timide et l’introvertie), au sein duquel se distinguent tout particulièrement l’énergique Stéphanie Sokolinski qui interprète Manon et la très classe Djena Tsimba dans le rôle de… Djena.

Malheureusement, leurs efforts sont quelque peu gâchés par une réalisation quelconque et un montage sans véritable temps fort. C’est bien simple, dès les premières images, Mes Copines évoque davantage un téléfilm voire un épisode de série télé française qu’un long-métrage de cinéma. Impression que ne viennent pas démentir une ambiance souvent outrancière (tout le monde s’agite et crie beaucoup pour pas grand-chose) et des dialogues parfois maladroitement amenés (certaines phrases ne sonnent pas juste dans la bouche de celles et ceux qui les disent).

Les seconds rôles ont tendance à surjouer (Patrick Braoudé en tête), renforçant s’il en était besoin le côté « sitcom » de l’ensemble. Et si la bande-originale colle à l’air du temps, les envolées ont du mal à prendre du fait d’un décalage flagrant entre des morceaux entraînants (Wicked Soul de Kubb revient souvent) et les images par trop banales qui défilent sous nos yeux.

Le souci majeur de Mes Copines se situe précisément dans cet assemblage cacophonique d’éléments qui, pris séparément, s’avèrent tout à fait valables. Alors que l’ambition affichée était excitante sur le papier, Mes Copines ne suscite au final un semblant d’intérêt que pour la sincérité de son propos et pour la conviction évidente dont font preuve ses quatre interprètes vedettes.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 19 juin 2006

 

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