Critique : ‘Michel Vaillant’, de Louis Pascal Couvelaire

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Le film Michel Vaillant de Louis Pascal Couvelaire représente la première adaptation pour le cinéma des exploits de ce personnage mythique de la bande-dessinée. Une adaptation voulue et suivie de près par les Graton père et fils, dans le dessein de coller au plus près à l’œuvre originale. Desservi par une écriture indigente des personnages, Michel Vaillant ne vaut le coup d’œil que pour ses scènes de courses, très bien filmées.

Depuis près de 25 ans, deux écuries de Formule 1, les Vaillant et les Leader, se livrent à une compétition acharnée sur tous les circuits du monde. Champion incontesté de course automobile, Michel Vaillant a déjà remporté plusieurs fois les 24 heures du Mans et s’apprête à défendre son titre une nouvelle fois. Le patron des Leader, Mr Wong, étant décédé depuis cinq ans, c’est au tour de sa fille Ruth de reprendre les rennes de l’écurie. Or la jeune femme est bien décidée à mener son équipe à la victoire, par tous les moyens…

michel_vaillant_05Les premières aventures de Michel Vaillant, personnage créé par Jean Graton en 1957, ont été publiées en 1959. Depuis, les aventures du champion des circuits automobiles ont donné lieu à une série télévisée de treize épisodes réalisée en 1967, puis à une série animée de 65 épisodes en 1990.

On retrouve dans Michel Vaillant, production EuropaCorp de grande envergure, la plupart des personnages clés de la bande-dessinée : Michel Vaillant (Sagamore Stévenin) bien sûr, mais aussi Steve Warson (Peter Youngblood Hills), Henri Vaillant (Jean-Pierre Cassel), Julie Wood (Diane Kruger), l’infernal Bob Cramer (François Levantal), Ruth (Lisa Barbuscia), Gabrielle Spangenberg (Agathe de la Boulaye)… ils sont tous là ou presque. Pourtant, ce souci louable d’exhaustivité constitue à la fois une force et une faiblesse.

Le néophyte aura en effet du mal à saisir la portée des enjeux qui animent les personnages, surtout lorsque ceux-ci sont à peine esquissés. C’est le cas de Michel Vaillant lui-même, plutôt correctement interprété par Sagamore Stévenin, mais qui manque cruellement de consistance. On comprend, intellectuellement parlant, le drame que représente la mort de son ami David (Scott Thrun) mais on ne ressent pas vraiment d’émotion. Tout simplement parce qu’on n’a pas l’opportunité de connaître véritablement ce Michel Vaillant, au demeurant bien sympathique.

michel_vaillant_11Les méchants – et ils sont vraiment très méchants – Ruth Wong ou Bob Cramer souffrent de la même caractérisation parfaitement unidimensionnelle. Les seuls personnages à tirer leur épingle du jeu sont Henri Vaillant et Julie Wood, le mérite en revenant d’ailleurs largement à leurs interprètes respectifs, Jean-Pierre Cassel et Diane Kruger.

Les scènes d’exposition et de jeu regorgent de bonnes intentions, la réalisation de Louis Pascal Couvelaire se montre impeccable en toute circonstance mais rien n’y fait, la sauce ne prend pas. Heureusement, ce n’est pas tout à fait pour la psychologie des personnages que l’on s’intéresse à Michel Vaillant mais bel et bien pour les courses spectaculaires, sur lesquelles un teaser diaboliquement efficace nous avait fait saliver dans les salles obscures à l’automne 2003. Et de ce côté-là, ce serait faire la fine bouche que d’affirmer que l’on n’est pas généreusement servi. Et bien servi.

michel_vaillant_09Dans une logique d’authenticité aux antipodes du tout numérique qui gangrène actuellement Hollywood, Louis Pascal Couvelaire et son équipe ont opté pour un maximum de prises de vue réelles sur les bolides lancés à toute allure sur route ou sur circuit. Un parti pris audacieux et rafraîchissant que l’on a retrouvé cette année au cœur du grisant Les Chevaliers du Ciel de Gérard Pirès, qui repose sur un concept assez similaire mais transposé dans les airs.

On pourra reprocher aux courses de Michel Vaillant de se faire trop rares dans la première partie du film qui de ce fait manque de rythme. On ne retient de la première heure que deux ou trois moments forts, à savoir les superbes dérapages sur la neige canadienne ou encore le trépidant rallye italien qui oppose Bob Cramer à l’infortuné David Dougherty.

La deuxième partie du film, constituée principalement de la longue séquence des 24h du Mans, rattrape cependant vaillamment le coup en nous plongeant au cœur de la compétition légendaire. Et c’est lorsque les 24h du Mans débutent réellement que le film prend son envol, par le truchement de rebondissements soudainement stimulants liés à la compétition elle-même. Une compétition admirablement filmée et photographiée, sublimée par la bande-originale très inspirée du groupe Archive convié spécialement pour l’occasion. Les scènes de courses, remarquablement lisibles, parviennent à transmettre la sensation de vitesse. On n’a qu’un seul regret : qu’elles soient interrompues par des scènes de jeu…

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 4 décembre 2005

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