Critique : ‘Moon’, de Duncan Jones

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Pour son premier long métrage, le réalisateur anglais Duncan Jones frappe très fort et s’impose d’emblée comme un talent à suivre à la trace. Moon est un film de science-fiction intimiste et envoûtant d’une intelligence et d’une sensibilité rares, de ceux que les amateurs du genre attendent sans presque jamais les voir venir. Réaliste dans son postulat, il propose une réflexion riche et pertinente sur la condition humaine sans céder un seul instant à la tentation du pensum prétentieux. Dans le rôle de l’unique protagoniste du film, Sam Rockwell livre certainement la performance la plus impressionnante de sa carrière, un tour de force bluffant qui laisse songeur et confirme qu’il est bel et bien l’un des meilleurs acteurs du moment. La partition planante de Clint Mansell achève de faire de Moon et une œuvre unique et un film de science-fiction incontournable.

moon_04Les films de science-fiction sont devenus une denrée rare dans le cinéma actuel, suivant en cela le triste ralentissement de la conquête spatiale et plus généralement le peu d’intérêt que semblent aujourd’hui porter les êtres humains à ce qui dépasse la stricte limite de l’atmosphère terrestre. L’excellente réputation qui précède le film anglais Moon depuis ses premières projections dans divers festivals – parmi lesquels celui de Sundance début 2009 – ne pouvait que faire naître un fol espoir chez les amateurs de ce genre passionnant, toujours potentiellement porteur d’une réflexion profonde sur notre espèce et notre place dans l’univers.

Ces dernières années, Solaris de Steven Soderbergh et plus encore le magnifique Sunshine de Danny Boyle ont exploré les riches thématiques induites par le voyage plus ou moins erratique d’un groupe d’êtres humains à travers l’immensité de l’Espace.

Moon vient se positionner dans la droite lignée de ses prédécesseurs prestigieux, poursuivant l’aventure sur une note plus intimiste encore et l’éclairant d’une lumière singulière. Fait étonnant, il s’agit seulement d’un premier long métrage, celui de Zowie Bowie, fils de David Bowie, qui en signe le scénario et la réalisation sous le pseudonyme de Duncan Jones. Un nom à retenir…

moon_08Le contexte de Moon est ancré dans les préoccupations actuelles concernant la raréfaction de l’énergie et les avancées technologiques suggérées – l’installation d’une mine de forage sur la lune, chargée d’extraire de l’Hélium-3 – ne sont pas du domaine de l’impossible. Partant de ce postulat très réaliste, Moon s’intéresse aux états d’âme d’un astronaute du nom de Sam Bell employé par Lunar Industries, l’entreprise numéro un sur le marché juteux que représente l’exploitation de l’énergie solaire. Les communications avec la Terre étant défectueuses depuis son arrivée il y a trois ans, Sam a pour unique interlocuteur Gerty, l’ordinateur central de la station, qui gère également le moindre de ses besoins.

La seule présence humaine à même d’égayer son quotidien provient des vidéos préenregistrées que lui fait parvenir sa femme Tess depuis la Terre, et sur lesquelles il peut voir grandir jour après jour leur petite fille Eve. A deux semaines de la fin de son contrat, il est cependant victime d’un accident qui bouleverse tous ses repères.

Avec son ambiance minimaliste, réduite au seul décor d’une station lunaire et à un unique personnage, Moon revendique évidemment son hommage au classique des classiques de la science-fiction : 2001, l’Odyssée de l’Espace. Une référence appuyée par l’existence de Gerty (joué par Kevin Spacey) qui n’est pas sans rappeler le célèbre Hal. La comparaison s’arrête là. Duncan Jones nous entraîne vers des chemins tout à fait différents de ceux empruntés par Stanley Kubrick, privilégiant la dimension humaine aux abstractions métaphysiques et philosophiques.

moon_03Moon est un huis-clos reposant presque tout entier sur les épaules de Sam Rockwell (Confessions d’un homme dangereux, Snow Angels), acteur qui ne cesse décidément de s’affirmer comme un comédien de tout premier plan, remarquable dans tous les registres. Seul à l’écran, il exécute un one-man show de très haute volée dans la peau de cet homme isolé du reste du monde qui sent peu à peu ses convictions se dérober sous lui.

Si la science-fiction permet plus que tout autre genre de placer l’homme face à lui-même, Duncan Jones pousse le concept à l’extrême en lui faisant prendre corps de manière insolite. Résigné à la solitude mais rêvant secrètement de chaleur humaine, le personnage de Sam Bell est chargé d’une dimension symbolique indéniable et finement amenée. Le mystère qu’il soulève peu à peu à la suite de son accident sonne comme une métaphore de la tragédie de la condition humaine. Or cette portée existentialiste est d’autant plus frappante qu’elle ne vient jamais se substituer aux sentiments, à l’émotion profonde que suscite l’étrange parcours de ce personnage très attachant.

Très fluide et maîtrisée, la réalisation contribue à créer une vraie proximité avec l’acteur sans jamais se faire voyeuse, tout en laissant place au rêve dès que la planète bleue apparaît à l’écran, tel un paradis lointain. La dimension onirique est rehaussée par la splendide composition de Clint Mansell (Requiem for a Dream, The Fountain), dont la mélodie entêtante n’en finit plus de vous hanter une fois le générique de fin terminé. Avec Moon, Duncan Jones signe un petit bijou qui n’a certainement pas fini de faire parler de lui.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 13 septembre 2009

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