Critique : ‘Morning Glory’, de Roger Michell

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A travers le parcours d’une jeune et jolie productrice chargée de redresser l’audience d’une matinale en perdition, Morning Glory nous entraîne dans les coulisses de la télévision américaine pour une aventure professionnelle trépidante. Entre les impératifs du business et la course au divertissement, le film saisit les travers de notre époque sans pour autant se compromettre dans un discours moralisateur – pas même sur les priorités de son héroïne, comme c’est trop souvent le cas dans les comédies romantiques.

Porté par une énergie contagieuse et des dialogues aux petits oignons, Morning Glory possède ce petit grain de folie qui fait toute la différence et doit son charme à la spontanéité touchante de Rachel McAdams et à l’ironie cinglante de Harrison Ford, qui trouve ici son meilleur rôle depuis longtemps. Rafraîchissant.

Si l’univers de la comédie sentimentale à l’américaine telle qu’elle existe aujourd’hui demeure dans l’ensemble très formaté, il arrive que certains films se détachent sensiblement du lot, de par leur discours moderne mais aussi l’énergie contagieuse qui les habite. C’est le cas de Morning Glory, le nouveau film de Roger Michell (Coup de Foudre à Notting Hill, Dérapage Incontrôlé) écrit par la scénariste Aline Brosh McKenna (Le Diable s’habille en Prada), dans lequel la délicieuse Rachel McAdams (N’oublie jamais) incarne Becky Fuller, une productrice TV qui après avoir été remerciée par son patron va accepter une proposition empoisonnée de la part d’une autre chaîne. Empoisonnée car son nouveau boss (Jeff Goldblum) lui confie une mission impossible : redresser l’audience de « Daybreak« , la matinale la moins regardée du pays. Cerise sur le gâteau, la jolie productrice devra travailler dans des locaux vétustes, redonner une cohésion à une équipe démotivée et surtout composer avec les caprices de stars de deux journalistes vedettes sur le retour qui se détestent. Mais il en faut plus pour décourager notre héroïne, dont l’optimisme à toute épreuve pourrait bien finir par changer la donne.

Aux côtés de Becky, Morning Glory nous plonge dans les coulisses de la télévision américaine pour une aventure professionnelle trépidante, une véritable lutte pour la survie gouvernée par des chiffres d’audience qui tombent tels des couperets. Très vite, le succès de l’émission devient un véritable argument de suspense qui nous tiendra en haleine jusqu’à la dernière minute. Car ce succès est non seulement conditionné par les idées farfelues mises en œuvre pour atteindre le firmament – et qui respectent fidèlement l’esprit déluré des matinales américaines, mais aussi et surtout par le facteur humain.

L’esprit d’équipe, la loyauté et la volonté constituent les thèmes phares de ce film qui capture au passage quelques travers de notre époque, à commencer par le recul de l’information au profit de la course au divertissement. Ce conflit entrainera inévitablement une opposition entre Becky et Mike Pomeroy (Harrison Ford), le légendaire et insupportable journaliste ancienne école qui méprise souverainement les matinales et n’hésite pas à mettre des bâtons dans les roues de sa productrice, rien que pour avoir raison.

L’évolution de la relation entre Becky et Pomeroy constitue le cœur du film, dont le message ne vise pas à condamner la marche de notre époque mais à valoriser l’amitié et la cohésion face à l’adversité. Au passage, Harrison Ford trouve dans Morning Glory son meilleur rôle depuis longtemps et constitue l’une des attractions majeures du film, dans le rôle d’un homme plein d’amertume dont les touches d’humour cynique ont cela de particulier qu’elles sont à la fois glaçantes et hilarantes. Irritant, prétentieux, révoltant, Mike Pomeroy est aussi diaboliquement drôle et attachant. Face à lui, Diane Keaton, excellente en présentatrice has been, lui donne le change avec une verve proprement jouissive. Avec ses dialogues aux petits oignons et ses situations burlesques, le film possède ce petit grain de folie qui fait toute la différence, d’autant que Roger Michell sait manier une caméra et mettre en valeur le jeu de ses comédiens.

Morning Glory doit également son originalité au caractère atypique de son héroïne. Si Becky Fuller apparaît au début du film en situation d’échec sur tous les tableaux, professionnel comme sentimental, son nouveau job lui permettra non seulement de relever un challenge professionnel mais aussi, peut-être, de rencontrer l’amour en la personne d’un autre producteur de la chaîne (interprété par le charmant Patrick Wilson). Pourtant, jamais l’intrigue romantique ne prendra le pas sur les enjeux centraux du film qui demeurent la réussite de l’émission et la réussite professionnelle de sa productrice.

Morning Glory évacue ainsi d’emblée les habituels discours culpabilisateurs des comédies romantiques américaines concernant les priorités de la vie des personnages féminins. Le film dresse ainsi avec tendresse le portrait d’une jeune femme bien d’aujourd’hui, dévouée corps et âme à son travail mais cumulant les maladresses avec les hommes, au point d’en devenir agaçante envers son petit ami, mais délicieusement comique pour le spectateur grâce à la richesse d’expression de Rachel McAdams. Morning Glory prouve que le cinéma américain vit avec son temps.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 25 mars 2011

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