Critique : ‘Mr Nice’, de Bernard Rose

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Avec Mr Nice, l’adaptation de l’autobiographie du célèbre trafiquant de drogues Howard Marks, Bernard Rose prouve une fois de plus qu’il affectionne les figures hors normes mais aussi qu’il sait manier une caméra. Pourtant, l’élégance de la réalisation et l’interprétation solide ne suffisent pas à masquer la vacuité d’un récit dénué de tout relief psychologique mais aussi d’un véritable questionnement idéologique. On aurait aimé aimer Mr Nice, ne serait-ce que pour son caractère subversif, mais des intentions louables ne suffisent pas à faire un bon film.

Réalisateur rare de par son talent mais également la fréquence de ses tournages, Bernard Rose a marqué le cinéma fantastique avec le superbe Candyman, avant de signer quelques pièces de cinéma telles que Ludvig Van B. ou Anna Karénine (avec Sophie Marceau). Pour les amateurs de culture pop des années 80, on lui doit aussi le clip Relax de Frankie Goes to Hollywood. Bernard Rose affectionne les personnages hors normes et il le prouve une fois de plus en adaptant l’autobiographie de Howard Marks, dit « Mr Nice », véritable icône de la contre-culture britannique. L’idée est séduisante, surtout avec dans le rôle titre l’excellent Rhys Ifans (Good Morning England), entouré d’une pelletée d’acteurs qui n’ont pas froid aux yeux, parmi lesquels Chloë Sevigny (Boys Don’t Cry) et David Thewlis (Rimbaud Verlaine, Harry Potter). Pourtant, la sauce peine étrangement à prendre malgré d’indéniables qualités formelles et une interprétation solide.

Mr Nice débute cependant sous les meilleurs auspices en plongeant le spectateur sur une scène du théâtre, juste derrière Howard Marks en show-man face aux clameurs d’une foule décomplexée, une mise en abyme qui confère à son existence une portée iconique instantanée. Retour en arrière. Dans les années 60, Howard Marks quitte son Pays de Galles natal pour faire ses études à l’Université d’Oxford, où des rencontres l’amèneront à s’improviser passeur de marijuana. La vocation est immédiate. Doué pour se créer des relations, Marks copine avec les services secrets mais aussi avec l’IRA, et finit par s’imposer comme un baron de la drogue. Non-violent et plein d’humour, il s’insurge contre la loi interdisant le haschisch et devient l’un des trafiquants plus recherchés dans le monde. La suite, on la connaît, Howard Marks sera arrêté et c’est à sa sortie de prison qu’il écrira l’autobiographie qui a inspiré le film.

On ne peut nier que Mr Nice brille par une narration rythmée, une interprétation solide et une réalisation élégante – bien que légèrement poseuse. La seule arnaque réside dans le choix de conserver les mêmes acteurs tout au long du film – de faire passer Rhys Ifans pour un jeune homme de 25 ans au début du film et Chloë Sevigny pour une femme de 45 à la fin (!). Malgré tout, force est d’admettre que Rhys Ifans impose son charisme, son style et son humour avec naturel, tandis que David Thewlis apparaît véritablement transformé en terroriste bourru.

Dommage que toutes ces qualités soient mises au service d’un récit d’une rare vacuité, dont le seul but est de démontrer comment le bonhomme, grisé par le danger et l’adrénaline, entraînera sa pauvre famille dans sa chute. Un scénario ultra prévisible qui n’est malheureusement pas soutenu par un quelconque travail d’écriture sur les personnages. Aucun relief psychologique ne vient jamais nuancer ces derniers, à commencer par Howard Marks qui finit par irriter par son aveuglement, et son épouse qui est un cliché à elle seule. En toile de fond, un plaidoyer pour la légalisation du haschisch dénué lui aussi de tout questionnement idéologique, de toute tentative de développer le contexte.

On apprécie la fibre engagée du film et l’on eût aimé le saluer pour son caractère subversif, surtout à notre époque où l’hygiénisme règne en maître, mais des intentions louables ne suffisent pas à faire un bon film.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 4 mars 2011

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