Critique : ‘Nerdz’, saison 1

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Toute jeune série diffusée sur la nouvelle chaîne Nolife en 2007, Nerdz fait partie de ces rares programmes capables d’installer dès les premières minutes une sensation de familiarité rassurante. Que l’on s’identifie sans vouloir se l’avouer à l’un, voire à tous ses protagonistes, ou que l’on ait en tête au moins un exemple de ces curieuses créatures que sont les geeks et autres otakus, le fait est que nos quatre compères suscitent une immédiate sympathie qui ne fait que s’accroître au fil des 15 épisodes de cette saison 1. Un tour de force en soi, surtout lorsque l’on sait à quel point Nerdz se situe aux antipodes des séries commerciales nanties d’un confortable budget, telles qu’elles pleuvent actuellement. Armés d’un sens de l’humour absolument décapant, Davy Mourier et Didier Richard nous offrent là une série unique en son genre, dont la moindre des qualités n’est pas d’être véritablement « dans l’air du temps ».

Bienvenue dans le salon de Darkangel64 (Mr Poulpe) dit « Dark », heureux propriétaire d’un modeste appartement parisien qu’il sous-loue à trois colocataires au moins aussi hauts en couleurs que lui : Jérôme (Didier Richard), l’intello fan de Godard, Caroline (Maelys Ricordeau), la romantique collectionneuse de poupées de porcelaine, et l’incontournable Régis-Robert (Davy Mourier), grand admirateur du célèbre chien Dagobert du Club des Cinq. Le postulat de départ de Nerdz rappelle bien sûr instantanément celui d’un certain sitcom à succès, Caméra Café, à ceci près que le point de vue adopté est celui de la télévision devant laquelle Dark reste scotché toute la journée, et non celui de la machine à café d’une grande entreprise.

La comparaison s’arrête cependant là. En situant l’action au sein même de la vie privée de ses personnages, Nerdz se place d’emblée en miroir du spectateur, lui aussi affalé sur son canapé, les yeux rivés devant son écran de télévision tandis que sa table basse est éventuellement ornée d’un carton où traînent des restes de pizza froide, tout comme celle de Dark. L’idée est simple mais ô combien efficace lorsqu’il s’agit de créer l’identification. L’autre atout notable de la série réside dans sa liberté de ton, audace que sa glorieuse aînée, diffusée sur une chaîne à grande écoute, ne peut pas espérer approcher un seul instant.

Les blagues potaches fusent donc, mais sans pour autant que Nerdz verse à aucun moment dans le mauvais goût affecté. Une vraie spontanéité se dégage au contraire de l’ensemble, qui doit évidemment beaucoup au personnage délicieusement simplet de Régis-Robert, exutoire idéal à toutes les petites dérives régressives auxquelles on associe les geeks en général. Difficile de ne pas rire lorsque le clown du groupe déclare tout de go à Caroline : « j’te baise dans ma tête ! » avant de s’esclaffer comme un gamin.Si le caractère très atteint du personnage ne passe guère inaperçu, ses trois compagnons ne sont toutefois pas en reste. Dark ne décolle quasiment jamais de son canapé, au point de ne plus avoir besoin de s’acheter de chaussures (ne pas manquer l’excellent épisode 5, qui le voit mener à son terme un jeu sur les 24h du Mans, en temps réel…). Jérôme et Caroline, quant à eux, semblent a priori moins immergés dans les jeux vidéos mais n’en sont pas moins complètement décalés, perdus sur leurs planètes respectives (voir le désopilant épisode 7 pour prendre la mesure de l’aveuglement de Caroline en amour).

Le fait est, on l’a dit, que le petit groupe dans son ensemble et chacun de ses membres en particulier parviennent en un éclair à nous paraître étonnamment proches, même embarqués dans leurs délires les plus extrêmes ou les plus triviaux. Aussi irrésistibles les uns que les autres, les quatre comédiens imposent leurs personnages avec une simplicité et une décontraction qui prend immédiatement en complicité le spectateur, qu’il soit ou non familier avec Gran Turismo et les subtilités qui distinguent entre eux les grands super-héros de comic books, qu’il saisisse ou non à quoi se réfère la mention des « Cinq Pics de Chine », qu’il préfère ou non la moussaka à la pizza, ou qu’il n’ait jamais été de sa vie obsédé par Hugo Délire.

Les clins d’œil adressés aux mordus de télévision, de cinéma, de dessins-animés, de bandes-dessinées et bien sûr de jeux vidéo, sont suffisamment nombreux pour que tout le monde y trouve son compte et se surprenne à se ressasser aussitôt de bons souvenirs. C’est pourquoi, et ce détail n’est pas anodin, Nerdz se déguste avec le même plaisir, que l’on choisisse de regarder les épisodes isolément ou tout à la suite. Une qualité de plus à l’actif de cette série pas comme les autres, grand bol d’air frais à elle seule dans le paysage très morne des séries françaises.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 11 décembre 2007

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