Critique : ‘Ninja Assassin’, de James McTeigue

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Affublé d’effets spéciaux fauchés et pourvu d’un scénario nanaresque ponctué de répliques hilarantes, Ninja Assassin est typiquement le film facile à abattre. Pourtant, de par son jusqu’auboutisme dans sa démarche de fournir un maximum de scènes d’action allant à cent à l’heure, reposant sur des concepts de scènes sympathiques et dans lesquelles jaillissent des geysers de sang à n’en plus finir, Ninja Assassin force véritablement la sympathie chez l’amateur bon public de films d’arts martiaux hystérico-fantaisiste d’inspiration manga. Un film en marge à voir au douzième degré, certes, mais à voir quand même si l’on aime les armes blanches qui voltigent, les corps coupés en mille morceaux et bien sûr le sculptural Rain.

Désavantagé par une sortie presque confidentielle (tout juste aura-t-on pu apercevoir quelques affichettes dans le métro parisien), Ninja Assassin a aussi été soigneusement caché à la presse. Et l’on comprend pourquoi au vu de son traitement visuel inégal et surtout de son scénario baignant dans les invraisemblances et le comique involontaire. Pourtant, l’amateur de manga-live risque de trouver un certain plaisir coupable dans cette hystérie collective orchestrée par James McTeigue (V Pour Vendetta), sous la supervision des frères Wachowski qui prouvent une fois de plus leur inaptitude à se fondre dans le moule.

A ce titre, on se demande à la réflexion si le succès de Matrix n’était pas un pur hasard, tant les deux lascars mettent un point d’honneur à fournir des productions en marge, s’adressant ostensiblement à une niche au sein du public jeune. A condition de rentrer dans le délire, on s’amuse bien devant Ninja Assassin.

Pour résumer le pitch, il existerait ici-bas plusieurs clans d’assassins exécutant des contrats depuis des millénaires pour le compte de politiciens et autres commanditaires cyniques, tout cela bien entendu à l’insu des citoyens. Jusqu’à ce que Mika (Naomi Harris), une jeune policière un peu trop curieuse, décide de faire des recherches sur le sujet, avec tout ce que cela peut impliquer comme bouleversements dans son quotidien. Comme de se retrouver la nuit prise dans un combat de ninjas hystériques au beau milieu de son appartement, avant de s’enfuir avec l’un d’entre eux qui pour des raisons obscures décide de la protéger. En réalité, Raizo (Rain) a décidé d’en finir (si l’on veut) avec les bains de sang ordonnés par son maître, un gros vicelard totalitaire qui l’a élevé avec une troupe d’autres disciples dans un camp d’entraînement situé on ne sait où (en Asie ? Aux Etats-Unis ?) et dans lequel toutes les filles semblent bel et bien décidées à se faire la malle.

En soi, l’idée n’est pas plus stupide que celle d’un Wanted, à ceci près que la dérision est quasi absente du scénario et du traitement des personnages de Ninja Assassin, ce qui confère à l’expérience un côté nanaresque comparable à celui d’un Dragonball Evolution au lieu de la faire ressembler à un pendant américain d’Azumi. D’où les rires incontrôlés qui risquent fort de se faire entendre à chaque projection en salle.

Au passage, le film donnera aux fumeurs de bonnes raisons de ne pas arrêter de fumer, la cigarette s’avérant un excellent moyen de brouiller les pistes lorsqu’on est poursuivi par des tueurs au flair hors du commun. On n’y avait pas pensé.

Ainsi, tandis que Rain (Je Suis Un Cyborg, Speed Racer) exhibe complaisamment sa plastique pendant plus d’une heure et demie, filmé sous toutes les coutures lors de séquences d’entraînement solitaires qui renvoient aux plus grands classiques de Jean-Claude Van Damme, on rigole devant la naïveté des rapports entre les personnages et lors de certaines répliques pseudo-philosophiques déclamées avec le plus grand sérieux.

Mais qu’importe. Tout ceci n’est qu’un gros prétexte pour nous offrir une brochette de scènes d’action allant à cent à l’heure et dans lesquelles les bras ou jambes coupées voltigent à qui mieux mieux tandis que les geysers de sang jaillissent à n’en plus finir.

On appréciera le jusqu’au-boutisme de la démarche, elle-même fondée sur des chorégraphies fort bien exécutées par des acteurs et cascadeurs aguerris et par des concepts de scènes sympathiques renvoyant à quelques classiques de la culture pop japonaise – on pense notamment à Ninja Scroll et à Vampire Hunter D pour les hommes qui sortent de l’ombre. Dommage que le montage pèche par manque de lisibilité car pour une fois, le producteur Joel Silver a eu le bon goût de ne pas polluer l’action avec des effets bullet-time, ce qui nous fait franchement des vacances.

Et si l’on ne pourra pas prendre cette histoire rocambolesque une seule seconde au sérieux, Ninja Assassin réussit tout de même là où Blood: The Last Vampire échouait il y a quelques mois, à savoir proposer du spectacle, si fauché soit-il sur le plan des effets numériques, et divertir ainsi son public cible. Certes, on attendait un film moins brouillon de la part du réalisateur de V Pour Vendetta, mais rien que pour ces raisons, l’entreprise est tout de même défendable.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 10 février 2010

 

 

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