Critique : ‘Paranormal Activity’, d’Oren Peli

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Avec des moyens ridiculement petits, Oren Peli signe un long métrage efficace, immersif et oppressant, reposant sur des effets simples mais habiles. Si l’expérience est loin d’être aussi viscérale que Le Projet Blair Witch, dont elle s’inspire ouvertement, et comporte quelques longueurs, Paranormal Activity n’en met pas moins au tapis la plupart des remakes de films d’horreur qui fleurissent depuis quelques années dans le circuit mainstream. Et ça fait plaisir.

Si Paranormal Activity est aujourd’hui qualifié a posteriori de « coup marketing » en raison de son succès surprise au box-office américain (le film a établi un record historique en 3e semaine en atteignant les $49379 de moyenne par copie), on ne saurait perdre de vue que l’objet a été écrit, réalisé et monté avec des moyens ridicules par un cinéaste inconnu, Oren Peli, et aucune tête d’affiche ou argument choc à valoriser devant les distributeurs. L’acheminement du film vers les salles fut d’ailleurs un parcours du combattant.

L’idée est d’une simplicité enfantine – un couple vit dans une maison hantée – et puise davantage dans les peurs d’enfance basées sur les légendes urbaines que dans le voyeurisme à la mode sur les écrans depuis quelques années. Au final, qu’on aime ou non son parti pris de faux documentaire à la première personne façon Projet Blair Witch, référence dont Oren Peli ne se cache pas, et que l’on tremble ou non devant les phénomènes dont Katie (Katie Featherston) et Micah (Micah Sloat) sont victimes, Paranormal Activity mérite le respect.

Ne serait-ce que pour réussir à offrir 1h26 de tension avec 15000 dollars de budget, une seule caméra, deux acteurs principaux et trois seconds rôles (dont une n’apparaît qu’en photo), et avec pour tout décor la propre maison du réalisateur. Au moyen de sons presque anodins (des pas, des grattements, un grondement sourd annonçant chaque phénomène) et d’effets visuels réalisés avec trois bouts de ficelle, Oren Peli fait habilement monter la sauce, petit à petit, laissant le spectateur s’immerger dans le quotidien du couple, d’une banalité presque dérangeante.

Alors oui, Paranormal Activity mérite au moins sa réputation sur un point : celui de procurer quelques frissons rappelant inévitablement des souvenirs de nuits passées à guetter le moindre souffle ou craquement suspect. Pour autant, l’expérience proposée par Oren Peli n’atteint pas les sommets du Projet Blair Witch qui saisissait davantage aux tripes en allant crescendo dans la terreur. Paranormal Activity n’est d’ailleurs pas exempt de quelques longueurs, des moments toujours sauvés de justesse par l’excellent jeu des comédiens, à commencer par Katie Featherston qui impressionne par le réalisme de sa prestation. Le film se démarque aussi par un effet de répétition qui divisera inévitablement le public puisque les moments forts reposent sur des plans fixes toujours cadrés à l’identique – vue sur la chambre, le lit du couple à droite, une porte ouverte donnant sur le couloir à gauche, avec le timing défilant à l’écran.

Mais à l’heure où le cinéma cherche à pousser toujours plus loin le spectaculaire, pour le meilleur et pour le pire, on ne pourra que saluer l’audace d’un tel parti pris. Mine de rien, à défaut de révolutionner le genre, Oren Peli donne une petite leçon de cinéma à ses confrères faiseurs de remakes de tous poils (de classiques du genre ou de films asiatiques et bientôt scandinaves). Il leur rappelle que le frisson repose parfois sur les choses les plus simples, quitte à ce que certains procédés évoquent directement les vidéos circulant sur youtube, une manière terriblement maligne de titiller l’inconscient collectif.

A ce titre, Paranormal Activity requiert une certaine concentration et trouve presque sa limite dans une salle de cinéma, où se font inévitablement entendre quelques gloussements à chaque montée de tension, et risque fort d’être réévalué à la hausse lors de sa sortie DVD, surtout par ceux qui auront le courage de le visionner seuls, chez eux, devant leur écran de TV ou d’ordinateur. Dans ces conditions, l’effet risque d’être décuplé.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 21 avril 2009

 

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