Critique : ‘Percy Jackson, le voleur de foudre’, de Chris Columbus

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Si Percy Jackson avait pour ambition de reproduire la magie Harry Potter, autant dire que le pari est raté. Après un démarrage poussif, ce nouveau film de Chris Columbus confirme son manque d’inspiration par des péripéties mythologiques porteuses d’un vrai potentiel mais plombées par des références constantes à la culture MSN, en plus d’une direction artistique inexistante. Avec Percy Jackson, c’est l’imagination qui abdique au profit de la référence immédiate. A l’exception d’une ou deux scènes presque réussies, Percy Jackson semble avoir quinze ans de retard tant sur le fond que dans la forme, allant jusqu’à nous imposer des clichés racistes et sexistes que l’on ne pensait plus voir au XXIe siècle. Un film qu’il serait finalement peut-être bon de déconseiller aux enfants.

Depuis les succès littéraire et cinématographique de Harry Potter, les histoires d’enfants ou d’adolescents se découvrant une destinée exceptionnelle et des pouvoirs insoupçonnés sont plus que jamais au goût du jour. Ainsi a-t-on vu émerger ces dernières années des Eragon, des Assistant du Vampire et autres joyeusetés, auxquelles vient à présent s’ajouter Percy Jackson… Avec Harry Potter, J.K. Rowling n’avait certes pas inventé le genre, mais elle y avait indéniablement apporté sa touche bien à elle, avec son univers de sorciers un peu barré possédant ses propres codes et son vocabulaire, coexistant avec celui des humains à l’insu de ces derniers.

percy_jackson_02Tout comme le sorcier à la cicatrice découvrait sa vraie nature de sorcier, Percy Jackson (Logan Lerman) va découvrir qu’il est un demi-dieu, plus précisément le fils de Poséidon. Comme Harry, Percy a vécu dans un environnement familial peu propice à son épanouissement. Comme Harry, Percy s’est toujours senti différent des jeunes de son âge. Comme Harry, Percy va découvrir son appartenance à un autre monde peuplé de créatures magiques et soumis à ses propres lois. Le seul hic, c’est que les producteurs du film Percy Jackson n’ont pas vraiment compris la recette des aventures du jeune sorcier. Débaucher Chris Columbus, le réalisateur des deux premiers Harry Potter, c’était pourtant bien tenté.

Outre le lent et pénible démarrage du film, lequel ne décolle qu’au bout d’une bonne heure lorsque les trois héros quittent enfin leur camp d’entraînement pour se lancer dans une quête, l’un des gros défauts de Percy Jackson est certainement de ne pas pleinement assumer sa propre mythologie. Ainsi, de manière parfaitement irritante, les personnages ont constamment besoin de faire référence à la culture jeune actuelle, histoire de ne pas perdre en route le spectateur enfant ou préadolescent. Ce parti pris témoigne d’un triste constat dans ce type de productions : l’imagination abdique au profit de la référence immédiate. Comme si la jeunesse d’aujourd’hui était incapable de se détacher de ses préoccupations quotidiennes pendant deux heures (le succès de la saga Harry Potter prouvait justement le contraire).

Ainsi, notre Percy Jackson combat la Méduse en regardant son reflet dans un iPod touch dernier cri, tandis qu’un autre garçon lui livrera des chaussures ailés qui s’avèrent être… des Converse ! En passant, on admirera le bel effort de diversification de la marque – et par la même occasion les placements de produits. Armés d’un tel équipement, Percy, son protecteur Grover (Brandon T. Jackson) et leur copine Annabeth (Alexandra Daddario) ont de quoi se rendre sans crainte au Royaume d’Hadès.

percy_jackson_07Tout cela aurait pu être amusant si seulement la moitié des péripéties rencontrées par nos héros n’avaient pas été plombées par le manque d’inspiration criant d’une mise en scène en pilotage automatique. Percy Jackson ne possède d’ailleurs aucune identité visuelle. La direction artistique surprend par sa pauvreté et la photographie par sa laideur (les plans nocturnes souffrent de l’utilisation compulsive des filtres orange typiques des productions Fox), tandis que les effets digitaux naviguent entre la réussite (l’entrée dans le Royaume d’Hadès) et le kitsch le plus ringard (les apparitions de la mère de Percy dans une sorte de bouillie orange).

Voir Percy Jackson n’est cependant pas totalement une perte de temps puisque le film comporte une ou deux scènes sympathiques, à commencer par le détour des trois héros par Las Vegas, un passage qui utilise de manière originale un célèbre mythe grec. Sauf que cette séquence, la plus réussie du film, a tout de même pour défaut de mélanger le mythe de Persée avec celui d’Ulysse… Qu’on ne vienne donc pas nous dire que ce genre de film est destiné à sensibiliser le jeune public américain à la culture. Même avec ses deux ou trois entorses à l’Odyssée, le dessin-animé Ulysse 31 était autrement plus enrichissant (et intelligent).

Si les jeunes acteurs qui incarnent les trois héros de Percy Jackson sont mignons tout plein, à commencer par le très frais Logan Lerman (3h10 pour Yuma), il n’en va pas de même pour les interprètes des divinités. Kevin McKidd remporte la palme du jeu d’acteur le plus pitoyable en Poséidon et se place ainsi en compétition sévère avec Pierce Brosnan, pas du tout à sa place dans le film, cependant qu’Uma Thurman fait une Méduse parfaitement ridicule (surtout quand elle parle).

percy_jackson_04Enfin, en termes de clichés nauséabonds servis aux jeunes sans aucun sens des responsabilités, on peut dire que Percy Jackson fait vraiment très fort. Pour commencer, notre héros, qui ne comprenait pas très bien pourquoi sa mère restait en couple avec un primate violent (il ne la frappe pas à l’écran, mais la scène de la bière est explicite), apprend à considérer la beauté du sacrifice : elle faisait cela pour le bien de son fils, nous dit-on, et il était donc normal qu’elle subisse. De quoi donner quelques arguments aux adeptes des violences conjugales en faisant l’apologie de la loi du silence.

Ensuite, notre cher Percy Jackson s’aperçoit que son meilleur ami est en réalité son protecteur. A savoir que ce garçon de son âge est en réalité moitié humain moitié bouc et qu’il est chargé de le protéger quoiqu’il arrive, quitte à sacrifier sa propre vie (décidément). Pour une fois qu’une production destinée aux jeunes mettait un acteur noir dans un des trois rôles principaux, il a fallu qu’il joue le serviteur de son meilleur copain blanc… no comment. Si ce n’est que le garçon a la primeur en cours de route de monter en grade dans la hiérarchie des protecteurs. Serviteur première classe, quel honneur !

Pour finir, le film ne manque pas de glorifier le père qui a abandonné femme et enfant pour une destinée plus élevée. Si le retard de Percy Jackson : Le Voleur de Foudre sur le plan artistique s’estime en années, il semble que sur le plan idéologique il se mesure plutôt en décennies.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 8 février 2010

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