Critique : ‘Pump up the volume’, de Allan Moyle

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Réalisé en 1990 par le Canadien Allan Moyle, Pump up the volume sortait en France au début de l’été 1991, sous le titre Y a-t-il une vie après le lycée ?. Les provocations de Hard Harry (ou Happy Harry Hard On, c’est selon), joué avec passion par Christian Slater, n’ont rien perdu de leur impact avec les années. Elles paraissent même étrangement raffinées, presque poétiques, comme si le réalisateur était parvenu à saisir le cri à la source, avant qu’il ne soit récupéré à des fins mercantiles. Pour cette raison, et malgré le décalage des ans, Pump up the volume n’a pas pris la moindre petite ride.

Lycéen timoré le jour, Mark Hunter (Christian Slater) hypnotise ses camarades de lycée la nuit, hurlant tout haut ce que tous pensent tout bas, à travers le micro de la radio pirate qu’il entretient sous le pseudo de Harry La Trique. Mais les professeurs commencent à voir d’un mauvais œil l’influence que le jeune DJ gagne peu à peu sur les élèves…

Si Pump up the volume a forcément été comparé en son temps au Cercle des Poètes Disparus de Peter Weir, du fait de la relative proximité de leurs sorties et de la vague parenté de leurs thèmes, la chose n’a heureusement plus lieu d’être. Redécouvrir Pump up the volume aujourd’hui donne cependant quelque peu le vertige. Seize ans seulement ont passé, et c’est un paysage lycéen aux antipodes des représentations proposées par les teen movies actuels qu’il nous est donné de contempler avec stupeur. Le monde a certes changé, mais le regard porté sur les adolescents aussi. Nulle bimbo en plastique à l’horizon, nulle minauderie insupportable ou vulgarité calculée ne viennent encombrer le film d’Allan Moyle.

« Vous n’êtes pas seuls ». Tel est le message que lance chaque nuit Mark/Harry à ses camarades d’infortune du lycée Hubert Humphrey, depuis le fin fond de la cave de la maison de ses parents. Dans cette paisible petite ville de la Côte Ouest des États-Unis, tous sont rivés fébrilement devant leur poste de radio à dix heures du soir pétantes, prêts à se laisser littéralement envoûter par les propos sulfureux débités par leur héros sur un rythme effréné. Grossièretés désopilantes, simulations de masturbation, hurlements déchaînés, Mark ne recule devant rien pour faire passer son message, un message que chacun reçoit à sa façon, seul ou en groupe, un peu déprimé ou parfaitement désespéré.

Peu de décors (le lycée, la cave, quelques chambres, un parking), peu de personnages, visiblement peu de moyens, mais un chant de révolte plein de verve et de rage, c’est ainsi que l’on pourrait résumer Pump up the volume, un film dans lequel le soulèvement vient pour une fois de l’intérieur et non d’un élément rapporté. Donner la parole à ceux qui n’ont pas la chance ou le courage de la prendre par eux-mêmes, mettre des mots crus sur un mal-être aussi insaisissable qu’étouffant, la mission de Harry n’a en rien perdu de son actualité. Et même si l’on se demande comment il se fait que personne, à part Nora (Samantha Mathis), n’ait la moindre idée de l’identité réelle de Harry, même si ces jeunes paraissent un peu trop gentils entre eux dans l’ensemble, même si les professeurs sont rapidement brossés, la personnalité et la force du discours du rebelle schizophrène balayent toutes les petites imperfections pour irradier le film tout entier et toucher au cœur.

Cette puissance désarmante, elle tient non seulement au personnage charismatique de Harry lui-même, mais aussi et surtout à l’acteur qui l’incarne avec fougue. Christian Slater vampirise l’écran comme jamais, la voix éraillée et le regard pétillant, susurrant des énormités le plus naturellement du monde pour recueillir avec émotion l’instant d’après les confidences d’un inconnu mal dans sa peau. La dualité du personnage, qui dissimule sa colère en public derrière une timidité maladive, contribue à le rapprocher encore de ses auditeurs dont il partage les souffrances indicibles. Au risque de se retrouver dépassé par le pouvoir de ses propres mots… Une dimension que l’acteur a su magnifiquement saisir, seul devant l’objectif durant la majorité des scènes. Pump up the volume est l’occasion de le découvrir dans son meilleur rôle, face à une Samantha Mathis étonnante de naturel et avec laquelle il forme un couple formidablement attachant.

On frissonne toujours devant cette scène de séduction délicieusement sensuelle au cours de laquelle elle le pousse dans ses derniers retranchements sur les notes mélancoliques de Why Can’t I Fall in Love d’Ivan Neville – une scène où, fait exceptionnel, garçons et filles trouveront leur compte. Cette simplicité et cette fraîcheur irriguent le film du début à la fin, participant à lui conférer cet extraordinaire parfum de liberté qui en fait le prix inestimable.

Oscillant constamment entre spleen et joie de vivre, Pump up the volume trouve à chaque instant le ton juste, soutenu en cela par une bande-originale exceptionnelle (Everybody Knows de Leonard Cohen, Wave of Mutilation des Pixies, Tale O’ the Twister de Chagall Guevara…) qui en dit aussi long que les dialogues. De quoi raviver pour de bon la flamme idéaliste qui brûle en chacun de nous… Talk Hard! Steal the Air.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 14 février 2007

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