Critique : ‘Rabbit Hole’, de John Cameron Mitchell

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Après le sulfureux Shortbus, John Cameron Mitchell explore les thèmes de la perte d’un enfant et de la crise de couple dans un drame poignant et remarquablement écrit. A travers les cheminements divergents des deux parents endeuillés, Rabbit Hole scrute tous les étapes et les états d’âme du deuil avec une finesse et une compassion auxquelles s’ajoute un humour salvateur donnant lieu à quelques séquences mémorables de surréalisme. Poignant, éprouvant, parfois absurde mais toujours juste, Rabbit Hole est de ces films qui explorent sans aucune fausse note une palette d’émotions d’une richesse incomparable, la mise en scène de Michell s’effaçant judicieusement derrière les prestations bouleversante de ses comédiens (Aaron Eckhart, magistral).

Remarqué avec la comédie musicale Hedwig and the Angry Inch puis avec le sulfureux Shortbus, John Cameron Mitchell surprend une fois de plus avec Rabbit Hole en explorant avec justesse le deuil d’un enfant et la crise de couple. Inspiré d’une pièce de théâtre de David Lindsay-Abaire, Rabbit Hole a été développé pour le cinéma par le dramaturge lui-même mais aussi par Nicole Kidman qui a obtenu les droits d’adaptation de l’œuvre. Rabbit Hole peut donc être considéré comme le premier film de commande de John Cameron Mitchell, mais le cinéaste n’en délivre pas moins une œuvre personnelle, profonde et inspirée. Si Nicole Kidman délivre l’une de ses prestations les plus touchantes et a obtenu à juste titre des nominations aux Oscars et aux Golden Globes, son partenaire Aaron Eckhart aurait largement mérité les mêmes distinctions tant il transperce littéralement l’écran.

C’est l’histoire d’un couple, Becca (Nicole Kidman) et Howie (Aaron Eckhart), qui tente de retrouver la paix huit mois après la mort de leur fils. Mais à la tragédie qu’ils partagent vient se greffer une crise de couple qui menace de faire éclater leur mariage. Chacun vit le deuil à sa manière, entre Howie qui tente de nouvelles expériences en se rapprochant d’une femme (Sandra Oh) rencontrée dans leur groupe de thérapie, et Becca qui noue une relation étrange avec Jason (Miles Teller, très touchant), le jeune homme responsable du drame.

Avec une compassion qui n’a d’égale que la finesse psychologique de l’écriture, Rabbit Hole alterne les points de vue de Becca et Howie, réunis puis séparés par la douleur. Une douleur qui se manifeste parfois insidieusement, lorsque Becca, sous une impulsion soudaine, se rend tirée aux quatre épingles sur son ancien lieu de travail avant de réaliser qu’elle est devenue une étrangère pour ses anciens collègues. Une douleur qui explose par surprise au cours d’une mémorable engueulade où s’exprime tout le fossé qui sépare Becca et Howie – une scène de ménage au cours de laquelle Aaron Eckhart atteint une intensité de jeu sidérante. Une douleur qui se révèle parfois à travers l’humour des personnages face à un quotidien qui leur semble soudainement trivial.

Car si Rabbit Hole traite d’un sujet particulièrement lourd, les parents endeuillés n’en oublient pas pour autant leur sens de l’humour, véritable mécanisme de défense. Jouant la carte d’un décalage salvateur (on se souviendra longtemps de la séance de thérapie de groupe sous haschich), John Cameron Mitchell saisit toute l’absurdité de la vie tout en s’effaçant humblement derrière ses personnages et leur vécu.

Le titre Rabbit Hole, qui renvoie bien évidemment au conte Alice au Pays des Merveilles, évoque le sentiment de ceux qui ont perdu quelqu’un d’être plongés dans un monde inconnu et fantasmagorique. C’est dans son art de traduire cet état d’esprit si particulier que le film puise toute sa force, navigant sans aucune fausse note entre le drame et la légèreté. Un atout auquel il faut ajouter un zest de fantaisie issu du comic à valeur cathartique de Jason, personnage clé de cette traversée du tunnel parfois éprouvante, souvent surréaliste, mais qui laisse finalement un étrange sentiment de soulagement.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 1er avril 2011

> Lire l’interview de John Cameron Mitchell, réalisateur de Rabbit Hole

 

 

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