Critique : ‘Stigmata’, de Rupert Wainwright

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S’il n’est pas exempt de défauts, Stigmata n’en reste pas moins une expérience troublante et un film attachant, susceptible de remuer quelque chose d’indicible chez les croyants comme les athées de par sa philosophie très universaliste. Le film bénéficie en outre de la présence d’un bien beau duo d’acteurs – Patricia Arquette et Gabriel Byrne – et d’une partition musicale envoûtante.

Belo Quinto, Brésil. Une statue se met à pleurer des larmes de sang dans un grand fracas de rafales de vent et de battement d’ailes de colombes, au sein de l’église où repose le corps du père Alameida. Seul témoin à observer le spectacle d’un point de vue scientifique, le père Andrew Kiernan (Gabriel Byrne) n’en croit pas ses yeux et décide aussitôt d’aller rapporter les faits à son supérieur, le cardinal Houseman (Jonathan Pryce). C’est sur cette scène choc que débute Stigmata, avant que le réalisateur Rupert Wainwright ne nous catapulte à Pittsburgh aux Etats-Unis, au beau milieu de la frénésie moderne aux côtés de son héroïne, Frankie Paige (Patricia Arquette), dont la vie sans histoires est sur le point de basculer irrémédiablement.

Le générique clipesque et branché du film ne laisse pas augurer du meilleur pour la suite, et les craintes se confirmeront régulièrement au sujet de la mise en scène, beaucoup moins inspirée que son sujet. Mais Stigmata n’est pas le navet que l’on a parfois généreusement fait passer comme tel au moment de sa sortie dans les salles françaises, en 2000.

L’intrigue de Stigmata débute pour de bon lorsque la mère de Frankie lui fait parvenir par colis un rosaire depuis le Brésil. La jeune femme se met alors à être victime d’étranges attaques qui attirent l’attention de l’Eglise, par le biais du père Durning. Enquêteur attitré du cardinal Daniel Houseman et membre de la Congrégation des Causes des Saints, le père Andrew Kiernan est dépêché auprès d’elle afin d’examiner son cas : les blessures de Frankie rappellent en effet celles que reçut le Christ 2000 ans plus tôt, et pourraient par conséquent être des stigmates.

Si l’on décide de passer outre la profusion agaçante de gros plans, les cadrages un peu hasardeux et le montage parfois désagréablement épileptique (lors des attaques que subit Frankie, notamment), il est possible de passer un très bon moment avec ce long métrage plus intéressant qu’il n’y paraît, ne serait-ce que dans le message qu’il transmet, ô combien audacieux dans le paysage hollywoodien actuel.On imagine que c’est sans doute parce que Stigmata traite du catholicisme et non du protestantisme qu’une telle charge peut y être administrée contre l’Eglise et tous les rites qui s’y rattachent de près ou de loin.

Toutefois ce n’est pas là que réside le caractère subversif du film, mais plutôt dans sa conception de la foi et du rapport personnel à Dieu, ordinairement peu débattu dans le cinéma américain grand public. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si la malédiction – censée être une « bénédiction » aux yeux de l’Eglise – s’abat sur Frankie, une athée convaincue. L’explication de ce paradoxe est bien sûr dévoilée un peu plus tard dans le film et lui donne d’autant plus de force que Frankie ne renie jamais sa propre personnalité.

Patricia Arquette prête à ce personnage sa spontanéité et son naturel, qualités qui participent grandement à pallier le caractère parfois exagérément spectaculaire des manifestations surnaturelles qui l’assaillent. Elle n’est pas seule. Gabriel Byrne lui donne la réplique en livrant une composition tout en sobriété et en finesse dans le rôle du père Kiernan, serviteur désabusé d’une Eglise qui se confond avec les éminences malveillantes qui la dirigent. Le duo Arquette / Byrne confère à Stigmata une sorte de fraîcheur étonnante en dépit de son contenu souvent horrifique et des maladresses patentes de réalisation.

Plus curieux encore, on ressort du film assez ému par leur parcours spirituel et émotionnel, sentiment renforcé par la superbe musique de Billy Corgan que viennent étayer de très beaux morceaux à l’ambiance planante (Identify de Natalie Imbruglia, bien sûr, mais aussi le magnifique Release de Sinéad O’Connor).

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 19 octobre 2007

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