Critique : ‘The Box’, de Richard Kelly

0

Étrange, déroutant, émouvant, The Box nous entraîne dans un rêve éveillé baigné dans une atmosphère hypnotique, quelque part entre La Quatrième Dimension et Twin Peaks, pour nous conter une quête de rédemption aux résonances métaphysiques. Toujours obsédé par la fin du monde, Richard Kelly continue de forger sa propre mythologie et complète avec The Box une œuvre qui s’annonce décidément passionnante.

> Lire notre interview du réalisateur Richard Kelly (The Box)

Son tout premier long métrage, Donnie Darko, a acquis avec les années le statut privilégié de film culte. Son second, Southland Tales, divisait davantage la critique mais confirmait que nous étions face à une personnalité de réalisateur hors normes. Avec The Box, Richard Kelly quitte les tourments adolescents mais confirme plus que jamais son refus d’entrer dans le moule hollywoodien. L’histoire s’inspire de la nouvelle Le Jeu du Bouton de Richard Matheson, un récit bref et minimaliste écrit par l’auteur en 1970 et qui avait déjà fait l’objet d’un épisode de La Quatrième Dimension en 1986. S’essayant pour la première fois à adapter l’histoire d’un autre, Richard Kelly l’extrapole pour en tirer une fable émouvante et apocalyptique portant plus que jamais sa marque, et signe par là même son film le plus adulte.

Virginie, 1976. Quelques années après les premiers pas de l’homme sur la Lune, l’être humain a les yeux tournés vers le ciel, rêve de conquête de l’espace et ambitionne de percer les mystères de la planète Mars, tandis que la littérature de science-fiction se penche sur les problèmes de nos sociétés. Un contexte qui participe pleinement à conférer à The Box une tonalité métaphysique alors même que l’histoire nous plonge d’emblée dans le quotidien banal de ses deux personnages principaux, Norma (Cameron Diaz) et Arthur Lewis (James Marsden), dont l’écriture s’inspire tout à la fois des personnages de la nouvelle et des propres parents du cinéaste (son père a effectivement travaillé pour la NASA sur un projet d’exploration de la planète rouge). Si le film conserve le principe de la nouvelle d’origine, à savoir l’apparition dans la vie du couple d’une boîte au pouvoir effrayant, celui de procurer un million de dollars en échange de la vie d’un inconnu, l’adaptation à proprement parler ne fait l’objet que d’un premier acte.

Dans les deux qui suivent, Richard Kelly se réapproprie le matériau d’origine pour en creuser le sens, révèle les richesses du récit énigmatique de Matheson à travers le prisme de ses thématiques personnelles. The Box installe un véritable mystère qui ne dévoile ses cartes qu’au compte-gouttes, distillant d’abord quelques fausses notes dans le quotidien des Lewis pour glisser vers la science-fiction pure et évoluer vers une émouvante quête de rédemption. Très investis, inspirant une empathie voire une identification permanente, Cameron Diaz et James Marsden constituent d’excellents choix pour incarner le couple Lewis, image glamour d’un rêve américain terni par un acte cynique et destiné à virer au cauchemar.

La fin du monde n’est jamais loin chez Richard Kelly et si son échéance était révélée dans Donnie Darko par l’intermédiaire d’un lapin grandeur nature à la fois grotesque et inquiétant, l’issue s’annonce cette fois par la bouche d’Arlington Stewart (Frank Langella), figure diabolique dont le visage affreusement mutilé tranche avec son élégance et son calme indéchiffrable.

Jouant sur l’ambigüité entre le réel et le rêvé, The Box est de ces films qui possèdent le pouvoir inouï de plonger le spectateur dans un état presque hypnotique, une immersion progressive reposant sur une atmosphère envoûtante et une économie d’effets spectaculaires. Là où la plupart des productions actuelles n’auraient pas résisté à apporter une touche hi-tech afin de mettre l’histoire au goût du jour, Richard Kelly adopte un style visuel et sonore ostensiblement rétro, lorgnant tout autant du côté de la science-fiction des années 70 que des films noirs ou fantastiques des années 50 – certains éléments du scénario évoquent même explicitement L’Invasion des Profanateurs de Sépultures de Don Siegel.

Des références qui n’empêchent nullement le cinéaste mélomane de continuer de forger sa propre mythologie à travers des signaux et des symboles que l’on retrouve de films en films, de sa manière personnelle de revisiter la notion freudienne de l’inquiétante étrangeté, à l’apparition d’un portail espace-temps à travers un fluide flottant et translucide – ce dernier se manifeste à ce titre lors d’une séquence aussi déroutante que magnifique, s’achevant par un face-à-face d’une tragique poésie entre les deux époux.

Marquant chacune de ses œuvres d’un sentiment, d’une empreinte qui lui est propre, Richard Kelly s’impose probablement comme le plus digne successeur d’un David Lynch, comme un cinéaste à la personnalité décidément à part et toujours plus passionnante à découvrir.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 1er octobre 2009

 

Share.