Critique : ‘The Ghost Writer’, de Roman Polanski

0

Roman Polanski revient sur le devant de la scène avec The Ghost Writer, un thriller politique imparable qui ne devrait pas passer inaperçu. A partir d’un scénario remarquablement écrit, le cinéaste construit un suspense haletant digne des plus grands chefs-d’œuvre du genre et laisse s’exprimer tout le génie de sa réalisation, d’une précision et d’une classe immenses, sans jamais céder à la moindre surenchère. Au moment où on l’attend le moins, il signe rien moins que l’un des meilleurs films de sa carrière, un thriller parfait qui se double d’une fantastique leçon de cinéma. Quant à Ewan McGregor, cela faisait longtemps qu’il ne nous avait pas autant enthousiasmé.

Au-delà des polémiques entourant Roman Polanski, le fait est que huit ans après Le Pianiste, son dernier chef d’œuvre en date, on en aurait presque oublié quel immense cinéaste il est. The Ghost Writer vient brutalement nous le rappeler comme pour remettre les pendules à l’heure, ce qui en l’occurrence est loin d’être déplaisant en ce début d’année un peu avare en chocs cinématographiques. Avec une aisance presque déconcertante, il signe un long métrage virtuose situé quelque part entre le thriller politique et le polar hitchcockien, auprès duquel un Jeux de pouvoir ou toute autre récente incursion américaine dans le genre fait pâle figure. Son secret ? Une maîtrise absolue de la narration et de la mise en scène au service d’un scénario en béton armé.

The Ghost Writer porte à l’écran un roman publié en 2007 par Robert Harris, journaliste politique dont les œuvres ont déjà inspiré plusieurs films, tels que Fatherland en 1986 ou Enigma en 1994. Fin connaisseur des dessous parfois peu glorieux du monde politique britannique, il s’est largement impliqué dans l’adaptation de ce thriller impertinent et très documenté puisqu’il en co-signe le scénario avec Roman Polanski. Si Harris se défend d’avoir pris pour modèle l’ancien Premier Ministre Tony Blair pour élaborer le personnage d’Adam Lang interprété par Pierce Brosnan, les allusions ne trompent pas et font sourire plus d’une fois. Le côté playboy, la suspicion de connivence opportuniste avec les Etats-Unis, l’accusation de criminel de guerre établie à l’encontre du politicien fictif sont autant de clins d’œil soigneusement disséminés qui participent à relever l’intrigue.

Mais là où The Ghost Writer se montre supérieur à bien des thrillers, c’est dans son approche tout en subjectivité de cet univers complexe dont le traitement au cinéma ou à la télévision n’échappe que trop rarement à un certain manichéisme.

Les tenants et les aboutissants de l’enquête nous sont ainsi dévoilés du seul point de vue de l’écrivain fantôme, le « ghost writer » sans nom chargé de rédiger les mémoires de l’homme des hautes sphères. Ce procédé narratif, trop souvent délaissé dès qu’il est question de polar au profit d’une avalanche stérile d’informations destinée à noyer le spectateur, s’avère être ici d’une efficacité redoutable grâce à la magie de la réalisation extrêmement rigoureuse de Polanski. Pas un seul instant le réalisateur ne se perd dans des effets de style – visuels, sonores – pompeux, leur préférant la pureté et la précision du cadre pour raconter une histoire à laquelle il croit.

Cette sobriété s’étend aux prestations d’acteurs, toutes plus réjouissantes les unes que les autres qu’il s’agisse de Pierce Brosnan, de Kim Cattrall, d’Olivia Williams ou de Tom Wilkinson. Ewan McGregor quant à lui se révèle absolument idéal dans la peau de l’écrivain, ce Monsieur tout le monde avenant et décontracté, en ce qu’il crée instantanément l’empathie nécessaire pour permettre au réalisateur de déployer toute l’étendue de son génie.

Superbement écrit, réalisé et interprété, The Ghost Writer se charge ainsi insidieusement d’une tension croissante que les rebondissements successifs ne viennent jamais désamorcer. Soit exactement ce que l’on attend d’un vrai, d’un grand thriller.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 1er février 2010

Share.