CRITIQUE. ‘The Rain’ : la pluie tue dans cette série danoise post-apocalyptique

0

Disponible sur NETFLIX depuis le 4 mai 2018, The Rain est la première commande danoise du géant américain. Soutenue par une réalisation classieuse et un scénario solide, cette série post-apocalyptique entretient intelligemment son suspense et apporte un coup de frais au genre grâce à la jeunesse de ses personnages. La sauce prend très vite, l’action est au rendez-vous et le voyage n’est pas aussi prévisible qu’on pourrait le croire.

Synopsis : Du jour au lendemain, la pluie propage un virus foudroyant qui décime la majeure partie de la population scandinave. Six ans plus tard, Simone et son frère Rasmus quittent le refuge dans lequel ils sont restés confinés depuis la catastrophe. Ils rejoignent un groupe de jeunes gens et s’embarquent dans un voyage dangereux, au cours duquel ils feront de multiples rencontres et devront absolument éviter tout contact avec la pluie.

Je délaisse momentanément les dramas coréens pour voguer vers l’Europe, et plus particulièrement vers le Danemark, un pays qui m’a déjà impressionnée plus d’une fois par son cinéma et ses acteurs charismatiques.

Créée par Jannik Tai Mosholt, Esben Toft Jacobsen et Christian Potalivo, la série The Rain s’attaque à un genre familier pour qui s’intéresse au cinéma d’horreur : le survival post-apocalyptique, option thriller pandémique. Un genre on ne peut plus difficile à renouveler, puisque la série passe après quelques monuments comme 28 Jours Plus Tard (Danny Boyle) et la série The Walking Dead (Frank Darabont, Robert Kirkman). Nombreux sont ceux qui se sont cassé les dents en s’essayant au genre sans avoir véritablement quelque chose à dire – il suffit de regarder le risible World War Z pour s’en convaincre.

Alba August, "The Rain"  - photo: NetflixLe premier épisode débute sur les chapeaux de roues, au moment où le monde est englouti par cet étrange virus transporté par la pluie. L’idée est d’autant plus terrifiante que la pluie est habituellement source de vie, de fertilité, et qu’elle apporte ici la mort, en plus de s’insinuer partout. Les événements s’enchaînent très vite dans la première demi-heure : le père qui emmène sa famille pour échapper à un danger qu’il refuse d’expliquer, la panique dans les embouteillages, la fuite jusqu’au bunker… Le virus occupe le premier plan dans cet épisode 1, qui comporte son lot de morts spectaculaires voyant les victimes se contorsionner en projetant de magnifiques gerbes de sang.

Le virus ne reste pas longtemps la star de la série : l’attention se porte très vite vers des enjeux d’ordre humain, dès lors que Simone et son frère Rasmus se trouvent livrés à eux-mêmes, avec leurs peurs et leurs espoirs, dans l’espace confiné et débilitant du bunker. La jeune fille, qui est encore adolescente, doit prendre en charge l’éducation de son frère de 10 ans, une situation qui s’avère durer plus longtemps que prévu. Finiront-ils par revoir la lumière du jour ? Qu’est devenu leur père, qui leur a fait promettre de ne pas sortir et d’attendre son retour ? Leur véritable voyage débute par la rupture de cette promesse, dernier symbole d’une autorité parentale qui n’a plus de sens. Devenus respectivement jeune adulte et adolescent, Simone et Rasmus rejoignent un groupe de jeunes gens et découvrent un monde cruel, en décrépitude, dans lequel ils devront survivre. Autant dire que le passage à l’âge adulte se fait dans la douleur.

Avec sa réalisation classieuse, qui alterne entre des scènes d’action à suspense et les moments aériens portés par une bande-son soignée, The Rain réussit pleinement son pari de nous plonger dans une ambiance de fin du monde, où les adultes semblent avoir abandonné les jeunes, où les liens sociaux ont été remplacés par la quête forcenée de nourriture. Il faut voir la vision de la capitale, Copenhagen, avec ses rues vides jonchées de déchets, ses bâtiments en ruine, ses zones d’ombre qui abritent peut-être des monstres prêts à tout pour trouver à manger. La série The Rain n’est pas véritablement une histoire de zombies, mais elle en emprunte parfois les codes pour créer un sentiment de menace permanente.

Si la plupart des films catastrophe centrent leur attention sur les parcours individuels de survivants, The Rain s’intéresse à un groupe de jeunes gens qui ont choisi de s’entraider pour survivre, mais aussi pour avancer. Si les personnages de Walking Dead s’établissent pour recréer une société, les personnages de The Rain sont toujours en mouvement. Voyageant à travers le pays en direction de la frontière suédoise, ils se sont fixé un objectif, une quête qui leur permet d’avancer. Lors de leurs escales, ils découvrent d’autres survivants, seuls ou organisés, et font quelques mauvaises rencontres. Ils sont également pris en chasse par une bande de mercenaires sans foi ni loi, dont l’attirail compte quelques sympathiques gadgets futuristes.

Le concept du road movie post-apocalyptique n’est pas sans évoquer La Route, le roman de Cormack McCarthy adapté au cinéma par John Hillcoat. Tout comme le roman, le film m’avait déçue par son nihilisme et ses personnages sans chaleur. The Rain prend la direction inverse : le drama nous immerge dans un monde nihiliste, mais apporte de la vie, de l’espoir et quelques touches de romantisme. L’idée de s’intéresser à des jeunes qui se trouvent, pour certains, à un âge où ils se cherchent encore, pour les confronter à une succession de situations de crise où l’entraide est déterminante pour s’en sortir joue à plein pour faire The Rain une déclinaison du genre rafraîchissante.

L’atout de The Rain réside ainsi dans ses protagonistes et leurs interactions. Le personnage qui ressort immédiatement est sans conteste Simone, qui fait une héroïne battante et pleine de convictions, ce qui fait véritablement du bien dans le monde désabusé des fictions occidentales. L’actrice Alba August interprète avec énergie et naturel cette jeune femme qui affirme peu à peu une personnalité de leader. Elle entretient aussi une bonne alchimie avec Mikkel Boe Følsgaard (Royal Affair), qui interprète Martin, un personnage charismatique dont on a plaisir à découvrir la personnalité tout au long de la série. Moins expérimenté, le jeune Lucas Lynggaard Tønnesen s’en sort plutôt bien dans le rôle de Rasmus, même si son personnage aurait gagné à être affiné sur le plan de l’écriture.

Certains membres du groupe nous sont dévoilés au fil de leurs actions et de leurs paroles, mais aussi à travers de brefs flash backs. Ces derniers permettent d’entrevoir à quoi ressemblait leur vie au moment où le virus s’est déclaré et apportent ainsi un éclairage intéressant sur leurs actions. Mon coup de cœur parmi les personnages secondaires va vers Lea (Jessica Dinnage), qui se révèle étonnamment touchante. Les trois autres, Béatrice (Angela Bundalovic), Jean (Sonny Lindberg) et Patrick (Lukas Løkken), apportent tous à leur manière un petit supplément d’âme à la série.

Si les mystères entretenus tout au long de la série trouvent pour la plupart des réponses dans l’épisode 8, le dénouement fait habilement émerger de nouveaux enjeux, ouvrant la voie vers une suite. The Rain Saison 2 a déjà été annoncée et je m’en réjouis ! En attendant, je vais me plonger dans l’OST très atmosphérique de la série, au rythme de Tricky, Unkle, mais aussi tout un tas d’artistes scandinaves que j’ai bien envie de découvrir.

Elodie Leroy

Share.